Refus catégorique du projet de la constitution “officieuse” d’Ennahdha

Le mardi, 14 février, a eu lieu une conférence au siège du parti CPR sous le titre « Nos choix constitutionnels, avis critique du projet de constitution d’Ennahdha »

D’emblée, après une brève présentation, Mohamed Ellouz a affirmé que ce projet de constitution d’Ennahdha a été un brouillon qui a été délibérément mis en public pour tâter le pouls des partis et de l’opinion publique.

Le refus face à une telle proposition était sans équivoque. M.Ellouz a affirmé que bien que le parti islamiste ait nié le fait que cette constitution soit authentique, il a confirmé son appartenance à Ennahdha qui tenterait selon lui de ‘tester la réaction des partis politiques et de l’opinion publique’. Il a expliqué que les deux articles problématiques, à savoir l’article 10 et l’article 20, où l’un stipule que la « chariaa » serait la source principale de la constitution et l’autre élevant la sacralité de toutes les religions au-dessus de la liberté de penser et de la presse, visent à instaurer une dictature islamique.

Cette constitution « officieuse » publiée dans les réseaux sociaux sert à orchestrer un travail de radicalisation de l’opinion publique. En parallèle, en cautionnant un prêcheur qui appelle au meurtre et à l’excision « esthétique », le gouvernement Jebali, notamment ses représentants du parti islamiste, procède à un jeu très dangereux qui tend à imposer un principe contraire à l’islam puisqu’on veut imposer la chariaa sur un plan constitutionnel. Rappelons que le principe islamique « Nulle contrainte en religion » résume la notion de l’islam modéré et que la “contrainte”, basée sur la manipulation de l’opinion publique en la radicalisant, renvoie à la déformation islamiste d’une possible dictature appelant à imposer la chariaa.

Par ailleurs, M.Ellouz a évoqué également qu’on ne peut parler d’une seule ‘chariaa’ mais de plusieurs et que ceux qui appellent à son application n’ont jamais respecté les droits universels de l’Homme.

Quant au SG Aberraouf Ayadi, il a rappelé que le CPR maintient son principe de l’identité arabo-musulmane écrite noir sur blanc dans le programme du parti néanmoins, il ignorait lui-même que l’article- 10 proposé dans la constitution officieuse d’Ennahdha- place la chariaa comme une source officielle de la Constitution de la République Tunisienne, chose que les présents ont tenté de la lui rappeler lors de la conférence.

Le CPR, critique et auto-critique :

Azad Badi, l’un des membres CPR à l’Assemblée Constituante (représentant de Tozeur) a mis en exergue le fait qu’il est inconcevable que le parti n’ait pas, jusqu’à maintenant, entamé une élaboration d’une version ou même y avoir pensé.
Il est à noter que l’intervention de M.Badi a démontré le manque de coordination entre le bureau politique du parti et ses membres à l’Assemblée Constituante livrés à eux-mêmes. Ces propos ont été confirmés par Mohamed Ali Nasri, représentant de la région de Kasserine, (qu’on a contacté par téléphone) qui a fait savoir que le parti est sans direction, puisque Moncef Marzouki et Mohamed Abbou sont très occupés par leurs nouvelles tâches au sein du gouvernement.

Un incident notable a eu lieu également lors de la conférence où une nouvelle recrue du CPR, d’obédience nahdhaouie, a critiqué le mode de scrutin “injuste envers Ennahdha” et que le parti islamiste aurait pu passer son projet de constitution sans l’accord du CPR ou tout autre parti.

Restructuration :

Le parti CPR est en train de subir une restructuration qui va certainement dépendre du choix de Mohamed Abbou qui est à la fois chargé de la Réforme administrative, membre du bureau politique du CPR et aussi représentant de la région de Nabeul au sein de l’Assemblée Constituante. Quant à la militante Néziha Berrajab, (surnommée Oum Zied) et dont le parti lui-même a été fondé dans sa propre demeure, ne fait plus partie du CPR à cause d’insultes subies via le réseau social facebook par des islamistes et de dissensions au sein du parti de plus en plus nahdhaoui.

Ainsi, le CPR, deuxième représentant du peuple à l’Assemblée constituante, vivrait une période très dure, notamment à cause du manque d’organisation et de disponibilité de sa direction outre les nouvelles recrues qui tentent de le dévier de ses valeurs initiales.

Cinq mois nous séparent du congrès du CPR, qui aura lieu au mois de juillet pour de nouvelles élections des membres du bureau politique ; entre temps le peuple, assoiffé de dignité et de plus en plus divisé par des questions d’ordre religieux, subit les lacunes des partis politiques ankylosés qui sont encore au stade de ‘mouvements’ selon Aberraouf Ayadi, à cause de décennies de dictature.

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