Anis Chouaïbi. Crédit image : Malek Khadhraoui/www.nawaat.org

On a vu défiler il y a quelques jours à la télé Heykel Megannem 35 ans, porte drapeau de la Tunisie aux JO. Un athlète fier et heureux, un homme poussé par la volonté. Anis Chouaïbi, jeune prof de Sidi Bouzid a deux points communs avec le champion : le handball et la volonté. Pour ce qui est des moyens il faudra repasser. Anis est prof de sport et entraineur de handball, en plus d’être l’un des fondateurs de la webradio communautaire SBZone. Et quand il voit les JO et les politiques se gargariser en parlant des résultats attendus de la part d’une jeunesse qui doit se mettre au boulot il est écoeuré : « Je suis déçu. Personne n’investit vraiment en réalité, personne ne nous donne de moyens. Il y a une salle de sport ici mais pas de matériel. Et après on attend des médailles et des résultats de la part des sportifs. Moi je ne veux pas que les enfants d’aujourd’hui vivent dans les conditions dans lesquelles j’ai grandi. Ici il n’y avait même pas de salle de sport à l’époque. »

Et comme Anis part du principe qu’avec la volonté on peut tout faire il a acheté lui-même pour 600 dinars de matériel de sport pour que les enfants qu’il entraîne puissent toucher un ballon et jouer tous ensembles au lieu d’attendre chacun leur tour.

Reste que même si aujourd’hui une belle salle de sport trône dans la ville, elle n’est pas toujours ouverte, car seul le responsable a un jeu de clefs. Et que lorsqu’il est absent personne n’est là pour ouvrir les portes. Alors quelque part on se dit que si il a monté un projet de webradio c’est un peu en réaction à l’immobilisme. Avoir un projet à soi et ne dépendre de personne ça change la vie. ça redonne espoir aussi.

Anis marche à la volonté. A la volonté et la force qu’il tire de la jeunesse. En 2005, avec quatre amis, chômeurs comme lui à l’époque, il fonde SBZone, une webradio communautaire à Sidi Bouzid. « Il n’y avait rien comme divertissement pour les jeunes à part les cafés. On a crée la radio pour apporter quelque chose aux jeunes du coin. » Un hobby, une passion, un bébé qui diffuse jusqu’à 16h par jour pendant les vacances. « On était chômeur, on avait rien à faire d’autre et pas mal de gens se sont ajouté au projet, il y avait même des jeunes de 14-15 ans. » Pas un sous en poche, pas de matériel professionnel, aucune formation. Juste de la volonté. On y revient. « Ce n’est pas l’argent ou expérience qui compte pour moi, c’est la volonté qui permet de changer les choses, sans elle on ne peut rien faire. » C’est donc avec les moyens du bord que les cinq membres de SBZone radio s’équipent pour monter leur projet.

Aider la jeunesse et s’aider soi-même. Anis n’est pas un doux rêveur. Il a plutôt les pieds ancrés dans la réalité. Comme beaucoup de jeunes Tunisiens il a d’ailleurs fait le choix du pragmatisme dans ses études : « J’ai suivi un an de cours de littérature français à la fac, j’adorais ça et puis je me suis dit qu’il fallait passer le Capes, que ça prendrait du temps, que l’on été trop nombreux, alors j’ai changé de voie et je me suis dirigé vers des études de sport. » Ses amis qui ont continué en littérature sont toujours au chômage, Anis lui peut commencer à construire sa vie.

Fils unique il doit beaucoup à ses parents. Jamais gâté et avec un vrai goût du partage, Anis met son temps au service des autres depuis des années. Certains habitants de Sidi Bouzid disent dans son dos qu’il est un ancien RCDiste. Pas plus que les autres. On lui a conseillé de se rapprocher du parti pour trouver du boulot, ça n’a rien changé au fait qu’il est resté cinq ans au chômage avant de trouver une place de prof de sport et que son père a travaillé dur comme ouvrier agricole pour payer ses études.

Aujourd’hui sa priorité c’est l’info car il en est sûr : l’avenir est au journalisme citoyen. Il veut passer la relève, ne plus faire que superviser, mais il sait qu’il faudra du temps. Il est connu à Sidi Bouzid et pour travailler il se sert de son visage qui est sa carte de visite. Il s’en sert pour rapporter l’info et montrer la réalité. Car il veut que les choses changent et il ne croit pas que les politiciens s’attelleront à la tâche. « Il faut être patient, laisser ses intérêts personnels de côté. Le contraire de ce que font les partis politiques. Ce sont les gens qui doivent le faire, qui doivent changer. » Alors il se fond dans la masse et, tous les jours, il essaie de changer les choses, loin de l’idée d’une jeunesse assistée et qui perdrait sa journée assise au café en attendant des jours meilleurs.

Anis est fier de son rôle d’informateur et d’éducateur. Mais son action ne fait pas l’unanimité. Ce n’est pas assez pour certains. Ils oublient que SBZone radio est déjà un miracle. Faire autant sans rien en retour est un sacrifice que peu sont prêt à faire, préférant se complaire dans l’inaction.

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