Grève générale après l’agression de l’UGTT

La centrale syndicale historique n’a pas digéré l’agression subie devant ses locaux historiques place Mohamed Ali, lors de sa manifestation du 4 décembre dernier. Au bout de plusieurs heures de discussion, son instance dirigeante a décrété dès le lendemain une grève générale d’un jour pour le 13 décembre prochain et exige du gouvernement la dissolution des ligues de protection de la Révolution (LPR) à l’origine des affrontements avec les syndicalistes. S’il n’obtient pas satisfaction, le syndicat menace d’une grève nationale illimitée le 14 janvier prochain.

Depuis cette annonce, le bras de fer entre l’UGTT et Ennahdha n’en finit pas d’envenimer le climat social et politique. Le premier ministre Hamadi Jebali a immédiatement exprimé sa désapprobation, estimant que le dialogue devait prévaloir « dans l’intérêt général, qui doit demeurer au dessus de toutes considérations ».

Fin de non-recevoir de la part de Houcine Abassi, secrétaire générale du syndicat, qui semble vouloir pousser son avantage. Après une tentative de conciliation avortée entre l’UGTT et Ennahdha vendredi dernier, les deux camps et leurs alliés respectifs sont descendus s’affronter dans l’arène médiatique par médias interposés face à une opinion publique partagée. L’opposition à l’Assemblée constituante a boycotté les séances parlementaires pendant trois jours dans la foulée de l’annonce de la grève en signe de solidarité avec l’UGTT.

Le CPR solidaire des ligues de protection de la Révolution

De son côté, Mohamed Abbou, le secrétaire général du Congrès pour la République, principal parti allié d’Ennahdha au gouvernement, a pris fait et cause pour les LPR en se prononçant contre leur dissolution. Lors d’un meeting à Sfax, il a même admis que ces ligues étaient l’un des mécanismes de pression du gouvernement pour lutter contre le retour de la tyrannie. Toujours selon M. Abbou, la pratique de la violence fait partie de la pratique des droits de l’homme, et il ne faudrait ni la condamner, ni la combattre.

Khelil Zaouia, ministre des Affaires sociales, a déclaré pour sa part qu’il y aura des pertes considérables au niveau des secteurs productifs à la fois privés et publics, sans toutefois se risquer à avancer des chiffres.

Mobilisation autour de l’UGTT

L’UGTT peut de son côté compter sur la mobilisation des bases du Front populaire (Jebha Chaabya) pour faire réussir la grève du 13 décembre. Les autres partis de l’opposition ont également rejoint le camp syndicaliste à l’image du Parti républicain (Al Joumhouri), qui a annoncé ce lundi son soutien à la grève générale.

Ce mardi, c’est au tour de l’Union des diplômés chômeurs (UDC) de s’exprimer publiquement pour se solidariser avec le mouvement syndical. Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce jeudi un tournant dans la lutte entre le gouvernement et l’opposition.

Une majorité de Tunisiens favorables à la grève, mais…

Même s’il montre qu’une majorité de Tunisiens sont solidaires avec l’UGTT, un sondage par Tunisie Sondage réalisé les 7 et 8 décembre dévoile que l’opinion est assez partagée. Ainsi, 66 % des répondants sont favorables à la grève générale, mais ils sont 65 % à penser que la centrale syndicale ne doit pas jouer un rôle politique durant cette période de transition.

Enfin, comme une réponse prémonitoire à Mohamed Abbou 74,6 % des sondés estiment que la montée de la violence politique est un fléau qui menace la révolution.

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