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Dans un récent rapport de juillet 2014, le Fond Monétaire International revient sur la nécessité de réformer les subventions, dans les pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord. Au sein de ce rapport, l’analyse est faite des récent progrès, mais aussi des prochaines étapes à entreprendre par les pays de la région.

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Apparait en filigrane, tout au long de ce rapport, la nécessité de la réforme des subventions énergétiques, enjeu majeur, selon le F.M.I. Il semble, en effet, que les subventions énergétiques posent de nombreux inconvénients. Car, censés jouer un rôle de protection sociale pour les plus démunis, ces subventions ne leur bénéficie point.

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L’objectif déclaré des subventions est de faire en sorte que certains produits, tels que les carburants ou les denrées alimentaires soient à la portée de l’ensemble de la population, en particulier des couches les plus vulnérables. Cependant, cette forme de protection sociale joue en fait au détriment des plus pauvres, qui en bénéficient très peu. Dans des pays tels que l’Égypte, l’Iran, la Jordanie et le Liban, les 20 % les plus pauvres ne profitent que de 1 à 8 % des dépenses engagées pour subventionner le prix de l’essence, alors que les 20 % les plus aisés en reçoivent entre 40 et 86 %. C’est la raison pour laquelle les subventions généralisées n’améliorent pas nécessairement les indicateurs sociaux.  Younes Zouhar, co-auteur du rapport.

Pire encore, ces subventions constituent un frein à la croissance, car elles s’accaparent une part importante des dépenses publiques qui pourraient être injectées dans d’autres domaines, tels que l’éducation et la santé. Enfin, la question environnementale est aussi liée à la réforme des subventions énergétiques. Selon les auteurs, les subventions peuvent, ainsi, mener à une surconsommation qui aggraverait la pollution et les changements climatiques.

Autant dire, que toutes les raisons sont invoquées afin d’inciter les pays de la région à entreprendre les réformes nécessaires.

La communication, clé de voute des réformes

Dans les pays de la région, les subventions se substituent à la protection sociale, qui est selon le rapport « quasiment inexistante », et ces subventions profitent en grande partie à des intérêts particuliers qui s’opposent à toutes formes de réformes. Serait-ce la cause des changements de politiques que l’on observe dans la région ? Cela se pourrait bien. D’autant plus que le rapport insiste sur l’absence de confiance des citoyens en ses gouvernants, ce qui expliquerait la nécessité d’une communication spécifique afin de pouvoir mettre en place ces réformes. Comme le rappelle Nawaat dans un précédent article :

L’augmentation des prix de l’énergie d’une façon aussi précipitée et mal préparée risque de confronter le gouvernement à un refus radical de la part du peuple. Espérons que l’augmentation des budgets du ministère de l’Intérieur et de la défense (les seuls budgets qui ont évolués par rapport à 2013) ne servira pas à financer des répressions de probables manifestations contre la hausse des prix.
Augmenter le prix des carburants … Pourquoi faire ? Nawaat, Décembre 2013.

D’ailleurs, cela est clairement affirmé dans le rapport :

Les pays qui n’ont pas encore engagé de réforme peuvent prendre des mesures pour préparer le terrain. Ils peuvent, en particulier, améliorer la transparence, en ce qui concerne les coûts et les bénéficiaires des subventions, et rassembler des données sur la consommation des ménages et la pauvreté qui aideront à mettre en place ou à améliorer les dispositifs de protection sociale. Les réformes effectuées par le passé indiquent que la préparation, la mise en place d’un consensus et l’application de réformes bien conçues prennent plusieurs années. Les pays doivent donc commencer à agir, dès aujourd’hui, pour se donner la chance d’engager une réforme durable.

Rapport du FMI

Notre analyse fait ressortir l’importance d’une bonne préparation et d’un engagement ferme de l’équipe gouvernementale, qui ne doit pas faire l’économie d’une campagne de communication efficace. Carlo Sdralevich, co-auteur du rapport

Cette communication est à n’en pas douter, une communication de crise. Les événements terroristes ayant eu lieu en Tunisie, et le relais médiatique qui en a découlé, montrent à juste titre, comment en créant un choc psychologique chez les citoyens, il est tout aussi facile d’implémenter des réformes douloureuses. Faut-il rappeler que ce procédé a déjà été utilisé à la suite des événements de Raoued et de Borj Louzir en février dernier : Des suites de ces événements et de leurs relais médiatiques, axés sur le sensationnel et le « terrifiant », a découlée une communication gouvernementale sur une hausse des prix via la réforme des subventions énergétiques, qui eut lieu quelques mois plus tard dans une indifférence quasi-générale.

Force est de constater que le même traitement médiatique qui s’opère, actuellement, à la suite de l’attentat au mont Chaambi, cache à n’en pas douter, les dernières et plus douloureuses réformes : la réforme des subventions alimentaires de consommation familiales, et le dernier coup d’estocade à la réforme de la subvention énergétique par sa suppression pure et simple.

Cette communication gouvernementale ayant déjà fait ses preuves dans un passé récent, continuera à être efficace tant que médias et citoyens resteront dans l’affect et l’émotion. Porter l’ensemble de ses griefs contre ce gouvernement de technocrates est certes utile, cependant, et c’est là où le bât blesse, c’est que médias et citoyens en sont complices, restant dans une inanité et une paralysie effroyable et préjudiciable.

De la suppression des subventions à une protection sociale plus efficace

La dernière leçon a trait à la mise en place de dispositifs de protection sociale, sous forme de transferts monétaires par exemple. L’expérience internationale montre que les réformes réussissent mieux si les pouvoirs publics mettent immédiatement en place des mesures pour amortir l’impact de la hausse des prix sur les plus pauvres. Le fait de soigner d’emblée le volet social des réformes concourt donc à leur succès. Younes Zouhar

En analysant les propos de Mr. Zouhar, cette réforme aura pour but de pallier à ces subventions omniprésentes, couteuses et inefficaces, par une plus grande et une meilleure protection sociale. Il s’agira donc de « déshabiller Jacques pour habiller Paul ».

Les mécanismes de protection sociale, envisagés dans le rapport, auraient lieu dans un premier temps par le biais de transferts monétaires aux populations les plus défavorisées.

Cependant, le rapport ne prévoit ni de quelle manière cela sera fait, ni comment définir les populations les plus défavorisées. En effet, il n’existe, actuellement, aucune base de données pouvant juger de la quantité ou de la qualité des personnes défavorisées. Le seul argument à ces transferts monétaires avancé par le F.M.I est le moindre coût au budget de l’Etat ces transferts par rapport aux subventions.

En lisant entre les lignes, il faudra imaginer comment un Etat aux finances étriquées pourra venir en aide via des transferts monétaires à une population défavorisée qui tend à s’accroitre. Pis, les méthodes de calculs du seuil de pauvreté pourraient laisser nombre de citoyens sur le bas coté. D’ailleurs comme le présente Yassine Jmal de l’Institut National des Statistiques, les chiffres varient d’une méthode de calcul à une autre. Cela dépend toujours de la volonté politique.

Enfin, face aux difficultés économiques que nous traversons incessamment, et qui sont martelées par nos ministres, où trouverons-nous les moyens d’assurer une protection sociale efficace et digne de ce nom ? La réponse parait claire : auprès des institutions internationales telles que le F.M.I et la Banque Mondiale, d’où l’importance qu’accordent ces deux institutions à la réforme urgente des subventions, en l’atténuant par des mesures de protections sociales aléatoires dont la réussite et l’efficacité restent encore à prouver.

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