rap-tunisien

Depuis quelque temps, on entend beaucoup parler du rap engagé ou le rap politisé.

Qui sont les rappeurs ? Ce sont tout simplement des jeunes gens enthousiastes qui ne savent pas forcément ce que veut dire une musique engagée, mais pourtant ils sont plus engagés que certains qui ont monopolisé cet art et ont toujours considéré que le rap n’est qu’une forme d’expression vocale qui ne se soumet à aucune loi de musique ni de poésie, autrement dit : un style hybride, intrus sur la musique engagée. Pourtant, ils ont su comment se démarquer avec leurs micros et leurs verbes tranchants, leurs chansons qui sont parfois bourrées de jurons et de gros mots mais plus le choix, « Excusez ma grossièreté, mais donnez moi une situation plus grossière que laquelle où on se trouve. » comme dit le poète Moudhaffar Al Nawab.

La rébellion et la musique engagée, qui ont été les armes des artistes militants pour résister au système, ont désormais une valeur marchande dans la société, c’est pour cela que le rap a pris le dessus, voire il est devenu le fer de lance de la liberté d’expression en Tunisie. Il s’est avéré que le rap est la plus puissante machine de liberté d’expression ces derniers temps, parmi tous les artistes, ce sont les rappeurs qui ont la plus grosse part de répression : Klay BBJ qui a été trainé de la scène à Hammamet, tabassé dans les vestiaires et puis arrêté pour des semaines pour outrage public à la pudeur, en passant par Weld El 15 et sa fameuse chanson « El bouliciya Kleb » (où il traite les policiers de chiens).

Cette chanson a provoqué un grand mécontentement des policiers ce qui a enchainé une cascade d’arrestation commençant par le rappeur même qui a été condamné au début de deux ans de prison ferme. Cette sanction a été considérée comme une sonnette d’alarme pour la liberté d’expression, ce qui a engendré une énorme colère et une énorme vague de soutien au sein de la société civile, des artistes, des rappeurs ce qui a poussé la justice à rabaisser la sanction à 6 mois de sursis.

Plus que ça, on a même arrêté, en pleine rue, des gens qui écoutaient la chanson tel que le jeune tunisien Anwar Hafedh qui est venu de la Suisse passer ses vacances en taule au lieu qu’elles soient avec sa famille. Et non pas seulement cela, les rappeurs tels que Hamzaoui et Kafon sont devenus « ambassadeurs » de la souffrance des quartiers populaires comme le phénomène « Houmani » !

Le positionnement politique de ces jeunes rappeurs est devenu leur fond de commerce mais cela n’était pas sans prix, cet engagement leur a couté très chers : des harcèlements policiers gratuits, des mois entiers d’arrestation sans raison plausible, etc…

Le combat de la liberté d’expression semble être encore à ses débuts en Tunisie, surtout pour le rap, ce style qui a défié depuis les années 70, toutes les dimensions musicales, linguistique et poétiques est devenu l’un des symboles de la liberté de l’expression bien qu’il s’adresse à une certaine catégorie sociale, il traite souvent des sujets qui touchent l’opinion publique mais d’une façon virulente ce qui le laisse toujours considéré comme un style diffamatoire et touchant aux bonnes mœurs.

Cette note est dédiée à Weld El 15, le rappeur qui irrite les autorités.

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