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L’approvisionnement en eau potable et la fourniture de services d’assainissement à la population rurale, en Tunisie, exigent l’introduction d’une gestion intégrée des ressources en eau et d’un système d’exploitation décentralisé. Les ressources en eau sont rares et leur exploitation est intensive. Les infrastructures et les équipements hydrauliques mis en place ont permis de mobiliser plus de 85 % des ressources.

Après Kairouan, au centre, Nawaat met le cap sur le nord ; précisément sur la délégation de Sejnane, dans le gouvernorat de Bizerte. Une région ayant une pluviométrie d’une intensité importante, ce qui explique le nombre et les caractéristiques hydrologiques des barrages qui l’entourent.

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Paradoxalement, plusieurs localités du gouvernorat de Bizerte, qui possèdent un potentiel hydraulique national considérable, souffrent de manque d’eau.

Pour plus de précisions sur l’état des lieux, on s’est déplacé sur le terrain, à l’école d’El Mnasria de cette délégation. Là, on a enquêté avec l’équipe pédagogique et les parents des écoliers.

La détresse d’El Mnasria

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Les habitants de cette zone ont des conditions de vie médiocres et exténuantes. Sans compter le problème du chômage et le désœuvrement qu’il entraîne, ils ne demandent qu’un droit humain indispensable pour une vie digne et acceptable : l’eau potable.

Indépendamment des conditions sociales lamentables que vivent les habitants de la région, le problème primordiale dont nous souffrons, depuis des décennies, et qui ruine notre vie, c’est le problème de l’eau, nous confie Abd Ltif Saîdani le directeur de l’école.

Cela dure, depuis longtemps, cette région n’a ni service d’assainissement ni eau potable. Récemment, grâce à l’intervention de la société civile, deux citernes d’eau ont été offertes, à l’école, par l’association « Al ber wal ehsan ». 

Les autorités régionales se chargent de remplir les citernes, en moyenne une fois par semaine. Cela n’empêche que la quantité d’eau versée est insuffisante. Conséquence, les enfants sont atteints de maladies intestinales et rénales. Ces maladies sont imputés à l’insalubrité de l’eau et à des problèmes d’assainissement et à l’absence totale d’hygiène.

Le président de l’association Léo club la Galite de Bizerte Zied Jerbi, affirme, lui : « Dans le cadre de nos activités sociales, nous avons parrainé l’école d’El Mnasria pour la réaménager. Lors des travaux, on s’est trouvé confronté à un grand problème, celui de l’eau potable dans cette école. Par la suite, on s’est rendu compte que c’est le problème de toute cette région. On a essayé, alors, de traiter la question en contactant un ingénieur spécialiste, afin de trouver une solution fiable. D’après le rapport de l’ingénieur, il s’est avéré qu’il n’y avait pas de nappe profonde qu’on peut exploiter pour un sondage. » L’association a, donc, contacté le Commissariat Régional du Développement Agricole CRDA qui a confirmé le rapport de l’ingénieur.

Les solutions proposées par le commissariat étaient soit le recourt aux groupements d’intérêt collectif (GIC) de la zone, soit un château d’eau qui collecte les eaux pluviales ; un projet qui est au stade d’étude par le CRDA, et qui servira d’alternative à l’ancienne politique publique des GIC.

Après la révolution, je pense qu’on doit dépasser la phase de l’injustice et de la corruption financière et administrative. Il est temps d’affronter la gestion arbitraire des ressources naturelles, qui doivent être réparties également entre les citoyens tunisiens. Là, on ne demande qu’un droit légitime et vital pour une région riche de potentiels agricoles, qu’on ne peut même pas exploiter et valoriser. Sejnane est une délégation qui alimente les régions non pluvieuses de la Tunisie, mais qui est privée de sa propre richesse, se désole le directeur de l’école.

Les difficultés d’accès à l’eau potable et à un assainissement convenable constituent une menace considérable pour près de 1950 habitants, dans la localité d’El Mnasria. Actuellement, la population locale utilise des eaux de surface non traitées provenant d’un puits non contrôlé, gorgé de déchets et d’ordures, comme source principale de boisson.

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Nous n’avons pas de rivière à proximité du village. Les femmes devaient faire 2 à 3 kilomètres par jour, entre 03h et 4h du matin, pour chercher de l’eau, souvent impropre, en particulier pendant la saison sèche, affirme un habitant de la région.

Cette situation est, particulièrement, préjudiciable pour les femmes. Il n’est pas rare qu’elles passent des heures, par jour, à marcher, à attendre et à transporter l’eau. La collecte et le transport de l’eau prennent du temps et sont une lourde charge.

En revanche, une minorité des habitants du village ont les moyens et la possibilité de se déplacer, sur 7 à 8 km par jour, pour atteindre un robinet collectif, dans une localité voisine.

Les stratégies de l’Etat : Une approche participative inefficace

La Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE), entité relevant du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, est l’organisme principal responsable des systèmes d’approvisionnement en eau, seulement, dans les zones urbaines et dans les grands centres ruraux. La SONEDE ne se charge pas de l’adduction des petites agglomérations et des zones montagneuses au réseau d’eau potable parce que, techniquement, ce processus est difficile à exécuter et nécessite un investissement lourd.

La planification, la conception et la supervision des approvisionnements des périmètres, ainsi que des ouvrages d’irrigation dans ces zones, sont alors confiés aux services régionaux du ministère de l’agriculture. La gestion de la planification des investissements et de la mise en œuvre des projets est menée par les commissariats régionaux de développement agricole (CRDA).

