Saviez-vous que nous étions mortels ? C’est ce que je viens de découvrir, non sans effroi, en lisant une tribune du philosophe Achille Mbembe, désormais influent, notamment dans tout le spectre des tendances qui se réclament de la gauche, et pas seulement en France. Parue ces derniers jours dans la rubrique « Idées » du quotidien français  Le Monde  et intitulée « L’identité n’est pas essentielle, nous sommes tous des passants », cet article soulève de nombreuses questions fondamentales. La première est évidemment celle-ci : l’Homme, et en particulier l’espèce dite philosophique, a-t-il une propension innée à parler pour ne rien dire ? C’est fou ce que des gens qui ont la tête bien pleine aiment dire des choses bien vides. J’ai beau me creuser la tête lire et relire cet article, le renverser dans tous les sens, tenter d’en deviner le secret comme s’il s’agissait d’un rébus ou d’une charade, le commencer par la fin puis remonter le chemin à partir du début, eh bien je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’auteur a éprouvé le besoin de l’écrire. Je l’imagine se réveillant en pleine nuit, la sueur au front, criant «   Il faut que je Leur dise ! Nous sommes mortels ! Nous ne faisons que passer !   ».

On peut en sourire, bien sûr, se gausser de la vanité de nombreux intellectuels qui énoncent avec un air profond des sentences et des morales qui formulées dans un autre langage ne se distinguerait guère d’une conversation de café de commerce.  Pourtant, certains de ces penseurs ont du poids. Leurs propos les plus banals, truisme, lapalissades ou approximations douteuses et contestables, ne sont pas inoffensives. Ils contribuent à façonner les opinions publiques. J’ajouterais, pour qu’on ne me demande pas pourquoi je juge utile d’évoquer ici cette tribune publiée  dans Le Monde, que les idées formulées en France, dans les pays du nord plus généralement, et même par des auteurs, comme Achille Mbembe, réputés du sud, ne sont pas sans incidence sur notre propre opinion publique. C’est le cas en particuliers lorsque ces idées entrent en résonance avec certaines questions qui structurent nos conflits politiques internes.