Par Sofjan - Flickr : Tunis 2011 (Kasbah) - Ben Gardane: la démocratie n'est pas conçue par les pions de la dictature

Commençons par un peu de linguistique.

Les mots trahison et tromperie n’ont de sens que lorsque, à un moment donné, il y a eu des gens qui avaient confiance en des gens qui ne le méritaient pas. On ne peut pas vivre sans confiance. Mais confiance sans méfiance c’est de la naïveté. Les naïfs sont des parfaits candidats pour se faire avoir.

Toujours linguistiquement, un bon comploteur agit dans le secret. Il est difficile de trouver des preuves.

Toujours linguistiquement, un bon manipulateur adapte régulièrement son discours à votre état d’esprit pour vous mener là où il veut. Il est capable de se présenter comme votre ami, de dénigrer son propre camp et ses propres objectifs jusqu’à l’estocade finale.

Après cette parenthèse linguistique qui, j’espère, a activé votre méfiance, posons nous la question de savoir si nous sommes réellement sur la route vers la démocratie.

Prenons un exemple. Vous montez dans un taxi et vous lui demandez de vous transporter de Tunis centre ville à Rades. Le hasard et les circonstances vous ont imposé un chauffeur. Au début, vous devez avoir confiance sinon vous ne bougez pas du centre ville. Mais si vous ne dormez pas, vous avez le droit de regarder par la fenêtre et si vous apercevez le Stade El Menzah ou l’aéroport, alors il est sérieusement temps de dévisager votre chauffeur de taxi.

Le 14 janvier on a pris un Taxi. On lui a demandé de nous mener vers des élections et de balayer ce qui reste de la dictature et ses alliés.

45 jours après, que ceux qui ne dorment pas, regardent par la fenêtre.

Pour les élections, voyez-vous un début d’idée sur la façon de réformer le code électoral ? Voyez-vous un début de débat sur la façon d’organiser notre véritable première campagne électorale ? Voyez-vous un début de débat sur les règles d’éligibilité ? Voyez-vous des partis parler? Voyez-vous les opposants d’hier, surtout ceux qui ont été légitimé par la persécution du régime, dans vos médias ? Voyez-vous les militants de droits de l’homme qui ont une véritable légitimé s’exprimer? Voyez-vous des nouveaux journalistes ? Voyez-vous de nouveaux médias ? A part de la cacophonie, que voyez vous ?

Personnellement, suite à l’article de Mounir BEN AICHA sur nawaat , très hypothétique mais aussi très cohérent, http://nawaat.org/2011/02/25/la-strategie-politicienne-du-rcd-lors-des-prochaines-elections-presidentielles-et-legislatives-de-2011/, j’ai été étonné qu’un vieux parti comme le CPR ne soit pas encore légalisé. J’ai fureté sur internet et je suis tombé sur une interview de Monsieur Marzouki à Genève ( ???) (http://www.lemanbleu.ch/vod/geneve-a-chaud-24022011) le 24/2/2011 qui affirme qu’il est persona non grata dans nos médias.

Bizarre, bizarre ?

Et maintenant que j’y pense, je veux savoir qui a arrêté LARBI NASRA. De quel droit arrête t on un président de chaine et coupe t-on la diffusion ? N’étais ce pas une mise au pas ?

Quelles traces d’élections voyez-vous par votre fenêtre ? Qu’avons-nous fait de notre liberté d’expression ?

Sur l’autre volet, celui du nettoyage de ce qui reste de la dictature, que voyons-nous ? Qui a-t-on arrêté, accusé, ou vu ses biens saisis à part une fraction de la famille au premier degré de Ben Ali et sa femme ? Ou sont tous les autres ? Au pire en résidence surveillé, dans leurs maisons, dans leurs salons, libre de discuter, probablement du beau temps, comme bon leur semble avec qui ils veulent.

De temps en temps on nous jette un nom comme on lâche du lest pour maintenir une montgolfière en l’air. Mais objectivement, côté nettoyage, nos poubelles sont quasiment vides.

Quelles traces de nettoyage politique et de lutte contre la corruption voyez-vous par votre fenêtre ?

Cher lecteur, je ne sais pas ce que tu vois mais, en ce qui me concerne, je ne vois aucun indice me permettant de croire qu’on est sur la bonne route. Je ne reconnais rien dans le paysage de cette route qu’on est entrain d’emprunter qui me fasse penser qu’on va la où on devrait.

Il est temps de regarder plus sérieusement le conducteur. Qui voyons-nous ?

