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Que l’on ne s’y trompe pas, la crise que traverse Nidaa Tounes, à huit semaines seulement des élections, est bien une crise existentielle. Le test de la constitution de ses premières listes électorales est venu battre en brèche deux aspects clés qui structurent le phénomène Nidaa : la logique filiale et l’argent politique.

Une première lecture des choix des têtes de listes révèle un mélange de pragmatisme et de cynisme politique. Hormis les récompenses des transfuges de la troïka Kotti et Ksila placés à l’Ariana et à Nabeul 2, et les barons de l’industrie et de la finance, grandes fortunes sélectionnées notamment à Sfax, Sousse et Nabeul, la stratégie affichée est celle consistant à marcher sur les platebandes d’Ennahdha dans ses propres fiefs. En somme un marketing de l’offre en fonction de la demande.

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Ainsi dans la circonscription France Nord où Ennahdha avait raflé deux sièges en 2011, Nidaa Tounes a annoncé samedi avoir aligné le conservateur au parcours atypique Khaled Chouket, un ex Ennahdha passé par le secrétariat général de l’UPL de Slim Riahi, avant de rejoindre Nidaa en 2013 et de qualifier Béji Caïd Essebsi d’homme « envoyé par la providence divine ».

A Kairouan, ville réputée pour son conservatisme religieux et où Ennahdha avait obtenu 4 sièges sur 9, la tête de liste Nidaa sera l’imam Abdallah Khelif, fils du célèbre imam de la Grande Mosquée Oqba Ibn Nafii le cheikh Abderrahmen Khelif. Au lendemain de la révolution, son aîné et plus radical de la fratrie, Mohamed Khelif, décrit comme d’obédience salafiste, avait tenté en vain de succéder à son père en briguant l’imamat de la Grande Mosquée.

A Gabès, fief sudiste natal de Rached Ghannouchi où Ennahdha avait obtenu pas moins de 4 sièges sur 7, Nidaa Tounes a fait son show samedi 23 août en mettant en scène une marche de quelques dizaines de sympathisants, la première du genre, jusqu’au locaux de l’IRIE pour y déposer la liste définitive de ses candidatures.

Au Kef, l’esprit de l’ancien régime sera perpétué par Abada Kéfi, l’avocat de feu Moncef Ben Ali et du général Sériati, tandis qu’à Bizerte, le doyen des droits de l’homme Ali Ben Salem (83 ans) sera la tête de liste Nidaa Tounes, un revirement à 180 degrés, après qu’il ait qualifié Béji Caïd Essebsi de « collaborateur de Ben Ali ».

De quoi Nidaa est-il le nom ?

Gonflé aux stéroïdes de l’argent politique en un temps record, Nidaa Tounes s’est montré cette semaine quelque peu ingrat avec l’un de ses plus généreux donateurs et co-fondateurs, Faouzi Elloumi. Pour avoir brisé le tabou du népotisme ayant présidé selon lui au choix de la tête de liste Tunis 1, « sa région », l’homme d’affaires devra passer en « conseil de discipline » tel un vulgaire cadre lambda, après avoir vu ses activités gelées dans toutes les structures du parti, à en croire un communiqué officiel signé BCE.

Pourtant le Groupe Elloumi est au cœur de la machine Nidaa à qui il fournit le siège central des Berges du Lac, une partie du service de sécurité, en sus des divers dons de Selma Elloumi Rekik et de son frère.

Désavoué, Faouzi Elloumi continue de soutenir Essebsi pour les présidentielles… L’investissement a-t-il atteint un point de non recul ? En politique, Si certains soulignent qu’il faut y réfléchir à deux fois avant de s’associer aux grandes fortunes, il en va de même pour les hommes d’affaires qui s’associent aux partis : n’ayant visiblement plus d’autres choix, Elloumi est aujourd’hui contraint d’adopter la très peu honorable posture du soutien de Béji Caïd Essebsi malgré l’humiliation subie.

L’arbitrage Essebsi c’est tout un style old school : à première vue, tout le monde est puni. Comme l’épisode de la « semi-annulation » du congrès du 15 juin, le patriarche a en réalité tranché en faveur de son fils, qui pour sauver les apparences se fend à son tour d’un communiqué de désistement de la liste Tunis 1 où il affirme avoir été élu « de façon démocratique et transparentes ».

Ces pratiques sont annonciatrices d’un style de gouvernance avec un air de déjà-vu. Le 21 août, l’obséquiosité et les courbettes atteignent une ampleur rarement vue depuis la révolution. Un « sit-in » de type « s’il te plait reste » a lieu au bureau tunisois du parti, organisé par des individus qui se présentent comme des partisans de Hafedh Caïd Essebsi. Illustre inconnu, ce dernier ne s’est jamais exprimé publiquement, mais disposerait d’une petite armée de figurants intéressés. Le plébiscite est là, l’honneur est sauf !

Le parti y laissera sans doute des plumes mais, imperturbable, Béji Caïd Essebsi veut son Grand Chelem. Détenteur de tous les portefeuilles régaliens sous l’ancien régime, président de l’Assemblée nationale de Ben Ali, puis Premier ministre, il fait du Palais de Carthage un objectif personnel.

Rééquilibrer le paysage politique, mais à quel prix ? Décimé par les caprices filiaux et la collusion avec le grand patronat, son parti apparait aujourd’hui plus que jamais aux antipodes de la révolution de la dignité et du pain.

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