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La nouvelle constitution tunisienne garantit « le droit à l’eau » (art 44). Cette précieuse « ressource naturelle » est, désormais, un bien commun ; et son assainissement un droit fondamental (art 12 et 13). Mais la réalité est en-deçà de cette équité énoncée par la loi. En effet, les ressources hydriques ne profitent pas, de la même manière, à toutes les régions, particulièrement en milieu rural.

Selon une note, élaborée en Novembre 2013 par le bureau de la planification et des équilibres hydrauliques (BPEH), « les ressources en eau sont sujettes à une forte variabilité temporelle, à la fois saisonnière et interannuelle, elles sont aussi inégalement réparties géographiquement, surtout sans correspondance avec la localisation de la demande ».

C’est le cas de Sejnane, dont les ressources substantielles en eau ne profitent pas à ses habitants. Pour en savoir plus sur ce paradoxe, et après notre enquête à El Mnasria, Nawaat est allée à la rencontre du responsable du Commissariat Régional De Développement Agricole de Bizerte (CRDA).

Un problème d’assainissement

Khlifa-HammamiEn dépit de sa richesse pluviométrique (600 mm/an) et son potentiel hydraulique, la délégation de Sejnane pâtit d’une pénurie en eau potable, causée, entre autres, par la rareté des ressources en eau souterraine locales. Mais pas seulement. Incapable de supporter seul les investissements lourds de l’infrastructure d’assainissement, le CRDA n’a pas intégré Sejnane dans le réseau d’assainissement public des eaux, sans la collaboration de la SONEDE qui refuse d’intervenir dans des conditions topographiques « extrêmes ».

Le problème d’adduction, dans la délégation de Sejnane, se pose pour deux raisons principales : la forme topographique, plutôt montagneuse et forestière, et la dispersion des habitations dans l’espace, affirme Khlifa Hammami, commissaire du CRDA de Bizerte.

Ces difficultés d’accès augmentent, considérablement, le coût des systèmes d’eau. Ainsi, pour concrétiser les objectifs de desserte fixés, durant le XIIème Plan, le seuil d’investissement a été estimé à 1000 DT/habitant, alors que ce seuil était de 800 DT/habitant à la fin du Xème Plan (2006).

Les coûts de revient des projets d’assainissement sont trop élevés. C’est pour cette raison que le pourcentage d’approvisionnement de Sejnane en eau potable n’est que de 76%, contre 88 %, dans tout le gouvernorat de Bizerte, justifie Khlifa Hammami.

L’impuissance des Groupements d’Intérêt Collectif (GIC)

A Sejnane, précisément dans la localité d’El Mnasria, la politique actuelle de gestion de la demande en eau repose, principalement, sur une association d’usagers dénommée Groupement d’Intérêt Collectif (GIC). Cette association a pour tâche principale de définir et d’appliquer, équitablement, la politique d’approvisionnement et de distribution de l’eau potable. Leur intervention rentre dans le cadre d’une convention tripartite entre le CRDA, les GIC et les citoyens.

Or, les membres du conseil administratif de ces groupements ont, généralement, un faible niveau d’instruction. Ainsi, peinent-ils à maitriser la demande et à gérer une situation anarchique, surtout en l’absence d’entretien et de contrôle de la part du CRDA.
Ce que confirme le commissaire qui affirme que « les GIC n’arrivent pas à gérer le problème d’assainissement, étant confrontés aux problèmes de payement des taxes par la population ».

En fait, le problème est le suivant : Etant donné que les habitants n’ont pas de problème d’eau, lors de la saison pluvieuse, le problème d’adduction est négligé et les habitants refusent de payer leurs factures, jusqu’au mois de mai, début de la saison sèche. Avec le redémarrage du système, bloqué pendant 8 ou 9 mois, des pannes et des bouchages surgissent. Ainsi, faute de compromis, les factures ne seront pas payées.

Pour El Mnasria, s’ils n’ont pas un membre qui les représente dans le GIC, c’est qu’ils ne font pas partie de cette stratégie publique d’assainissement. Mais je vous assure et je vous garantis que s’il y avait une possibilité de raccordement d’eau, dans cette localité, la SONEDE n’hésiterait pas à le faire. Les empêchements ne sont que purement techniques, ajoute Khlifa Hammami.

C’est, précisément, pour cette raison que les citoyens contestent la mauvaise gestion des GIC qui, selon eux, ont démontré leur échec.
« Hélas oui, le GIC n’a pas pu remplir correctement sa mission à Sejnane, pourtant cette démarche a prouvé son efficacité et on a eu une maitrise totale de ce processus, au niveau des délégations n’ayant pas de ressources hydriques, de même que dans quelques localités du nord et du nord-ouest de la Tunisie. Mais, pour Sejnane, on a effectué des diagnostics sur terrain, et on a opté pour une solution intégrale et durable », affirme Khlifa Hammami.