Pour la gestion directe de l’approvisionnement en eau dans les petites agglomérations rurales, la politique publique de l’Etat s’est appuyée sur la création des GIC qui sont régis par un régime de gestion communautaire local par des groupes d’usagers.

Selon un rapport du SEMIDE, ces groupements émanent de la réforme institutionnelle de la politique hydraulique qui prétend améliorer les conditions de gestion de la ressource en eau et contourner les difficultés rencontrées. Ils ont leur propre système d’adduction d’eau potable ou obtiennent l’eau par des réseaux directement reliés au réseau de la SONEDE.

Cette initiative des pouvoirs publics semble ne pas donner les résultats attendus.

A priori, la relation entre les principaux acteurs concernés par l’usage de l’eau est tripartite entre le CRDA, le GIC et les habitants. Mais en réalité, plusieurs autres acteurs affectent, considérablement, la gestion de la ressource en eau.

Le principe de la répartition des eaux dans notre zone est basé sur une procuration dédiée à un groupement à intérêt collectif. Ici, on ne bénéficie pas d’eau, sous prétexte que la quantité d’eau qu’ils possèdent est insuffisante. Ce qui crée une tension accrue, entre les habitants des zones privées de l’eau et ceux qui en bénéficient, nous confie le directeur de l’école.

« Lorsqu’on manifeste notre angoisse vis-à-vis la situation indigne qu’on subit, à cause du manque d’eau, les institutions jettent la balle aux GIC et vice versa », ajoute-t-il.

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De point de vue technique, chaque localité est dotée d’un robinet public. Le payement de l’eau exploitée se fait, aléatoirement, car, chacun paye une somme symbolique. Or, la majorité des gens estiment que la quantité d’eau qu’ils exploitent, une ou deux fois par semaine, ne vaut rien par rapport aux quantités exploitées par les riverains du dit robinet. Ainsi, ils contestent et rechignent, lors du payement, ce qui engendre l’interruption de l’eau sur toute la zone, étant donné qu’ils ont un compteur commun.

Le cumul de problèmes administratifs et locaux a fini par semer l’anxiété parmi les habitants, ce qui explique leur comportement irresponsable et agressif qui se traduit, généralement, par la destruction des canaux d’eau et leur exploitation illégale.

Le directeur de l’école El Mnasria affirme : « A mon avis, la politique publique suivie par l’Etat, depuis des décennies, est insensée. En plus, les institutions de l’Etat ne se soucient même pas de ce projet qui est en cours d’exécution ».

En effet, les membres du conseil administratif adhèrent, bénévolement, à ces groupements d’intérêts. Ils ont des droits décisionnels sur la gouvernance de l’eau, dans ces petites agglomérations.

Le directeur nous explique : « Personne ne nous représente dans le conseil administratif de ce groupement, pour la simple raison que nous n’avons pas accès aux canaux d’eau qui passent autour de notre zone, vers d’autres régions du pays ».

Théoriquement, une fois le groupement constitué, la procédure de la gestion de la ressource d’eau devrait permettre l’intégration de la population. Mais l’approche participative adoptée, lors de la création des groupements, est rarement mise en œuvre.

Le manque de compétence de gestion administrative, en raison de l’analphabétisme, et les relations conflictuelles entre les différents acteurs impliqués dans la gouvernance de l’eau contribuent au dysfonctionnement du GIC. « Les GIC ont prouvé par excellence leur échec de gestion », nous confirme le commissaire de développement agricole de Bizerte.

A ce propos, nous avons essayé de contacter le CRDA de Bizerte, mais notre rendez-vous été ajourné pour une date ultérieure improbable !

Des solutions tributaires de la volonté politique

Les responsables qui viennent prospecter dans la région d’El Mnasria prétendent que les eaux disponibles sont des eaux superficielles et qu’on ne peut pas les retenir. Argument qui ne parait pas plausible pour les habitants, étant donné que les barrages qui entourent la localité sont, toujours, remplis d’eau, même lors de la période sèche de l’année.

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Je vois que la solution est là. Notre région compte 6 grands barrages qui contribuent, substantiellement, à l’approvisionnement du pays en eau durant, toute l’année. La solution, c’est un projet national avec une volonté politique ferme, avance Abd Ltif Saîdani.

Le directeur de l’école d’El Mnasria estime que l’intervention efficace des associations au niveau de l’école, et la coopération de la société civile, ont résolu, partiellement, le problème de l’eau. Ce qui prouve que le problème est, d’abord, une question de volonté politique.

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En réalité, la crise de l’eau que vit l’agglomération d’El Mnasria trouve son origine dans la pauvreté, l’inégalité et les rapports de force inéquitables. Non seulement les démunis, qui représentent une majorité écrasante, n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement, mais ils sont aussi les moins aptes à gérer cette situation.

La localité d’El Mnasria n’est qu’un exemple de ce qu’endure toute la région de Sejnane, voire toutes les agglomérations rurales du territoire tunisien souffrant du même déficit et de la même stratégie de distribution disproportionnée.

Le développement de l’assainissement est encore à ses débuts et a très peu progressé, au cours des dernières années. Le taux d’accès à des services d’assainissement adéquats se situe à un niveau extrêmement bas. Pour accélérer le développement de ce secteur, un projet basé sur l’élaboration d’une politique nationale d’assainissement assortie d’un plan d’action s’impose.

Le 4e Forum Mondial de l’Eau de Mexico affirmait déjà que « l’eau dont chacun a un impérieux besoin devrait être garantie pour tous et ne devrait pas constituer une charge financière disproportionnée pour les plus démunis ».

A suivre …

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