Je vois un gouvernement composé essentiellement de technocrates. Des gens apparemment rassurants, qui sont là pour rassurer et qui le font de moins en moins bien. Il est vrai que l’analyse de leurs CV ne montre rien de particulièrement inquiétant. Mais au fond, quel est leur pouvoir politique ? A part gérer les affaires courantes que peuvent – t- ils faire concernant notre petit problème ? On t ils le pouvoir de nous conduire sur le chemin qu’on a demandé ? Le Gouvernement est il complice ou simplement manipulé dans cette erreur de chemin? Des gens aussi intelligents ?

Où est le pouvoir de préparer les élections et de nettoyer les restes du BENAlisme ?

Eh bien moi je le vois dans des commissions sorties de nulle part, comme par magie, dès le 17 janvier avec une rapidité étonnante. Ces deux (ou trois) commissions se sont vues données le pouvoir des élections et du nettoyage avant même que le gouvernement actuel ne soit constitué. Des commissions à qui le vrai pouvoir a été donné alors que, de l’ancienne dictature, seul Ben Ali était parti et que tous les autres étaient en poste.

Ces deux (ou trois) commissions ont pris le pouvoir en matière d’élections, de constitution et de justice relative au nettoyage des restes du BENAlisme. Les juristes tunisiens, nos avocats, nos juges d’instructions, nos huissiers sont invités, comme nous, à regarder les évènements à la télé et à débattre de l’extérieur. Ces commissions ont, objectivement, le vrai monopole des institutions et de la purge du système.

Y a-t-il eu un coup d’état juridique dès le 17 janvier 2011 ?

Nos hommes de loi ont-ils été les premiers à entrer dans notre nouvelle dictature ?

Comble de la malice, se peut-il que le pouvoir réel ait nommé dans ces commissions des gens suffisamment rassurants mais pas suffisamment influents pour empiéter sur leurs plans ? Ces pauvres bougres qu’on nous montre, n’ont-ils qu’un rôle de rouge à lèvres, de mascara et de fond de teint ? Ne sont t’ils pas des neuneus en politique et manipulation qui se croient investis d’une mission à haute valeur patriotique?

Se peut – il que le pouvoir réel organise la contestation de ce gouvernement fantoche pour faire diversion et nous empêcher de voir par la fenêtre ?

Se peut il que le pouvoir réel donne ce gouvernement fantoche comme os à ronger à tous ces affamés de contestation, de protestation et de manifestation ? Alors que devant chez lui, il n’y a pas la trace du moindre contestataire.

Se peut t-il que le pouvoir réel ait ordonné à ses bataillons de propagande de nous jeter des leurres médiatiques pour que l’on ne pense pas à regarder par la fenêtre ?

Se peut il que tous ces braves citoyens, que leur bon sens a alerté sur le fait qu’on ne soit pas sur la bonne route, soient régulièrement envoyés sur des nouvelles fausses pistes ?

Se peut il que les débats sur la constituante et le régime parlementaire, inévitables à terme, ne soient agités, dès maintenant, alors que nous sommes majoritairement incapables d’en saisir la portée juridique et politique, uniquement pour jouer le rôle de mirage démocratique à un peuple assoiffé par la dictature ? Savez-vous seulement que De Gaulle, qui avait une vision claire sur ce qu’il voulait, une légitimité incontestable, le pouvoir de nommer les commissions et une opposition claire a mis 2 mois et demi rien que pour rédiger un avant-projet constitutionnel en 1958 sans même avoir a élire une constituante?

Se peut t – il que les forces anti-démocratiques, de fait ou par connivence, aient pu, tout en se combattant, se rallier à l’objectif de réduire le camp de la démocratie au silence ?

Beaucoup de questions. Beaucoup d’hypothèses. Mais n’est ce pas naturel lorsque l’on quitte la confiance et qu’on entre de plus en plus loin dans la méfiance ?

Je ne sais rien sur qui manipule qui, qui contrôle qui, qui conduit réellement, où il veut nous conduire et qu’elle est sa stratégie mais je sais que qu’on n’est pas sur le bon chemin et mon niveau de connerie ne m’empêche pas de constater que je suis entrain de me faire avoir.

Je sais peu de choses mais je commence toutefois à avoir quelques certitudes. Le pouvoir est à prendre et ils sont plusieurs à s’être engagés dans la bataille. Aucun de ceux qui y sont n’appelle à prendre la bonne route, celle où je pourrais y reconnaitre quelques éléments du paysage que je m’attends à voir.

Maintenant qu’il y a une date butoir pour les élections, je sais aussi est que le temps alloué au jeu démocratique se réduit de jour en jour. « La démocratie » à la va vite ne peut favoriser que les structures les plus organisées à moins qu’une autre composante non démocratique ne puisse, entre temps s’imposer par la force.