Selon M. Khlifa HammamiLe CRDA est, actuellement, sur le point de mettre en œuvre un programme d’intervention basé sur une expertise approfondie du terrain. « Il nous faut des réseaux et des stations de pompage pour les raccorder à des emplacements compliqués ».

Le coût du projet d’approvisionnement de Sejnane en eau potable est estimé à 35 Millions de Dinars. Il concerne la construction d’une station de traitement, pour faire passer, ensuite, des canaux de 75 km, à partir du barrage Ziatine, vers les agglomérations rurales, après traitement adéquat. L’appel d’offre relatif à cette station a été déjà lancé pour un coût d’environ 7 millions d’euros.
Il est prévu que l’exécution des travaux techniques de ce projet dure 18 mois environ.

Vu son ampleur et son coût, c’est normal que ce projet se prolonge sur plus d’une année. Ce qui est rassurant, c’est que le projet est là, et on a trouvé des fonds de roulement sous forme de dons de la part de la Banque Africaine pour le Développement (BAD), qui se montent à 14 000 millions de dinars pour le démarrage, nous confie le commissaire.

Avec ce projet, le pourcentage d’approvisionnement de Sejnane atteindrait les 90%. « On a déjà commencé par l’installation de la station d’épuration et la préparation des dossiers géotechniques, mais le coup de pioche aura lieu, au début de l’an 2015 ».

Quelles alternatives pour parer à la détresse sociale ?

Dans cette zone humide et pluvieuse, il suffit de fournir un effort pour trouver des solutions au problème. Nous savons qu’au centre et au sud du pays, on compte sur la collecte des eaux par la construction des citernes d’eau pluviale, avec les châteaux d’eau et la foskia et cetera. Par contre dans le nord, cette méthode n’est pas applicable, simplement parce qu’on ne craint pas la soif. Pour cela, je pense qu’il nous faut autant de campagnes de sensibilisation pour préserver cette ressource qui est en voie de raréfaction, mais aussi pour ne pas souffrir de soif, pendant la saison sèche, espère Khlifa Hammami.

Ainsi, dans le nord de la Tunisie, une citerne peut se remplir, jusqu’à 10 fois par an, étant donné que les précipitations sont continues jusqu’au mois d’avril/mai. Le citoyen possédant une citerne, peut, alors, garantir ses besoins en eau, même lors de la saison estivale. En revanche, pour le pâturage, ce sont les 21 lacs, entourant Sejnane, qui peuvent être exploités. Néanmoins, certains habitants pauvres ne peuvent pas se procurer des citernes.

Oui, on ne peut pas nier qu’il y a des difficultés sociales, mais l’eau demeure un besoin humain et un droit. Et là, on est en train de travailler dessus. Mais dans l’immédiat, le citoyen doit avoir accès à l’eau. D’ailleurs, on a fourni des citernes pour les écoles, ajoute Hammami.

Nous avons, alors, évoqué, avec le commissaire régional, la question des citernes en plastique offertes à l’école d’El Mnasria qui ne correspondait pas aux normes sanitaires requises.

« L’intervention de la société civile est plus que jamais souhaitable. L’idée de remplissage de ces citernes a servi de dépannage. Mais, actuellement, nous sommes en train de les changer par d’autres qui sont de qualité », rétorque Hammami.

Ainsi, le gouvernorat de Bizerte s’est chargé de se procurer des citernes de qualité et les a mis à la disposition des délégués pour qu’ils les distribuent aux écoles. Le CRDA s’est chargé, de son côté, de fournir 24 citernes dont le coût est estimé à 94 000 DT.

Selon Le commissaire de Bizerte, la délégation de Sejnane suscite beaucoup d’intérêt, étant donné son potentiel éco-touristique et agricole. « La nouvelle tendance adoptée, actuellement, est basée sur une approche participative. Nous avons compris que l’intégration du citoyen et de ses besoins dans nos projets nous garantit un avancement certain », assure M. Hammami.

Nous avons appris aussi, lors de notre rencontre avec M. Khlifa Hammami, que le ministère de l’Agriculture est à la recherche de modèles de développement à la mesure des besoins de la Tunisie et privilégie, dans ce sens, des projets PPP (Partenariat Public-Privé), en l’occurrence, « la concession d’exploitation des ouvrages d’assainissement », tout en délimitant le rôle exact et de l’Etat et du secteur privé.

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