chokri-Gadhgadhi

Encore une fois et trois ans après l’évasion de Ben Ali, le collimateur du terrorisme ne semble pas faire chou blanc. L’intégrisme a toujours son mot à dire dans la scène politique tunisienne. Bien que la concertation des principaux acteurs politiques est en train de cueillir des lauriers, en témoigne, selon certains, la cérémonie euphorique de signature du texte de la constitution, la violence plane sur Tunis. Cette fois-ci, à Raoued, un nouvel affrontement révèle que le chemin de la prospérité et de la démocratie ne manque ni d’obstacles ni d’équivoque, notamment dans l’absence de la vérité et La prolifération des rumeurs confuses autour des commanditaires des assassinats de Brahmi et Belaid. Qu’on le veuille ou non, il parait que le décès de Gadhgadhi, présumé responsable de l’assassinat de Belaid et des combattants de l’armée à Chaâmbi, met de la poudre aux yeux sur « l’armoire noire » de l’assassinat politique en Tunisie. Avec l’achèvement des sept terroristes de l’Ariana, la main « justicière » s’enlise d’avantage dans l’anonymat et la précarité.

Un contexte spécifique appelle objectivement une analyse différente.

A en croire la synthèse du rapport publié par l’International Crisis Group le 28 novembre 2013, « la Tunisie plonge à intervalles réguliers dans des crises politiques dont le lien avec la dégradation de la situation sécuritaire est chaque jour plus évident ». Ce syllogisme peut évidemment servir de cogito pour mettre les attentats terroristes dans leur contexte socio –politique avec qui ils entretiennent un lien étroit. Précédemment, à Chaambi, à Gbolat ou à El Wardia, les affrontements correspondent souvent à un trouble politique en cours ou à la montée d’une tension sociale et populaire : le terrorisme a couramment frappé fort au moment où la coalition gouvernementale et l’opposition se renvoyaient la balle dans le cadre d’une sécurité nationale en permanence politisée. Dialectiquement, le terrorisme profite de l’instabilité et la provoque en semant sa graine de violence et d’anarchie.

Aujourd’hui, suite au « consensus » conclu sur la personnalité de Ben Jomaa et la signature de la constitution, cette logique perd de pertinence autant que le timing de cette barricade correspond plutôt à un contexte beaucoup moins tendu. Sur le plan national, nous pouvons aisément constater que le « Quartette », les partis au pouvoir et la part belle de l’opposition influente ont su minimiser leurs différends. Internationalement, Catherine Ashton, Haute représentante de l’UE, a félicité « la Tunisie pour l’adoption de sa nouvelle constitution qui représente un progrès important dans la transaction démocratique du pays ». S’ajoute évidemment la symbolique de la présence étrangère lors de la cérémonie d’adoption de la constitution.

Cependant, L’« union nationale », ce baiser de Judas dont parlaient certains, peut, elle aussi, dissimuler sous sa belle phraséologie une réalité plus intrigante que l’on ne pense. Selon Mr Ayoub Massoudi, « Cette opération est le fruit de la formation d’un nouveau système politique s’articulant autour du partage du gâteau ». Autrement dit, « la tâche du terrorisme a touché à sa fin et c’est le temps de la mise en place d’une nouvelle manière de gouverner issue des rencontres clandestines de Paris, de Washington ou d’Ankara ». Au fond, l’apparente paix peut dissimiler les raisons de liquidation des terroristes qui seraient des boucs émissaires.

Déficience du discours du MI et questionnement de l’intervention armée

Le 22 Janvier, Walid Zarrouk, secrétaire général du Syndicat des centres pénitenciers, a déclaré que Gadhgadhi, accompagné de certains mercenaires, compte mener des attentats terroristes après avoir quitté Kasserine pour s’installer à Raoued et à Cité Etadhamone. L’IRVA le disait depuis le 10 décembre 2013 via un rapport présenté au juge d’instruction. Pourquoi a-t-on choisi de déclencher l’opération qu’en début février ? Cela peut se donner à deux différentes lectures. La première se présente comme un axiome correspondant à La volonté du ministère de l’intérieur d’ « offrir un cadeau » à la famille du martyr Belaid. Un geste « émouvant » qui manque dramatiquement de courtoisie. En effet, « une dépouille ne peut servir d’étrenne », disait La veuve de Belaid. Il s’agit d’une autre paire de manches qui dépasse les romances. Politiquement, La symbolique de cette date se donne à lire à l’envers.

Il s’agirait de mettre en valeur le professionnalisme du MI, notamment son premier responsable, et de justifier sa permanence dans le gouvernement de Ben Jomaâ qui compte archiver un dossier lourd en gommant tout lien entre l’exécuteur et son complice commanditaire. Dans une interview accordée à Libération, Mme Khalfaoui pense qu’« il n’y a pas de volonté de connaître la vérité. Au contraire, il y a une volonté de camoufler, de la part de groupes parallèles au sein du ministère de l’Intérieur, qui sont complices avec les commanditaires ».

Gadhgadhi est l’une des clés les plus cruciales permettant de dévoiler le commanditaire de l’assassinat de Belaid. Pourquoi n’a-t-on pas pensé à une embuscade pour saisir au moins un élément qui servirait de piste d’investigation, notamment parce que les services de renseignement savaient que Gadhgadhi pourrait être parmi les personnes cibles ? Quel est le montant confisqué suite à l’affrontement ? Lors de la conférence de presse du MI, le porte-parole a évoqué une grande somme… Cela renvoie à questionner la source qui finance le Djihad. Etrangement, aucun des coups armés n’a été blessant… Plus loin, pourquoi les forces de sécurité n’ont pas eu recours à des armes neutralisantes pour maitriser la situation, notamment parce que les forces de l’ordre ont choisi le timing de l’affrontement ? Des questions légitimes adressées à un ministère « hautement qualifié » ayant une technologie de procéder à des analyses des empreintes digitales et d’ADN en moins de 24 heures ! Le secrétaire général du syndicat des centres pénitenciers pense qu’il y a eu « une décision politique d’exterminer tous les éléments terroristes pour gommer tout lien avec les vrais commanditaires ».

Belaid et Brahmi et le crime d’état

D’après leurs déclarations, L’affaire de Raoued n’a pas l’air de plaire aux familles Belaid et Brahmi. Sur les ondes de Schems FM, Lotfi Belaid, confirme qu’il « détient des informations prouvant qu’il y a eu un ordre de liquider tout le monde ». D’après sa déclaration, les terroristes ont voulu se rendre mais leur requête a été rejetée. Walid Zarrouk concluait du discours du ministre de l’intérieur « qu’il n’y avait pas une volonté politique d’épargner Gadhgadhi ». Selon ce même syndicaliste, « les prochains jours verront éventuellement des Gadhgadhi ». Depuis le 21 novembre, celui-ci a déclaré sur Schems FM qu’« Anssar Charia ne peut pas être derrière les attentats terroristes ». Au bout du compte, il conclut que « le terrorisme d’aujourd’hui est un terrorisme d’Etat et Ansar Charia n’est qu’une illusion ». Parallèlement, Lors de sa dernière conférence de presse, L’IRVA rappelle qu’il s’agit d’un crime d’état qui ne sera classé que lorsque tous les complices soient jugés. « Le gouvernement de la troïka dans sa deuxième version est incapable de donner toute la vérité », dit Zied Lakhdar, le secrétaire général du parti des patriotes démocrates.

En effet, Faut-il vivre cinquante ans de controverse pour avoir une version réelle et convaincante de la liquidation de Belaid, de Brahmi et de Gadhgadhi qui serait éventuellement une copie tunisienne de Harvey Oswald…

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