Par Walid Amdouni*

Flashback au 18 décembre 2010, nouvelle date référence dans l’histoire de la Tunisie, le jeune Mohamed Abou Azizi s’est immolé par le feu, criant haut les difficultés que la majorité des jeunes Tunisiens disaient tout bas.

Je cite un témoignage de Anis, un jeune de Sidi Bouzid la capitale de la Tunisie libre, paru dans le journal « Le Temps » daté 25 décembre 2010, à ce moment empreint de manipulations : « J’ai un diplôme en électricité depuis 2001 et pourtant je suis au chômage depuis des années. J’ai demandé un prêt BTS, la réponse fut que je n’y avais pas le droit, puisque mon frère en avait un. Ma sœur à une maîtrise en physique, obtenue en 2008 et elle est au chômage. Mon autre sœur travaille depuis 17 ans maintenant et n’est toujours pas titulaire du poste. Et ma troisième sœur a été licenciée après 11 ans passées au sein d’une entreprise ayant finalement déclaré faillite. Evidemment, elle n’a pas reçu d’indemnité »

Les problèmes existentiels des jeunes, relatées par Anis, et prouvées par Abou Azizi, constituent le point commun qui a rassemblé autour de la révolution du Jasmin. La population unie a finalement « dégagé » un président longtemps considéré inamovible.

Si l’on se réfère à ce point commun, le bon sens nous amène à affirmer que les jeunes cherchaient un coupable, qui est pour la majorité d’entre eux le président déchu. Sauf que l’euphorie qui s’en est suivie fait presque oublier que son système est toujours là.

Ce système a été nourri par des personnes qui minent encore les circuits économiques, qui se sont servies dans l’inégalité et dans l’absence des droits fondamentaux. Ces personnes : les « caméléons », sont toujours là dans nos administrations, nos banques et nos entreprises aussi bien publiques que privées; elles guettent et attendent le nouvel élu ou en quelque sorte le nouveau Ben Ali qui va consolider leurs positions. La famille proche de Ben Ali, les « sept familles » tel que désignées par le fameux « La régente de Carthage », ou encore les personnes publiquement exposées qu’on interroge et qu’on juge par-ci et par-là ne sont que la face cachée de l’iceberg d’un système corrompu de fonds en comble.

Beaucoup observent encore que l’hypocrisie est bien là aujourd’hui, les « vrais Tunisiens » savent que la révolution n’est pas finie : le « système » est toujours bien ancré. La révolte du Jasmin a eu lieu, mais la vraie révolution cherche encore preneur. 23 années ont détruit l’esprit critique de beaucoup de jeunes, fait fuir les intellectuels et les libéraux, favorisé la montée des fraudeurs, des opportunistes et tous les autres pêcheurs en eaux trouble. Ces personnes sont là encore, bien attentives au cours des évènements et se fondent dans la population. Les jeunes ont fait sauter les verrous les plus hermétiques et veulent entrer de plain pied dans la vie active, en participant au développement économique du pays. Les « caméléons » de l’administration et des banques leurs donneront-ils des facilités pour autant : crédits ou divers documents administratifs, sans devoir payer de pots de vins…? La situation est hélas bien plus confuse qu’avant. Les anciennes pratiques sont toujours répandues en toute impunité.

Une nation ne se bâtit vraisemblablement pas en si peu de temps. La révolution est surtout culturelle, intellectuelle, économique et sociale…L’éducation, le respect et le mérite sont les valeurs qui devraient fonder le « vrai Tunisien ». Malheureusement, le mot mérite n’est cité dans aucun programme de partis. Elaborés souvent en vases clos, sans concertation de la population, sans valeurs fondatrices, ces programmes dictent des actions qui sont vantées à corps et à cri par leurs militants, ce qui tend à rappeler notre passé récent. Le plus grave est que certains d’entre eux s’entourent de « caméléons » ou de « faucons » qui financent, ce qui jette un autre pavé dans la mare.

* Ancien cadre démissionnaire d’administrations Tunisiennes

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