Crédit : court-métrage “Pousses de printemps” d’Intissar Belaid, 2014

Nawaat : Est-ce que les enfants se rendent comptent de ce qui se passe ?

Dr Sami Othman : Oui, bien évidement. Les enfants sont au courant. Il suffit de leur poser la question pour s’en rendre compte. Par contre, leurs perceptions des choses varient en fonction de leur âge, de leur degré de maturité et de leurs sources d’informations. Il est vrai que cette pandémie génère de l’anxiété et suscite de nombreuses questions de la part des enfants, même si nous avons l’impression qu’ils semblent insouciants. Souvent les enfants passent par les adultes pour comprendre ce qui se passe autour d’eux. Le fait que nous avons rapidement rassuré les enfants sur le faible risque encouru par eux par rapport au coronavirus et la présence des parents à la maison sont quelques facteurs d’apaisement.

Quel est l’impact du confinement sur l’enfant ?

C’est un bouleversement total. Les évènements se sont rapidement succédés : les écoles sont fermées, les parents restent à la maison, les activités familiales sont annulées. Les amis sont tenus à l’écart. Trop de choses en très peu de temps. Le quotidien des enfants est troublé. Ceci a entrainé une perte des repères de la journée par rapport aux habitudes de vie : l’heure du réveil et de l’endormissement, des repas, l’exposition aux écrans…

Les enfants sont inévitablement touchés par toutes ces modifications, non seulement parce que leur rythme de vie est suspendu, mais surtout parce qu’ils ne comprennent pas l’inquiétude de leurs parents et la nature de ces restrictions. Toutes ces modifications sont une source d’angoisse et de détresse émotionnelle pour les enfants. Le confinement peut aussi entrainer des perturbations de comportement chez certains enfants : une tendance à l’instabilité, irritabilité, colère, peur… certains comportements se profileront en réactions aux attitudes des adultes.

Qu’est-ce que les parents doivent faire pour limiter les effets de cette période anxiogène sur leurs enfants ?

Le rôle des parents est important et peut déterminer les réactions ultérieures de l’enfant. Dans certains cas, les parents pourraient être tentés de ne rien dire aux enfants, surtout aux plus jeunes. Ils pensent qu’ils sont « trop jeunes pour comprendre », « que cela va les traumatiser davantage ». Or, nous savons que le secret et le mensonge ont des effets dévastateurs pour les enfants quand ils en prennent conscience. Il est donc essentiel de leur en parler, en ajustant les termes à leur âge. La simple présence des parents est déjà un facteur d’apaisement, le fait de les écouter, de comprendre ce qui les tourmente permet de les rassurer et de les mettre en confiance. Il faut utiliser des mots simples, clairs et donner à l’enfant les moyens de s’exprimer comme il peut (dessins, jeux, récit …). Un deuxième volet concerne la gestion de cette période, en évitant d’exposer l’enfant aux soucis économiques et sociaux de la famille, d’organiser sa journée, de maintenir une hygiène de vie (activités ludiques, activités sportives, sommeil correct….)

Les adolescents  ont-ils une meilleure compréhension de la situation ?

Les adolescents, de par leur âge et leurs centres d’intérêt, semblent vivre ce confinement de façon différente. En dehors des parents, les réseaux sociaux et internet représentent une source d’information et d’occupation plus importante pour cette tranche d’âge. Leurs craintes sont davantage liées à l’école et les risques compromettant la fin de l’année scolaire. Ils semblent plus souffrir des contraintes sociales de ce confinement. Habitués à sortir, à être avec leur groupe d’amis, ils se retrouvent “coincés” à la maison et dans l’obligation de faire la connaissance de leurs parents. Ce qui n’est pas mal en soi. Le risque chez ces adolescents est l’isolement dans leurs chambres, la cyberaddiction et les perturbations des rythmes de vie.

Que faire pour prévenir les effets de cette crise sur les ados ?

L’adolescent doit être conscient qu’il n’est pas en vacance, qu’il n’est pas seul et qu’il a le temps d’explorer d’autres modes d’interaction sociale. Il est invité à être actif et créatif. C’est une situation inédite qui lui offre une certaine proximité familiale et un temps de partage. Ils doivent transformer leur peur et angoisse en action positive. Autres points qu’on a pu voir est l’insouciance et la transgression de certains adolescents des règles de distanciation sociale et du confinement. Ils doivent savoir que la situation est sérieuse et qu’ils ont un rôle important à jouer en respectant les règles.

Beaucoup d’enfants pourraient être victimes de violences de la part de leurs parents actuellement. Quels conseils adressez-vous aux parents?

Une question très importante et qu’on commence à ressentir avec le prolongement du confinement. Les parents sont stressés, de plus en plus tendus, ayants des inquiétudes financières et économiques. C’est une période d’incertitude, source de colère et de mauvaise gestion du stress, ce qui pousse certains parents à mal réagir et parfois avec violence.

Certains parents ont besoin de voir les bons côtés de ce confinement, en terme d’équilibre et de rapprochement familial, de maintenir une bonne hygiène de vie, de trouver des moments ou des activités pour soi. Les enfants ont besoin de modèle aimant et rassurant. Ils ont aussi besoin de garder confiance dans les capacités des parents à gérer cette situation inédite. Les parents ont besoin de maintenir une bonne qualité de vie et de la bienveillance à l’égard des enfants pour réduire la violence et les réactions négatives. C’est une période temporaire et inédite. Le plus important est de maintenir une bonne santé mentale de ses enfants et de considérer ce qu’ils vont garder plus tard comme émotions et vécus de cette période.

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