Si j’osais, je dirais la revanche policière est en rut. Trop de temps, sans doute, ceux qui sont censés veiller à notre tranquillité ont comprimé leurs ardeurs répressives. Ils se défoulent aujourd’hui. Et avec quel acharnement ! Affranchis semble-t-il de toute crainte, avides de retrouver une autorité émoussée avec la révolution, pressés de retrouver les privilèges acquis sous Ben Ali, ils se lâchent. La caste policière rêve-t-elle de s’emparer du pays ? Veut-elle imposer l’ordre ? Oh non ! Elle aspire à bien plus que cela. Elle rêve de s’emparer des corps et des âmes. La violence physique pour les corps, bien sûr, l’incarcération aussi évidemment. Mais qu’est-ce donc sinon une volonté de marquer les corps et les âmes que les campagnes contre les consommateurs de zatla et les fameux tests anaux dont il a été question l’an passé ?
On nous annonce aujourd’hui l’installation de caméras de surveillance dans 300 points de contrôle électronique dans le Grand Tunis et dans les gouvernorats « sensibles » de Kasserine, du Kef, de Jendouba et de Sidi Bouzid, prélude à leur généralisation sur l’ensemble du territoire national. Et s’y ajouteront, est-on prévenu, des dispositifs de reconnaissance faciale et des appareils de lecture des plaques d’immatriculation de véhicules. Selon le magazine en ligne Leaders, le ministre de l’Intérieur aurait précisé qu’ « il ne s’agit pas d’un simple filmage d’observation, mais d’une interconnexion online avec différentes bases de données, permettant de réagir très vite, si nécessaire ». Ah, ces bases de données ! Qui pourra donc vérifier ce qu’on y met ? Croit-on vraiment, comme on nous l’explique, que la seule finalité d’une telle mesure est la lutte contre le crime organisé et le terrorisme ?
« Vous voulez la démocratie ? », nous dit le policier, « OK, vous l’aurez ! ». Et il part d’un grand éclat de rire…