Seif-Eddine-Rezgui

Du sang sur des maillots de bain, un cauchemar a pris place face à l’horizon bleu vendredi le 26 juin 2015 en Tunisie à Sousse.

Le choc des images du carnage a été suivi par un autre choc : le corps d’un jeune sportif, visage au sol, crinière mal coiffée par l’insouciance de la fleure de l’âge, baignant dans une marre de sang à côté de la machine à tuer. Terrifiée par ce nouveau visage du terrorisme, loin de la barbe et du Kamis, une vidéo circule quelques minutes après. Le terroriste abattu est un danseur. Oui un danseur !

Il fallait alors arrêter de lire tristement les nouvelles et partir en de quête de réponses. Mais qui est Seif-Eddine Rezgui ? Et qu’est-ce qui a poussé un brillant étudiant entamant son Master, passionné qu’il est par la danse, à tirer sur des innocents, non sans une forme de sérénité dont témoignent autant les rares photos que les survivants ?

Nous nous sommes rendue dans la ville de GAAFOUR au Nord ouest de la Tunisie, un café, une épicerie, une mosquée et quelques maisons… une ville quasi morte. Guidé jusqu’à une vieille maison où nous étions accueillis par son oncle, Ali 61 ans, abattu et choqué, il n’est qu’un corps ambulant : “Seif était un élève studieux. Il aimait la danse. Il n’a jamais cherché les problèmes sa vie durant.”

Insatisfaits par cette réponse, nous avons posé des questions à des voisins, des amis, mais en vain. Car on n’en saura pas plus.

Quant aux parents, complètement effondrés, ils se sont réduits au silence. Radhia, la mère 51 ans, fait la grève de la faim, Abdel Hakim, le père, ne pouvait que répéter une ou deux phrases : “Cela ne pouvait jamais provenir de mon fils, il est si gentil.

Sisco, comme l’appelaient ses amis danseurs, était passionné par le Hip-Hop, danse à laquelle il s’est entièrement donné depuis l’âge de 15 ans. Son rêve grandit, et il devint le leader du groupe enseignant les bases de cette danse aux enfants et adolescents de sa petite ville. Il donnait même des shows dans la rue, à la demande, pour le plus grand plaisir de ses élèves.

Il a continué sur ses pas après le bac en quittant sa ville natale. Il a tenu le club de danse de la faculté de Kairouan, chose qui n’a duré que quelques mois. L’espace qui y était dédié au groupe de danse a été repris pour des raisons non expliquées.

Cela a mis fin à son rêve. “Cela lui a brisé le cœur -témoigne son ami Aymen, ex-danseur de la troupe- mais toujours en silence, sourire aux lèvres comme le décrirait son entourage, attisant encore plus la curiosité autour du personnage.

Une voisine apporte davantage d’éléments sur la vie du jeune homme. Souffrant d’une situation familiale très difficile, il est l’aîné et l’exemple pour ses frères et sœurs. Dansant depuis l’enfance avec son frère, ou bon leur semble, Seif-Eddine a dû enterrer son “binôme”, suite à un tragique accident qui l’a arraché à la vie. Il fut frappé par la foudre, mettant fin à ses jours ! Le plus jeune du foyer ne dépassant pas les 8 ans est diagnostiqué d’autisme. De sérieuses difficultés gérées par une mère qui gagne à peine sa vie de l’agriculture. Une mère brisée par la pauvreté, la perte de son enfant et la gestion du quotidien d’un enfant autiste.

Le comportement de Seif-Eddine, introverti et affectueux, ne changea point aux yeux de son entourage. Le jeune danseur, du moins imperceptiblement pour les siens, a basculé du côté obscur de l’extrémisme religieux. Un basculement qui s’est tragiquement achevé par le massacre de 39 vies humaines et presque autant de blessés, traumatisant, également, tout un pays.

Ce pays paisible qui charme avec ses côtes bleues, ses palmiers du sud et ses forets du Nord-ouest est touché dans la chaire de ses hôtes et de son économie : le tourisme.

Seif-Eddine pousserait il tout un système à réfléchir pour changer l’axe atour duquel tourne l’économie Tunisienne? Était-ce sa manière d’exprimer sa douleur et sa colère après avoir été privé de son unique défoulement ?

Certes, les chiffres font peur et la question est dans toutes les têtes : Pourquoi autant de jihadistes tunisiens ?

Si certains candidats au Jihad sont poussés par la pauvreté, d’autres, néanmoins, sont de jeunes diplômés, qui finissent par succomber à la violence du radicalisme religieux, tout comme Seif.

Serait-ce une manière pour ces jeunes de donner sens à leur vie ? Ces mêmes jeunes qui se retrouvent devant des choix aussi sombres que l’immigration illégale, au risque d’y laisser la vie, le massacre suicidaire ou encore le suicide en silence…

Ces actes terroristes se nourrient-ils de l’indigence, de plus en plus lourde, d’espaces et des moyens pour s’exprimer, voire pour respirer tout simplement… et ne pas perdre espoir dans un avenir meilleurs !

Quoi qu’il en soit, si aucune justification au monde ne peut être apportée à la tragédie du vendredi 26, il est cependant vraisemblable que sans le vide qui a fini par ceinturer la vie de Seif-Eddine, il eût été autrement plus difficile pour ceux qui lui avaient fourni arme et embrigadement de commettre autant de dégâts !

Avant de perpétrer son acte, quelque chose était déjà mort en Seif-Eddine. La réponse sécuritaire, à elle seule, est incapable de ressusciter cette part déjà morte chez de nombreux autres jeunes. Et c’est de cela aussi qu’il s’agit désormais. Ressusciter ce qui est déjà mort… Ressusciter l’espoir dans la vie !

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