L’écologie, la protection de environnement, le tri des déchets, le recyclage…ça ne vous parle peut-être pas trop. Pourtant ça devrait. Alors que nous sommes en train de repenser notre système politique il nous faudrait également repenser notre relation à environnement. Loin de s’arrêter à une histoire de papier jeté par terre la protection de l’environnement a un impact direct sur le développement économique d’un pays. Rencontre avec Mounir Majdoub, économiste et le Doyen Michel Prieur, spécialiste français du Droit de l’environnement.

A Tunis comme ailleurs les habitants amoncellent les poubelles dans les coins de rue et jettent des papiers par terre toute la journée. Quel monde sommes nous en train de préparer à nos enfants quand nous passons nos journées à salir nos rues, à gaspiller des litres d’eau et à ne pas trier nos ordures ?Pour sortir de ce modèle de gaspillage la Tunisie a besoin de se pencher avec plus d’attention sur le Droit de l’environnement. Il s’agit en fait de mettre en place un cadre juridique permettant de protéger, d’utiliser et de gérer l’environnement.

Pour le Doyen Michel Prieur, spécialiste en la matière, l’environnement est un patrimoine commun à l’humanité, quelque chose de commun à tous les êtres vivants et dont nous devons prendre soin. Aujourd’hui le droit de l’environnement fait même partie des Droits de l’homme : il est question ici de la possibilité que nous avons d’exiger de l’Etat, mais aussi des particuliers, d’avoir des comportements qui respectent l’environnement, qui se préoccupent des ressources naturels et qui évitent les dégradations catastrophique. « En fait c’est un instrument de sonnette d’alarme pour éviter d’aller dans le mur. Ça renforce la prévention et les précautions, face à des politiques qui sont souvent aveugles et qui ne voient qu’un profit immédiat, pour un développement économique à court terme et qui saccage l’avenir. Alors que le droit à l’environnement c’est une vision à long terme du développement » explique-t-il.

« Le problème de l’état de l’environnement ne se limite pas à le propreté des villes ou propreté tout court. Ce que nous voyons maintenant en Tunisie comme déchets visibles ne sont peut être l’arbre qui cache la foret. Il y a des déchets dangereux qu’on en voit pas, qui peuvent être en volume moindre : piles, produits chimiques… dont la nocivité n’est pas apparente mais dont les effets sont irréversibles et importants sur l’environnement, les nappes phréatiques, les espèces naturelles et donc aussi sur la santé de l’homme. Ce qui se passe également dans les parcs nationaux pose problème puisque beaucoup d’exactions sont commises… » explique le Professeur Mounir Majdoub, économiste et membre de l’association Alternatives.

Mais comme pour de nombreux sujets la situation est difficile appréhender. Pour Mounir Majdoub ni le gouvernement actuel, ni le gouvernement précèdent ne se sont penchés sur la question. « En tant qu’association nous faisons un effort pour essayer d’évaluer l’état de environnement en Tunisie. C’est le rôle des pouvoirs publiques en premier chef. Le gouvernement devrait le faire immédiatement d’ailleurs mais ce n’est pas le cas.»

Le droit tunisien de environnement existe depuis une quinzaine d’année, il y a l’agence de la protection de environnement, l’agence du littoral, la Tunisie a participé à de nombreuses conventions internationales sur l’environnement et la Tunisie a toujours été très active raconte le Doyen Michel Prieur.

« Bien entendu ceci n’est pas suffisant et il y a toujours une critique du fait du manque d’efficacité. La Révolution apporte cette occasion unique de tout remettre à plat, ça veut dire qu’il y a une possibilité de pouvoir évaluer la pertinence de ce qui existe et voir ce qu’il faut faire pour améliorer les instruments de protection de environnement. Ainsi aujourd’hui on peut introduire l’environnement dans la Constitution, mais pas seulement de manière allusive. Il faut garantir ce droit et avoir des lignes directrices. Un pas est déjà en cours avec l’écriture d’un code de l’environnement. »

Mounir Majdoub, lui, travaille d’arrache pied pour que cette thématique soit prise en compte par l’ANC. « Je suis assez optimiste quant à la Constituante, il me semble que les associations écologiques ont été entendues. Il y a apparemment un consensus qui se dessine quant aux droits environnementaux »

Pour le Doyen Michel Prieur le point le plus important tourne autour des énergies renouvelables: « Il y a plus de soleil ici qu’ailleurs, il faut donc se concentrer sur l’énergie solaire par exemple. Le problème c’est que les forces économiques sont pour l’instant orientées vers d’autres types énergies qui coûtent plus cher et sont plus dangereuses, alors que les énergies renouvelables coûtent moins cher et sont moins dangereuses. Le calcul est vite fait pourtant. Mais pour que ça marche il faut faire des investissement dans les énergies nouvelles et non les énergies passées » explique le Doyen Michel Prieur.

D’autant plus que l’énergie est à la base du développement économique durable, mais que pour le renforcer il faut s’appuyer sur des énergies durables : pas sur des énergies fossiles ou nucléaires, qui n’ont de durable que les catastrophes qu’elles causent. Il faut donc protéger l’avenir et rompre avec un système dépassé, aller vers de nouveaux mécanismes et donc changer notre relation à l’environnement. A commencer par le lancement de vraies campagnes de sensibilisation,par la mise en place d’un système de tri des déchets et de recyclage, par le développement de parc d’éoliennes et de panneaux solaires… ce qui permettrait de créer des emplois verts.

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