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Rue d’Algérie, dans le centre de Tunis. Alors que la ville bouillonne et que les klaxons raisonnent en continue, Adnen Ben Haj, président de l’Association tunisienne pour la nature et le développement durable (ATNDD), nous emmène sur le toit d’un immeuble, où il fait pousser quelques plants de légumes et d’aromates. C’est ce que l’association appelle, les green stah  [toit vert]. Depuis 2014, la petite équipe, débordante d’énergie, organise des ateliers pour sensibiliser la société civile à l’agriculture urbaine. Consciente des enjeux liés à l’environnement et au développement durable, en particulier en ville, elle se mobilise auprès des institutions, des écoles, des habitants du quartier pour que chacun puisse faire sa part. « Même si cela peut paraître une goutte d’eau dans l’océan, en revégétalisant nos villes nous améliorons notre environnement », explique Adnen Ben Haj.

Biodiversité : Des abeilles et des papillons dans mon balcon

La couverture végétale fournit de l’ombre, de l’oxygène et permet une isolation sonore et thermique. Par ailleurs, cela permet de « réintroduire la biodiversité de manière durable dans nos quartiers tout bétonnés et de contribuer à la lutte contre les gaz à effet de serre ».  Car le potentiel que représentent les toits végétalisés en matière de flore, d’insectes, de microfaune du sol et de rétention d’eau est essentiel pour la préservation de la biodiversité urbaine. Face à une urbanisation croissante, Adnen Ben Haj ne voit pas d’autres solutions : « les terrains agricoles se transforment en terrains constructibles à une vitesse grand V et on voit partout des immeubles en construction. Qui dit immeuble, dit toit : alors plutôt que de délaisser la ville, je préfère penser de façon stratégique à la végétalisation de ces espaces inutilisés ». Si ces initiatives se comptent sur les doigts d’une main, de plus en plus de citadins s’intéressent à cette problématique, comme en témoigne l’article que nous avions publié sur les Incroyables Comestibles.

Amel n’a pas de jardins et les rares fois où elle a voulu planter des légumes dans son quartier, ça n’a pas abouti. Elle s’est donc rabattue sur son… balcon. Dans à peine 8 m² on trouve des tomates cerises, du piment, de la sauge, du persil, de la menthe, de la verveine et bien d’autres variétés. « C’est important d’être connecté avec la nature, même lorsqu’on habite un appartement », confie-t-elle. « Je m’occupe de mon petit potager quotidiennement. J’ai de la chance, il n’est pas directement exposé au soleil, mais je dois arroser un jour sur deux, enlever les mauvaises herbes, c’est du travail ». Originaire de Djerba, elle garde le souvenir de la maison famille où sa mère cultivait fruits et légumes. « Elle incarnait l’autonomie alimentaire, et m’a transmis l’amour de la nature. Mais malheureusement pour moi je n’ai ni terrain agricole, ni jardin, alors je me contente de mon balcon ». Engagée dans la préservation de l’environnement, cette trentenaire veut prouver qu’il est possible, chacun à son échelle, de participer à la reconquête de la biodiversité. « Quand je vois des abeilles et des papillons dans mon balcon, ou des vers dans mes bacs, je suis folle de joie ! », s’exclame-t-elle.

Bombes de graines  sur la ville

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C’est aussi pour cela que l’association ATNDD a lancé les ateliers  Seedbombs [ Bombes de graines ]. Le concept est simple : prendre un peu de terre, du compost, des semences et un peu d’eau, former une petite boule et les lancer partout dans la ville. « Ça peut-être sur un rond-point, au pied d’un arbre, sur un parterre, dans les espaces publics désertés », énumère Adnen. « Ce que nous souhaitons c’est que la nature reprenne son droit dans les villes ». Ces ateliers sont aussi un prétexte pour susciter chez les participants une volonté d’aller plus loin et de s’engager, chacun dans son quartier, à revégétaliser un espace. « Ce qui est intéressant dans ces dynamiques de jardinage urbain, c’est qu’au-delà de l’impact écologique positif, cela crée du lien social autour de valeurs fortes », se réjouit Adnen. Mais il y a là un acte politique, aussi. Face aux nouveaux quartiers où pas un seul centimètre n’est réservé à des espaces verts ou à la plantation d’arbres, ces jeunes militants souhaitent rééquilibrer la balance. Amel, qui travaille au Centre Urbain Nord (Tunis), s’alarme : « on a le choix entre les immeubles à perte de vue ou les espaces délaissés. Il est temps de repenser l’aménagement des nouveaux quartiers en prenant en compte l’importance de la nature pour les habitants ». Alors que la population urbaine ne cesse d’augmenter (67% en 2015, contre 38% en 1960), l’introduction du végétal dans les villes devient une nécessité. Mais Amel prévient : « Ce n’est pas juste pour faire beau, il s’agit de l’avenir de nos enfants, et du monde que nous allons leur laisser ».

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