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C’est Nessma qui a ouvert le bal avec une intervention par téléphone d’Imed Belhaj Khlifa, porte-parole de l’Union Nationale des Syndicats des Forces de Sûreté Tunisiennes (UNSFT).

Nous ne faisons pas comme beaucoup de personnes qui sont sur les plateaux et qui donnent des leçons de démocratie et de droits de l’Homme. Nous ne connaissons que le drapeau de la Tunisie, nous ne connaissons que l’amour de la Tunisie, clame-t-il.

Converti en animateur tv, l’ancien propagandiste de Ben Ali et collaborateur de ses services de renseignement Borhen Bsaies rajoute une couche : « Nous avons tellement besoin de ces paroles. (…) Y’en a marre des surenchères et des futilités. Le temps viendra où il faudra rendre des comptes ».

Violence banalisée, l’autoritarisme invoqué

Dans ce numéro «spécial» de Ness Nessma, le bashing des droits de l’Homme et de leurs défenseurs était une question redondante dans des interviews sans aucune structure où le sensationnel prime sur le rationnel. « Nous n’avons pas beaucoup de moyens. Nous n’avons pas un plan Vigipirate comme en France. Nous avons une brigade au Gorjani, toujours attaquée pour des questions relatives aux droits de l’Homme. Et l’autre à l’Aouina fait de son mieux », s’indigne Bsaies en opposant les défenseurs des droits de l’Homme et les groupes terroristes à l’appareil sécuritaire. Réagissant aux propos de la reporter de la chaîne en duplex depuis le lieu de l’attentat qui rendaient compte des agressions policières sur les journalistes, Borhen Bsaies a banalisé cette violence en la présentant comme « un classique ».

« Parfois, dans ce genre de situations, il arrive que les forces de l’ordre arrêtent un pauvre citoyen innocent et le tabassent. Nous respectons les agents de la police et nous leur donnons raison dans ce contexte », a-t-il ajouté avant de marteler : « Ce n’est pas grave. Les journalistes doivent être patients ». Après le teasing, c’est l’heure du reveal. Le communicateur Nabil Karoui, patron de Nessma, en sait quelque chose. Bsaies arrive au point culminant de sa rhétorique :

Je suis embarrassé de le dire mais est-ce que vous vous rappelez des comités de vigilance (lijan al-yaqadha) ? On va me dire : « Vous voulez rétablir les anciennes méthodes ! ». Mais aujourd’hui, ils pourraient s’occuper du terrorisme au lieu de s’occuper des partis et de leurs dirigeants, surtout après la déstructuration des appareils sécuritaires.

Après le dénigrement, l’appel à l’exclusion

« Nous avons un surplus de libertés inutiles », avance Mustapha Ben Ahmed, député de Nidaa Tounes, sur El Hiwar Ettounsi Tv. Dans sa tournée télévisuelle par téléphone, Imed Belhaj Khlifa a lancé, sur cette chaîne, un appel pour « écarter des plateaux les personnes qui cherchent des failles juridiques pour justifier le terrorisme », aux oubliettes l’Etat de droit quand un agent de l’exécutif revendique ouvertement le bafouement de la loi. Un discours également adopté par d’autres invités de l’émission. Moez Joudi de l’Association Tunisienne de la Gouvernance se plait à affirmer : « Il n’y a pas de droits de l’Homme avec les terroristes et leurs soutiens ». Quant à Bassel Torjeman, polémiste qui officie sur Shems FM depuis la campagne électorale de 2014, il a trouvé un prétexte pathétique pour justifier ces attaques contre les droits de l’Homme. « Il faut donner un pouvoir absolu aux autorités pour combattre le terrorisme. Pas la peine de nous attaquer sur les droits de l’Homme. Nous, hommes de médias, personne ne peut nous donner des leçons sur cette question. Nous sommes dans la première ligne de défense des droits de l’Homme », déclare-t-il.

Propos incitatifs sur la Watania

Même le Journal de 20h de la Watania a apporté sa contribution à cette campagne. Dans un dérapage éthique et professionnel, le présentateur Taieb Bouzid s’est permis d’étaler ses opinions face à son invité, le journaliste-homme politique Zied El Heni. « La France, une démocratie aux traditions bien ancrées, a appliqué l’état d’urgence après les attentats terroristes de Paris. Les voix qui s’élèvent pour dire que l’état d’urgence a des objectifs politiques visant à réprimer les libertés. Le moment n’est franchement pas propice à ces surenchères », prétend-il au moment où la ligue des droits de l’Homme (LDH) française ne cesse de signaler les abus. Zied El Heni en profite pour multiplier les incitations contre les défenseurs des droits de l’Homme :

Les surenchères des pseudo-droits-de-l’hommistes, (…) ces courtiers qui s’enrichissent de ces causes. Il y a parmi eux des gens qui sont de mèche avec le terrorisme. Ils cherchent à perturber la situation. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités en main.

Que ces propos soient le fruit de l’ignorance, de l’inconscience ou de la nostalgie de l’autoritarisme, ce bashing des droits de l’Homme vient rappeler leur raison d’être précisée dans le préambule de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme :

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’Homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Pour ceux qui l’aurait oubliée, cette déclaration est l’une des matrice des lois régissant les médias : les décrets-lois 115 et 116.

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