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Samedi 17 mai 2014, Azyz Amami et Imed Dghij sont en prison, Ali Seriati est libre. Quels que soient les motifs d’incarcération et de libération des uns et des autres, cette séquence historique ne peut qu’interpeler. L’anarchisme révolutionnaire dans ses deux versants gaucher et droitier est à nouveau réprimé, de façon pernicieuse, avec pour dénominateur commun un règlement de compte qui ne dit pas son nom, une police qui a la rancune tenace. Au même moment, en plein essor, Nidaa Tounes décide de la tenue de son congrès constitutif le 15 juin prochain…

Mercredi 14 mai, la conférence de presse de Mehdi Jomâa commence sur une mauvaise note : le choix quelque peu élitiste de ne convier que les chefs de rédaction de grands médias est une première source de malaise.

Création d’un pôle antiterroriste, macroéconomie, polémique sur la cession des titres fonciers et des marchés pétroliers… les sujets abordés sont loin des préoccupations quotidiennes notamment de ceux qui regardent avec nonchalance la prestation télévisée dans les cafés de Tunis.

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Interrogé à propos de l’hécatombe causée par la loi 52 qui faisait deux nouvelles victimes « high profile » le 13 mai, le Premier ministre parait nonchalant à son tour. La loi incriminée sera bien réexaminée par son gouvernement « afin de l’adapter à une nouvelle réalité », mais c’est à du long terme qu’il faudra s’attendre, le débat de société préalable étant encore balbutiant, malgré la généralisation de la consommation de cannabis depuis la révolution.

A la décharge de Jomâa, le fait qu’une fois de plus, son gouvernement de techniciens technocrates est appelé à prendre des décisions à caractère éminemment politique. Cette fois la marge de manœuvre sera plus réduite que pour la révision des nominations administratives. Un casse-tête esquivé par son conseil des ministres en décidant cette semaine de nommer en vrac plus de 120 nouveaux délégués et secrétaires généraux, soit la moitié du corps des responsables régionaux.

En l’occurrence, le discours légaliste de la primauté de la loi ne résiste pas à l’épreuve de l’explosion de l’usage de cannabis dans toutes sortes de milieux sociaux.

« Une loi injuste est une loi qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale » disait Luther King. C’est ce que signifie en substance le slogan « Nous ne sommes pas des criminels », brandis à Bab Bnet par les soutiens d’Azyz Amami et de Sabri Ben Mlouka qui réclament un moratoire et en appellent aux magistrats pour recourir à la suprématie de la nouvelle Constitutions en matière de libertés individuelles.

Samedi, le ministère de l’Intérieur botte en touche quant à lui via un communiqué laconique arguant que ses agents n’ont fait qu’appliquer la procédure en vigueur et que l’affaire est désormais entre les mains de la justice.

Négligée depuis le changement de quelques directeurs à la sûreté, la réforme du secteur sensible des forces de police est au point mort. La nature ayant horreur du vide, c’est précisément cette léthargie des institutions issues de la révolution qui permet la résurgence de pratiques policières autoritaires ainsi que la criminalisation rétroactive des actes de vandalisme liés aux évènements de la révolution.

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D’ici son procès fixé au 23 mai, il y a tout lieu de penser que cette fois la contestation ne connaîtra aucune trêve. En s’en prenant à Amami, figure symbole de l’activisme, le « complexe politico-judiciaire » dénoncé par le blogueur lui-même teste la rue et prend un risque. Un défi remarquablement relevé dès samedi par des manifestants qui ont réussi à délivrer l’un des leurs de l’emprise d’une arrestation sommaire.

Pendant ce temps-là, comme hors du temps et de l’espace, Amel Karboul sévissait cette semaine dans une salle de bain. Ainsi « le karboulisme », ce degré zéro de la politique, ajoute quelque chose de kitsch et de dérisoire à un climat politique déjà mièvre et absurde.

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