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Il y a un peu plus d’une année, Béji Caïd Essebsi, alors en campagne électorale pour la présidentielle, promettait monts et merveilles à la région de Kasserine en termes d’emploi et de restauration de la dignité. Ne constatant qu’une restauration de la corruption, Kasserine et ses 23% de chômeurs se soulève, faisant tâche d’huile sur l’ensemble du pays. La cacophonie que donnent à voir les intervenants gouvernementaux est symptomatique de la faillite de la coalition au pouvoir.

Vendredi soir, dans son allocution au peuple, le président de la République a poussé le mimétisme avec Habib Bourguiba jusqu’à en reproduire les erreurs historiques : même décor archaïque qu’au lendemain des révoltes du pain de janvier 1984, le repentir en moins.

Le style policier présidentiel

C’est en effet un président au ton menaçant qui s’est adressé aux Tunisiens, cherchant d’emblée les causes de la crise dans des facteurs exogènes :

La Tunisie que nous chérissons tous est la cible de stratagèmes étrangers et locaux. Béji Caid Essebsi

S’en suit alors une tirade du déni quant aux origines du malaise social : « Ces gens sont tous connus, fichés et leurs appartenances partisanes sont connues ». « Des partis politiques qu’ils soient légaux ou non autorisés veulent attiser les tensions », accuse-t-il enfin, plus précis mais toujours dans le registre de l’inquisition et du complotisme.

Tous les regards se tournent alors vers l’opposition que l’on tente ainsi de criminaliser dans ses deux versants d’Alirada (non encore officiellement autorisé) et du Front Populaire, décidément devenu le punshing-ball favori du nouveau pouvoir. Aujourd’hui dimanche, Ammar Amrousia, élu Front Populaire, a mis au défi le président Essebsi de nommer les partis en question, tout en l’incitant à « éviter de verser dans les circonvolutions et le mystère ».

De longues minutes du speech présidentiel seront par ailleurs consacrées à la « responsabilité des médias nationaux et internationaux », accusés par le président d’« en rajouter une couche », ce qui lui vaudra sur les réseaux sociaux le titre de président rédacteur en chef, quoique l’ONG Reporters Sans Frontières a fait part samedi de ses sérieuses inquiétudes quant à ces accusations autoritaires.

Depuis son élection, le président de la République ne s’est pas déplacé en région, sauf sa visite éclair effectuée à Sousse le jour de l’attaque terroriste de juin 2015. Pour Kasserine, il a préféré recevoir la famille du jeune chômeur Ridha Yahyaoui vendredi, comme l’avait fait Ben Ali un certain 24 décembre 2010.

Incroyable cacophonie ministérielle

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Convoqués autour d’une réunion d’urgence, on ne peut pas dire que les quatre partis de la coalition au pouvoir aient fait preuve d’imagination dans le document final qu’ils ont lu au terme de leurs délibérations. Après que la présidence de la République ait renvoyé la balle au gouvernement, la coalition appelle à un nouveau « Dialogue national autour de la question de l’emploi »… Où sont donc passés leurs programmes économiques respectifs, serait-on en droit de se demander ?

A constater les multiples bévues de communication (mais pas seulement) commises par plusieurs ministres cette semaine, on peut cependant comprendre le bienfondé de l’initiative consistant à se mettre autour d’une seule table pour mieux parler d’une seule voix.

La première, sans doute la plus embarrassante, fut celle du fraîchement désigné ministre porte-parole du gouvernement Khaled Chouket : sur les 5000 + 1200 créations d’emplois promises à Kasserine à l’issue du conseil des ministres, il s’avère le lendemain que strictement aucun job n’a été promis. Corrigeant Chouket, le ministre des Finances Slim Chaker précisera qu’il s’agira en réalité de bons vieux SIVP, parmi d’autres mécanismes dont certains datent de l’ère Ben Ali, permettant de régulariser des emploi précaires préexistants.

Intervenant depuis Davos, le chef du gouvernement rectifiera cette fois d’autres promesses ministérielles faisant état de transposition des mesures prises en faveur de Kasserine à l’ensemble des gouvernorats du pays, « impossible » selon Essid.

Lors d’une conférence de presse tenue samedi, Kamel Jendoubi, ministre des droits de l’homme chargé des relations avec la société civile et les instances constitutionnelles, a tenté de modérer les propos tenus la veille par le président Béji Caïd Essebsi :

Il ne faut pas interpréter ces dires comme étant une accusation de certains partis en particulier…Kamel Jendoubi

Lors d’un entretien télévisé accordé à la TV nationale et Nessma TV samedi, interrogé sur les propos de Moncef Marzouki autour de l’ingérence hostile des Emirats Arabes Unis dans les révolutions en général et les affaires de la Tunisie en particulier, le chef du gouvernement Habib Essid a martelé qu’étant en démocratie « l’ancien président a le droit de dire ce qu’il veut », ajoutant qu’il ne saurait lui demander de se taire… Un camouflet pour son propre ministre des Affaires étrangères qui publiait un jour auparavant un cinglant communiqué dénonçant « les propos irresponsables » de Moncef Marzouki.

Axe commun du discours gouvernemental en revanche, la menace de Daech, qui selon la députée Nidaa Tounes Kasserine Ikram Moulahi « encercle la ville de Kasserine ». Saluées par une partie de la presse et par le gouvernement pour « leur retenue », les forces de l’ordre sont en réalité traversées elles-mêmes actuellement par divers mouvements sociaux. Exténuées par des épisodes de couvre-feu à répétition et un état d’urgence quasi permanent, combien de temps les forces de l’ordre accepteront-elles encore de faire des sacrifices pour un exécutif qui perd chaque jour un peu plus en crédibilité ?

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