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Jeudi 24 janvier 2013, Salah Hachani, un martyr de 1963, le père fondateur de l’institution militaire, a été assassiné une deuxième fois, quand, aux portes du cimetière des martyrs de Sijoumi à Tunis, des officiers militaires dans la Tunisie post-révolution ont empêché sa famille de l’enterrer dans le mémorial, en le privant des honneurs militaires.

Salah Hachani, ami de Farhat Hached fut stigmatisé en 1962 avec 25 de ses compagnons -militaires, résistants et civils- dont le résistant Lazhar Chraiti comme « complotistes contre le régime de Bourguiba » qu’ils considéraient comme un prolongement du colonialisme français et qu’ils accusaient de complicité dans le meurtre de Farhat Hached le 5 décembre 1952, et qu’ils accusaient de passivité politique face au massacre de Bizerte qui avait été commis par l’armée française entre le 19 et le 22 juillet 1961 et qui causa plusieurs milliers de morts Tunisiens. Au même moment Bourguiba (le « Combattant suprême ») était occupé à construire de nouveaux palais présidentiels. A cela s’ajoute l’assassinat de Salah Ben Youssef le 12 août 1961.

Le 31 décembre 1962, le parquet militaire défère les 26 accusés, dont le commandant Salah Hacheni, pour complot contre la sûreté de l’État. Le procès se tient le 12 janvier 1963 dans la caserne de Bouchoucha et dure jusqu’au 17 janvier. Salah Hachani est condamné à mort avec 12 de ses compagnons (sept militaires et cinq civils), ils seront exécutés le 24 janvier 1963 dans un lieu tenu secret et jetés dans une fosse commune, après avoir subi des interrogatoires durant lesquels ils ont été -d’après leurs affirmations – sujets à des tortures physiques et psychologiques. Mr Béji Caid Essebssi était alors le directeur de la Sûreté nationale au ministère de l’Intérieur.

Le jeudi 24 janvier 2013, l’hopital militaire avait remis la dépouille du commandant à la famille Hachani, avec trois de ses compagnons : Kbaier Mehrzi, Ahmed Rahmouni et Hédi Gafsi.

Quand le fils du commandant Salah Hacheni a ouvert le cercueil, il n’a trouvé qu’un « bout de saucisson » comme il le décrit, l’os d’une jambe présumée de son père, sans même un document qui authentifie la dépouille par un test ADN.

Le sentiment d’humiliation pèse sur les familles des martyrs de 1963, se rajoutant à la frustration et à l’incompréhension des motivations derrière le geste irrespectueux envers leurs proches. Pourquoi l’Etat tunisien refuse d’honorer ses martyrs et interdit leur inhumation au cimetière des martyrs de Sijoumi ?

Des activistes de la société civile présents sur place confient que la honte d’être Tunisien ce jour là s’est manifestée comme jamais, « on s’identifie à la Tunisie qu’incarnaient Salah Hachani et Lazhar Chraiti, et non pas à celle de la post-révolution présumée, ni celle de la post-indépendance prétendue » me répète révolté un militant.

L’impression dominante est que l’Etat tunisien assassin pendant l’ère de Bourguiba et Ben Ali est devenu, en plus de sa nature criminelle persistante, un état schizophrène qui dénigre même ses pères fondateurs.

Schizophrène essentiellement du fait de deux raisons. En premier lieu, les familles des martyrs considèrent qu’une humiliation pareille est incohérente avec la révolution tunisienne, puisque par définition une révolution est la rupture avec un passé sombre. Sauf que le jeudi 24 janvier 2013, ce qu’ont vécu les familles des martyrs de 1963 incarne la continuité du « régime ».

En second lieu, les proches des martyrs affirment que la Présidence de la République avait donné son accord pour la cérémonie qui aurait dû rendre hommage et honorer les résistants assassinés en les enterrant au cimetière des martyrs de Sijoumi avec la présence du chef de l’Etat Moncef Marzouki. Sauf que la veille de la cérémonie programmée les familles des martyrs nous affirment que la Présidence les a contacté pour leur faire part du refus du ministère de la Défense. Les familles des martyrs nous ont donné des documents à l’appui en affirmant que la Présidence de la République avait donnée son accord verbal à la cérémonie et à la présence du Président Moncef Marzouki.

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« Mais le Président Moncef Marzouki est théoriquement le chef suprême des forces armées tunisiennes, comment se fait-il qu’il permette le refus d’un ordre de la part du ministère de la Défense ? », se demande la petite fille du commandant Salah Hachani.

Qu’il s’agisse d’un dysfonctionnement hiérarchique ou d’une absence de volonté politique, une seule certitude : nous sommes face à la schizophrénie de l’Etat tunisien.

Nous avons essayé, en vain, de contacter Mr Abdel Krim Zbidi ministre de la Défense, pour avoir une explication concernant l’affaire.

Nous avons toutefois réussi à joindre l’attaché de presse de la Présidence qui nous a dit que les familles des martyrs n’ont pas fait une demande écrite demandant la présence du Président et que l’accession au statut de martyr du commandant Hachani et de ses compagnons devait être soumise à l’assemblée nationale constituante.

Finalement le commandant Salah Hachani, fondateur de l’armée tunisienne sera enterré le vendredi 25 janvier 2013 au cimetière d’Eljallez sans honneurs militaires ni cérémonie relative.

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