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C’est du déjà vu. Des politiques qui prêchent « la loi de la jungle » pour soutenir le parti pris éhonté des médias dominants contre la HAICA. Sous couvert de défense de la liberté d’expression et de l’information et du pluralisme, voilà que des groupes d’intérêt nous serinent des éléments de langage qui ne trompent que les nostalgiques des pratiques autoritaires.

Quid : Le 29 janvier, un communiqué de la HAICA annonce des mesures pour mettre fin au piratage. 6 médias non-conformes au Cahier des charges sont sommés d’arrêter leur diffusion au risque de se voir confisquer leurs équipements ; et cela en application de l’article 31 du décret-loi 116. Les médias concernés sont Janoubia TV, Tounesna TV, Ezzitouna TV, ainsi que les radios Nour FM, Al Qoraân Al Karim FM et MFM. Alors que Janoubia TV, Nour FM et MFM ont obtempéré en cessant d’émettre, Zitouna TV s’est lancée dans une guerre éperdue contre la HAICA.

Le 2 février, Rached Ghannouchi en personne signe un communiqué où il exhorte le régulateur à “revenir sur sa décision”. En outre, le président du parti Ennahdha demande au régulateur d’”exercer le rôle que lui attribue la loi, sans contrevenir aux dispositions de la Constitution et au droit du citoyen à une information libre et plurielle”.

Paradoxalement, le leader du parti islamiste oppose les valeurs constitutionnelles aux dispositions du décret-loi 116 qui impliquent une régulation multipolaire. « Le droit du citoyen à une information libre et plurielle » étant tributaire du respect des principes d’intérêt général, dont la transparence financière, l’honnêteté de l’information et la responsabilité sociale. C’est à se demander si ce n’est pas l’instance de régulation en elle-même qui dérange. En témoigne la position hostile de Rached Ghannouchi vis-à-vis de la HAICA dont le lancement a été empêché au lendemain de l’avènement de la Troika au pouvoir. Ainsi, dans une interview accordée à Radio Tataouine, début avril 2013, le président d’Ennahdha avait déclaré « craindre la régulation », estimant qu’il valait mieux « une liberté anarchique qu’une liberté étouffée », et mesurant « la neutralité » des membres de la HAICA, non pas à leur compétence, mais à l’aune de leur capacité à tolérer les infractions au code de la régulation.


Dans une interview accordée à Radio Tataouine, début avril 2013, le président d’Ennahdha avait déclaré « craindre la régulation ».

Le 4 févier dernier, lors du vote de confiance du nouveau gouvernement à l’Assemblée des représentants du peuple, Meherzia Labidi, Farida Laabidi et Bechir Lazzem, trois députées du bloc d’Ennahdha, font du « deux en un » en évoquant « la censure de la HAICA » avec l’emprisonnement de Yassine Ayari, comme des atteintes à « la liberté d’expression et de presse ». Etrange conception des libertés de la députée Meherzia Laabidi qui voulait, à l’époque où elle était vice-présidente de l’ANC, interdire aux médias audiovisuels de transmettre les interventions critiques de certains députés.

Arrangements entre ennemis

Entretemps, le nidaiste Tahar Ben Hassine a commis plusieurs statuts sur sa page facebook, jugeant Ben Ali plus clément que la HAICA et se targuant de son « passé militant » pour contester la sanction des médias pirates. En outre, Ben Hassine a défié le régulateur en annonçant son intention de lancer une nouvelle chaîne de télévision diffusant de l’étranger, à l’instar d’Al Mostaqella de Hechmi Hamdi. Ce que lui interdit l’article 7 du Cahier des charges relatif aux chaînes de télévision privées, étant donné qu’il a cédé sa chaîne Al-Hiwar Ettounsi TV aux anciens propriétaires d’Ettounissiya TV. L’« homme politique » s’est fait tacler par un citoyen lui réclamant l’argent du persil. Fort heureusement, le journaliste Haythem Mekki est venu remettre les pendules à l’heure. Car, étrangement, les journalistes n’ont fait que répercuter les échos de cette campagne anti-régulation sans en expliquer les enjeux, comme si cela ne les concernait pas.

Haythem 1

Mais Tahar Ben Hassine est allé encore plus loin en participant à un « débat » anti-HAICA sur le plateau de Zitouna, où l’intox le dispute à la mauvaise foi, et à un sit-in de protestation observé devant l’ARP pour « soutenir les libertés ». Alors même qu’Oussama Ben Salem, membre de la Choura et patron de Zitouna TV, persiste à nier le financement opaque de sa chaîne, arguant que celle-ci existait bien avant l’arrivée de la HAICA. Nabil Karoui s’était lui aussi défendu contre les exigences du Cahier des charges en affirmant que sa chaîne était autorisée depuis l’ère Ben Ali! Depuis,le patron de Nessma TV s’est engagé à présenter un dossier de candidature conforme au Cahier des charges, après une médiation de l’UGTT pour faire cesser les hostilités!

Dans ce sens, il est étonnant que le syndicat des établissements médiatiques s’enrôle, à nouveau, dans cette campagné truffée de faux arguments, comme celui de citer le contenu d’un article inexistant dans le décret-loi 116, ou encore son recours au Tribunal administratif concernant les Cahiers des charges. Alors que le Tribunal administratif a rejeté 17 recours sur les 18 déposés par des médias, à l’exception du recours de Samir El Wafi. Mais Oussama Ben Salem se prévaut d’une autre justice en déclarant que si la HAICA voulait stopper la diffusion de Zitouna TV, elle devra se plaindre auprès d’un tribunal international.

Reste à se demander si l’opinion a assez de discernement pour voir que la machine infernale de la normalisation s’est remise en marche. Car de telles campagnes où des patrons de médias et des politiques cherchent à abattre le régulateur en contestant la réforme légale du paysage audiovisuel tunisien ne trompent que les nostalgiques de l’ancien système. On aura d’ailleurs remarqué que les Anti-régulation et leurs affidés utilisent les mêmes éléments de langage pour dérouter l’argumentaire démocratique et brouiller les référents, comme l’avaient fait, avant eux, Ben Ali, avec sa novlangue rcdiste.

Il semble même que la langue de bois rénovée qu’un Hakim Karoui avait concocté pour l’ultime discours du président déchu ait conquis des émules. L’artiste Mohamed Ali Ben Jemaa en a fait un remix édifiant.

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