Depuis l’ingérence russe dans les élections américaines en 2016, il y a eu de nombreuses discussions, élaborations de stratégie et engagements au niveau global, regroupant des décideurs politiques, la société civile et les premières sociétés du monde tech comme Facebook, afin de lutter contre la désinformation. Nathaniel Gleicher, chef de la politique de cybersécurité à Facebook, a officiellement annoncé, le 16 mai, le retrait de 65 comptes israéliens, 161 pages, 12 groupes et 4 comptes Instagram. Facebook soupçonne ces éléments d’appartenir à un réseau provenant d’Israël.

Le réseau en question aurait utilisé de faux comptes pour mener des campagnes de désinformation et augmenté l’engagement sur des prétendues pages locales qu’ils avaient créées. Ces pages étaient de nature politique/partisane et auraient généré autour de 2,8 millions d’abonnés ciblant au moins 13 pays, dont le Nigéria, le Sénégal, le Togo, l’Angola, le Niger, la Tunisie et d’autres Etats d’Amérique du Sud et de l’Asie du Sud-Est.

Qu’est-ce que nous savons sur les pages ciblant la Tunisie ?

Parmi les exemples du contenu visé, Facebook a relevé, concernant la Tunisie, une page intitulée « Stop à la désinformation et aux mensonges en Tunisie » (voir ci-dessous).

Un rapport plus détaillé a été rédigé par le Digital Forensic Research Lab (DFRLab) de l’Atlantic Council, un groupe de recherche qui collabore avec Facebook. Ce dernier présente une capture d’écran démontrant que la page ci-dessus, créée en Mars 2019, a rapidement attiré plus de 11.000 abonnés, ce qui pourrait dénoter une augmentation artificielle d’engagement (voir ci-dessous).

Dans le même rapport, l’une des tendances qui a permis à l’équipe d’investigation de Facebook d’identifier ces activités de coordination est le nombre de pages qui prétendent être gérées par des individus d’une certaine provenance, mais qui en réalité ont été dirigées depuis une toute une autre localisation (à travers l’outil de transparence sur Facebook). De nombreuses pages sur des pays africains ont été gérées depuis Israël. A noter cependant, qu’une page sur l’Algérie intitulée « Algérie-Flash », était gérée depuis la Tunisie (voir ci-dessous).

Par de multiples confusions dans leurs publications, les créateurs de contenu ont mis en évidence une connaissance limitée de leurs prétendus pays d’origine. Par exemple, DFRLab souligne que la page « Tunisie Mon Amour » montrait des images du Maroc et de la Turquie, présentées comme étant des images de la Tunisie.

Quid du réseau israélien ?

Dans sa publication du 16 mai, Nathaniel Gleicher a révélé que d’après l’investigation, les activités en question sont liées à la société israélienne Achimedes Group, sans pour autant expliquer comment l’équipe de Facebook a confirmé cette information. Entre 2012 et 2019, ce réseau aurait dépensé environ 800.000 USD pour des publicités sur Facebook, payées en réals brésiliens, shekels israéliens, et dollars américains.

Le 19 mai, le Times of Israel a publié un article d’investigation reliant Archimedes Group à d’autres sociétés et groupes d’intérêt tels que Grey Content, GetSat et Alumot. Dans un premier temps, le média avait partagé des informations basées sur le site d’Archimedes Group (https://www.ar-gr.com/), mais aujourd’hui ces informations ne sont plus disponibles, la société ayant supprimé la majorité du contenu sur leur site, notamment de la page « About » qui décrit la société. Archimedes Group avec son siège à Tel-Aviv, se présentait en tant que cabinet de consulting et de lobbying politique. L’entité soutient vendre la capacité de « changer la réalité selon les souhaits de nos clients », via un software nommé « Archimedes Tarva » utilisé pour des campagnes de masse sur les réseaux sociaux. La page décrivant ce software, elle aussi a été supprimée une fois que Facebook a révélé l’investigation.

Sur le web, on ne retrouve pas d’éléments concernant les capacités techniques du software. Des captures d’écran des informations supprimées du site ont été tweetées par Raphael Satter, journaliste à l’Associated Press (voir ci-dessous). D’après le Times of Israel, le PDG d’Archimedes Group serait Elinadav Heymann, ancien directeur des European Friends of Israel in Brussels, porte-parole et conseiller de la Knesset.

Selon son profil sur negotiations.ch, Heymann serait en outre un ex-« Agent supérieur de renseignement » pour les forces aériennes israéliennes. Son profil sur le site d’Archimedes Group n’est plus en ligne. Toutes ces informations supprimées par Archimedes Group démontrent que les individus au sein de ce cabinet sont conscients de la nature illicite de leurs activités. Une fois scrutés à la loupe, ils ont vite réagi en vue de brouiller les pistes.

Alors que la Tunisie figure parmi les quelques pays nommés dans ce cas particulier, les informations publiées sur la Tunisie sont maigres. Ainsi, le nombre de pages qui ciblaient la Tunisie, ainsi que la nature de leur contenu, n’ont pas été révélés. Encore moins la base depuis laquelle elles opéraient et la proportion d’engagement organique par rapport à son pendant artificiel. Difficile donc de juger à quel point ces campagnes ont réussi et de deviner leurs principales motivations.

Des analystes à DFRLab déclarent n’avoir pas pu identifier de thème idéologique liant les pages supprimées, précisant que les activités étaient à but lucratif. Ce qui est certain, Archimedes Group ne constitue pas un cas isolé mais signale plutôt un modèle d’affaires bien établi : gagner de l’argent en diffusant des fake news.

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