Grève générale des hôpitaux, mai 2016

Le budget du ministère de la Santé pour l’année 2021 a enregistré une hausse de 13% par rapport à celui de 2020, en grimpant de 2544 Million de Dinars (MD) à 2885 MD. Selon le ministère des Finances, 78% du budget du ministère de la Santé seront destinés aux dépenses salariales, soit 2177 MD. Au total 1375 contractuels ont été recrutés pendant la crise du Covid-19, dont 300 médecins, 811 cadres paramédicaux et 264 ouvriers pour un coût de 41 MD, d’après Faouzi Mehdi, le ministre de la Santé.

Rôle limité de l’Etat : des inégalités d’accès à la santé

Quelques jours après le dépôt du projet de loi de finances 2021, des associations se sont mobilisés contre le budget alloué au ministère de la Santé, considérant qu’il ne répond pas aux besoins du secteur, toujours sinistré, et davantage affecté par la propagation du Covid-19. Six associations dont  le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), l’Association des Jeunes Médecins, Oxfam et Al Bawsala ont lancé le 27 octobre 2020 une campagne sous le slogan « le Coronavirus tue, l’austérité aussi » (traduite littéralement de l’arabe dialectal). L’austérité est la gestion stricte de l’économie d’un pays, avec des mesures restreignant les dépenses publiques.

En outre, ces associations ont publié un communiqué dénonçant la politique d’austérité suivie par l’Etat depuis 3 décennies. Elles appellent également à augmenter le budget attribué au ministère de la Santé, en remettant en cause les avantages fiscaux et l’évasion fiscale.

L’organisation non- gouvernementale Oxfam a publié pour sa part une étude intitulée « Indice sur l’engagement à la réduction des inégalités : le cas de la Tunisie ». Elle met en évidence la baisse des dépenses publiques en matière de santé de 6.6% en 2011 à 5% en 2021, qui représentent 1.8% du Produit Intérieur Brut (PIB). La réduction du taux de contribution de l’Etat entraîne la précarité des services de la santé et accentue les inégalités entre les plus aisés et les démunis. « Par exemple, Tunis compte 10,2 lits de soins intensifs pour 10000 habitants. Par contre Tataouine, Gafsa, Sidi Bouzid et dix autres régions ont 0 lit pour le même nombre d’habitants », peut- on lire dans l’étude.

Budget d’austérité ?

L’accès à la santé est un droit prévu par la Constitution et les conventions internationales, dont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels. Mais les investissements publics dans ce secteur sont modestes. La part des dépenses de l’Etat dans les investissements du secteur de la santé doivent représenter au moins 74% du taux global des investissements.

En Tunisie, la contribution de l’Etat est estimée à 57%. Seuls 415 MD du budget du ministère de la Santé seront orientés aux investissements et l’amélioration de l’infrastructure sanitaire, selon les prévisions du projet de loi de finances 2021. De son côté, le ministre de la Santé a affirmé lors de son audition à la commission de la santé et des affaires sociales au parlement, que la somme demandée par le ministère s’élève à 690 MD. Il ajoute que son ministère s’est officiellement adressé au ministère des Finances pour injecter 286 MD additionnels, qui seront destinés principalement à l’investissement dans le secteur de la santé.

Le budget du ministère de la Santé tel que prévu par le projet de loi de finances 2021 ne représente que 5.5% du budget global de l’Etat, ce qui est inférieur aux estimations de la déclaration d’Abuja. En vertu de cette déclaration, les Etats membres de l’Union Africaine doivent attribuer au secteur de la Santé 15% du budget global de l’Etat. Visiblement, la Tunisie en est encore loin.

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