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Des projets dans l’entreprenariat social, il en a accompagné plus d’un. C’est un peu son dada. Il fallait bien qu’un jour, il s’y mette, lui aussi. Mehdi Baccouche a lancé il y a plus d’un an une petite entreprise dans sa ville d’origine, Nefta. Baptisée El Mensej [métier à tisser], l’entreprise propose des klims et divers accessoires à base de fripes détricotées. « Je voulais concilier plusieurs objectifs : redonner vie à des savoir-faire traditionnels ; permettre aux femmes de travailler dignement ; et enfin, proposer des produits équitables en matières recyclées », explique t-il. En effet, la matière première des klims provient de vieilles fripes dont la laine est détricotée, puis réutilisée pour le tissage.

Renouer avec le savoir-faire traditionnel

Sur un métier à tisser en bois, la petite équipe de cinq femmes, prépare des tapis selon des techniques très anciennes. « Je connais bien le métier car j’ai travaillé pendant quatre ans dans une entreprise qui fabriquait des tapis, mais qui a fermé depuis. Alors, j’essaye de transmettre mes connaissances aux autres femmes », explique Najoua, qui a transformé une partie de sa maison en atelier. « En règle générale, nous travaillons de 8h à 13h, mais ça dépend des commandes », précise-t-elle. A Nefta, elles sont de moins en moins nombreuses à s’intéresser à ce savoir-faire. Comme beaucoup de métiers traditionnels, le tissage a une connotation négative. D’une part, c’est très mal payé, et d’autre part, les ventes se font rares. « Alors qu’autrefois, dans le trousseau de la mariée ont trouvait de nombreux klims, aujourd’hui on se contente d’un ou deux tapis seulement », note Mehdi. Et Najoua d’ajouter : « à quoi bon passer nos journées devant notre métier à tisser si nous n’arrivons pas à vendre nos produits ? ».

Pour faciliter la commercialisation, Mehdi a lancé une page Facebook et fonctionne beaucoup par le bouche à oreille. « Le temps de travail est 100% rentable puisque nous travaillons sur commande », souligne Mehdi dont la mission consiste à accompagner les artisanes dans la commercialisation de leurs produits, mais aussi à les amener à mieux comprendre les besoins de la clientèle. « Je me pose avec elles devant un ordinateur, et je tape sur Google ‘couleurs tendances 2017’, et on regarde ensemble. C’est aussi simple que ça ». Il ne reste plus qu’à espérer qu’en détricotant les vieilles fripes, ils trouvent les couleurs voulues.

Expérience humaine

A Nefta, les perspectives d’emplois pour les femmes sans diplômes sont rares et se limitent aux usines de dattes où elles sont payées 12 DT par jour. En créant cette entreprise sociale, Mehdi voudrait susciter des vocations et amener d’autres femmes à créer leur propre entreprise. « Avant de commencer avec nous, Najoua travaillait dans un jardin d’enfants et ne gagnait que 100 DT par mois », déplore Mehdi. « Aujourd’hui, elle gagne le triple en travaillant beaucoup moins et dans de meilleures conditions ». Selon lui, il est grand temps de renouer avec les savoir-faire traditionnels, et de créer des coopératives d’artisans afin de mettre en place un réseau qui faciliterait la commercialisation des produits. Mais il met en garde : « il ne faut pas chercher le gain immédiatement. Dans ce projet, nous avons préféré prendre notre temps et nous adapter à la réalité sociale des femmes. C’est une expérience humaine avant tout ».

D’ailleurs, ce projet n’a toujours pas de statut juridique. « C’est une initiative communautaire et nous sommes encore dans l’informel, mais à terme nous souhaitons créer une coopérative afin que les tisseuses puissent avoir une sécurité sociale ». Patient, Mehdi voudrait surtout que ces femmes retrouvent l’estime d’elles-mêmes. Avec en moyenne 5 commandes de tapis par mois (le prix au m2 est de 50 à 60 DT), la petite équipe ne chôme pas : entre le détricotage, le tissage et les temps d’apprentissage, la demi-journée passe bien vite. « Nous travaillons chez moi où l’ambiance est agréable et où il n’y a pas de pression », se réjouit Najoua qui espère tout de même voir les commandes augmenter. De son côté Mehdi souhaite doucement se retirer pour que cette initiative n’appartienne plus qu’à ses femmes en quête d’indépendance.

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