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Samedi 12 avril, jour noir dans l’histoire récente de la Tunisie post-révolution. Le verdict en appel tombe dans l’affaire des martyrs et blessés de la révolution. Le tribunal militaire allège considérablement les peines de prison ferme prononcées en première instance à l’encontre de Rafik Haj Kacem, d’Ali Seriati, ainsi que plusieurs généraux et directeurs de la sûreté impliqués dans diverses exactions. Des peines révisées sur-mesure de 10 à 3 ans afin de permettre leur libération dans la plupart des cas. A balayer ainsi d’un revers de main la supériorité de la justice révolutionnaire, la justice militaire tunisienne avait ce soir-là quelque chose d’égyptien, sponsor de facto de la contre-révolution.

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Stupeur puis tollé à l’énoncé du verdict. Les larmes de rage coulent à flot : des mères, des sœurs et des frères de martyrs sont inconsolables.

Les ex caciques du ministère de l’Intérieur Adel Tiouiri, Jalel Boudrigua, et Lotfi Zouaoui sont les premiers à sortir de la prison de Mournaguia, ayant déjà purgé 3 années de prison. Les verdicts prononcés à l’égard des agents de police impliqués dans le sniping vont de l’acquittement au sursis.

Le dernier ministre de l’Intérieur de Ben Ali, Ahmed Friâa, a quant à lui été acquitté. Qui sait, peut-être aura-t-il droit à un dédommagement… Les verdicts en première instance concernant Ben Ali lui-même ont été confirmés. « Encore heureux ! », ironisent les familles, puisqu’au train où vont les choses, tout devenait possible.

Passé le choc, l’incompréhension prévaut toujours jusque dans les rangs des juristes pour qui le jugement en question correspond à une sorte d’hésitation entre l’incrimination des exécutants et leur dédouanement face aux ordres de l’ex présidence, avec au final une sentence absurde.

Trois années après les faits, il semble que la ferveur révolutionnaire étant retombée, l’aile judiciaire de l’armée profite de la garde baissée d’une société civile essoufflée pour reconnaître les siens et se solidariser entre corps de métiers armés.

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Réactions politiques antagonistes

Au chapitre des réactions politiques et individuelles, c’est l’indignation qui prime à l’exception notable de quelques dirigeants de Nidaa Tounes, à l’image de Mahdi Ben Abdeljawad, membre du bureau exécutif, qui ne comprend pas que l’on puisse s’indigner de « l’application l’autorité de la loi ». Un sophisme qui feint d’ignorer la suprématie de la logique révolutionnaire face à la loi, surtout lorsque celle-ci est clairement injuste.

Ettakatol et le CPR ont été prompts à condamner, tandis que le Parti des Travailleurs fait porter la responsabilité « d’arrangements conclus avec les symboles de l’ex régime » à l’ex gouvernement de la troïka.

La présidence provisoire de la République, visiblement dans l’embarras, s’est pour l’instant contentée d’une réaction à chaud via son porte-parole qui prend acte d’un « verdict inattendu et à contre-courant de l’opinion publique » tout en insistant sur le fait que le président « respecte la justice ».

L’observatoire tunisien de l’indépendance de la magistrature a considéré pour sa part dimanche que le verdict de la cour d’appel militaire « porte atteinte à la magistrature et à la justice » en ce qu’il renvoie « l’image d’une certaine impunité dont bénéficient les hauts responsable de l’ancien régime ».

En sus des sit-in improvisés face au Palais de justice, des activistes ont organisé une manifestation devant le Palais présidentiel dimanche.

Au final ils ne sont que quelques dizaines à prêcher un converti sans grande marge de manœuvre. Quand bien même le défenseur des droits humains Moncef Marzouki est aussi le chef suprême des forces armées, en l’absence de justice transitionnelle la justice militaire légaliste a les mains déliées pour permettre des scènes de liesse. D’indécentes scènes de libérations qui confortent un peu plus la victoire en marche des contre-révolutionnaires, dans l’indifférence quasi générale.

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