Plus je regarde ce gouvernement et plus j’y vois des technocrates, peut être compétents dans leur domaine, mais des novices et des neuneus en politique et en manipulation. Je n’arrive plus à me défaire de l’idée qu’ils sont eux même, du moins en majorité, ballotés par les événements et qu’ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive et nous arrive. Sont – ils réellement capables de faire des élections avant le 15 Juillet, s’ils y arrivent ?

Nous sommes tous des neuneus et des novices en politique et manipulations. Même ceux qui se considèrent comme faisant partie de l’élite intellectuelle ou technique le sont et militent de bonne foi contre l’intérêt du pays. Ceux qui en ont l’expertise et nous ont manipulés pendant 50 ans baisseraient les bras parce que Ben Ali a pris un avion ?

Plus je regarde par la fenêtre et plus j’ai l’impression que la dictature, on y est encore. Elle est fragilisée mais je la sens de plus en plus forte.

J’ai peur de me tromper en vous désignant les commissions du 17 janvier et les médias actuels comme l’avant-garde de son armée de reconquête. Mais je constate que ses rangs ont subis des pertes mineures et que même ceux que nous croyons avoir neutralisés n’ont qu’à ouvrir la porte de leur propre maison pour ressortir. Se peut – il que je sois entrain de délirer alors que, tout simplement et de bonne foi, le chauffeur de taxi s’est trompé de route ?

Chers compatriotes, arrêtons de nous perdre dans les scenarios de complots et de nous accuser les uns les autres. Rien qu’en scénarios de complots Tuniso-Tunisiens, Colombo n’arriverait pas à démêler les fils à temps.

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous, comme moi, avez du mal à comprendre ce qui se passe et saisir le jeu des acteurs et comploteurs en présence. Comme moi, cette nouvelle violence vous fait peur. Vous attendiez vous à voir cela sur la route vers la démocratie ?

Mais nous sommes suffisamment intelligents pour savoir si nous sommes sur la bonne route ou non. Manifestons, mais pas avec nos ennemis, jusqu’à ce qu’on reconnaisse le paysage de notre route. Ne les laissons pas orienter notre saine colère et notre insatisfaction vers leurs objectifs. Ne manifestons pas avec le premier venu, là où il nous dit, avec les slogans qu’il nous choisit.

Je veux voir des partis, des programmes politiques, des vrais opposants, des militants des droits de l’homme, de nouveaux journalistes. Je veux voir ceux qui ont milité contre Ben Ali avant le 14 janvier. Même si je ne vote pas pour eux leur présence me rassure. Je veux voir une campagne électorale. Je veux voir des politiques qui se massacrent les uns les autres avec des idées, à la loyale, sur notre avenir et notre futur. Je veux qu’on me dise qui va, peut, où ne peut pas se présenter. Je veux voir mes amis s’engager en politique. Je veux qu’on arrête de m’endormir avec mon courage, ma souffrance et ma clairvoyance de citoyen. Je ne veux plus entendre ces gens qui parlent en mon nom et au nom du peuple. Je veux qu’ils parlent en leur nom et au nom de leur parti. Les autres, experts, analystes et badauds, je veux les voir fermer leurs gueules, les voir écrire dans les journaux et sur internet et ne plus monopoliser le devant de la scène.

Tant que je ne verrais pas tout ça, alors je saurais qu’on est entrain de nous balader que l’on n’est pas sur la route de la démocratie.

Je veux voter et dégager le passé et sa clique une bonne fois pour toutes, le plus vite possible.

Un simple décret sur l’éligibilité, l’ouverture des campagnes, des urnes et des élections. C’est tout ce qu’il me faut.

Si le prochain président veut jouer au dictateur alors nous devrons ressortir dans la rue. Mais si nous comptons sur simplement un texte constitutionnel et autre paperasserie pour l’empêcher de jouer au dictateur, c’est uniquement par mort de rire que nous avons des chances de le dégager.

Et à titre personnel, commissions du 17 janvier, même si je me trompe, DEGAGEZ. Je veux plus vous voir. Je veux plus perdre mon temps à enquêter pour simplement savoir si vous êtes manipulés, incompétents ou de mauvaise foi. Votre nomination est louche, vos résultats ridicules, votre fonctionnement mystérieux et votre présence une véritable pollution.

Complément suite démission du premier ministre:

Lors de son allocation, le premier ministre a avoué être un neuneu en manipulations, pointé la presse et des forces mystérieuses.

Ceci conforte certaines de mes intérrogations.

J’ai oublié de mentionner dans mon article que, parmi les décisions du 17 janvier, il y a aussi la nomination d’un certain Mustapha Kamel Nabli à la BCT “rappelé” en urgence en Tunisie de son confortable poste à la Banque Mondiale.

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