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Après avoir sanctionné deux émissions hebdomadaires d’El Hiwar Ettounsi Tv, suspendues pour un mois, la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) a été la cible d’une vaste campagne de lynchage médiatique. L’absence d’un véritable débat sur la régulation brouille les pistes, maintient le statut quo et laisse courir les adeptes de la doctrine bananière.

Plus de trois heures d’antenne en cinq jours ont été consacrées par El Hiwar Ettounsi Tv aux décisions de la HAICA concernant « Labes » et « Liman yajroo faqat ». Mis à part les animateurs et autres humoristes collaborateurs de la chaîne, aucun autre intervenant n’a été invité à débattre de la question. La HAICA n’a pas répondu aux invitations de deux émissions d’El Hiwar Ettounsi, la quotidienne « 24/7 » et l’hebdomadaire « Al-Yawm Al-Thamen ». Prévisible, surtout que la première réaction de la chaîne s’est répandue dans l’invective.

L’impasse anti-régulation

Invités à réagir suite la décision de la HAICA, le jour même de son annonce, Naoufel Ouertani et Samir El Wefi ont pris en otage leur audimat durant 40 minutes de débat à sens unique dans le numéro du 15 décembre de « 24/7 ». Totalement complaisante, l’animatrice Mariem Belkadhi récidive après sa participation distinguée à la campagne anti-régulation menée par Nessma en mars 2015. Samir El Wefi abuse de son argument préféré. « Mon baromètre, c’est les gens, le taux d’audimat, le spectacle », rabâche l’animateur avec une indifférence totale envers les normes professionnelles et les principes déontologiques. « Nous voulons bien de leurs conseils. C’est ça la régulation […]. Mais ils n’ont pas à nous donner des leçons », renchérit Ouertani.  L’animateur-invité prend ainsi, pour cible le pouvoir décisionnel de la HAICA attribué par le décret-loi 116 pour la réduire à une simple instance consultative. L’existence même d’une autorité de régulation est attaquée, point d’arrivée au bout de l’impasse.

Débat à sens unique, acharnement et désinformation, l’arsenal parfait pour avorter toute possibilité d’un éventuel débat public sur la question est déployé. Les effets de ces réactions hostiles à la régulation ne sont pas uniquement à observer sur les petits écrans. Les rédactions sont atteintes par l’onde de choc. Ces campagnes polarisent les acteurs du paysage télévisuel.

Nécessité d’un débat public

La HAICA est donc placée sur une ligne de fracture. Chacun prend position. L’intérêt d’un groupe face à celui d’un autre. Dans cet imbroglio d’intérêts opposés, l’intérêt public est relégué au dernier plan. Pourtant, un véritable débat sur la régulation plaçant l’intérêt public au-dessus des rapports de force entre les acteurs du secteur télévisuel est nécessaire.

Par exemple, l’invocation du motif du « trouble à l’ordre public » pour sanctionner « Labes » demeure problématique surtout qu’il a historiquement servi comme prétexte pour les décisions arbitraires des régimes liberticides. Le rapport de la HAICA aux autorités, particulièrement à l’exécutif, nécessite également un véritable débat. L’octroi de licences à certaines chaînes comme Al Insane aussi. Idem pour le manque de transparence des médias audiovisuels et les faibles efforts de la HAICA à pallier à ce genre d’insuffisances.

Si les affaires publiques ne sont pas débattues publiquement, c’est dans la sphère privée que ça se fera. Les cercles et lobbies d’influence monopoliseront la parole là où se prennent les décisions. Le premier concerné, le citoyen téléspectateur ou auditeur, est donc exclu de cette dynamique au risque de se retrouver face à des petits écrans régis par la loi de la jungle. De quoi annoncer le début de l’ère bananière.

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