Les avocats tunisiens étaient parmi les premiers responsables de la société civile à descendre dans la rue, lors des troubles qui touchent le pays depuis la mi-décembre. Il manifestent ici à Tunis. AFP/FETHI BELAID

Par Fehmi Thkil.

Alors que notre révolution est prise en exemple, que le souffle de liberté qui a jaillit dans notre pays est entrain de balayer les uns après les autres les dictateurs les plus impitoyables, la réponse de notre élite politique, juridique, économique, médiatique au courage de notre jeunesse a été un cafouillage qui est entrain de plonger la révolution dans le ridicule.

Le premier ministre avait déclaré lors de la création de la commission des réformes qu’elle avait pour rôle d’amender les lois en vue de permettre des élections démocratiques.

Cette commission a déclaré, 40 jours après sa nomination, qu’elle allait publier dans le JORT, devinez quoi, la méthode qu’elle utilisera dans son travail et nous sort 4 scénarios.

Elle annonce qu’il faudra 22 semaines au moins (soit 5 mois) après que les réformes du code électoral soit établies pour préparer des élections.

La principale mission du gouvernement provisoire est de préparer des élections. Alors que la constitution ne leur donne que 2 mois pour en faire, ils se sont avérés incapables de seulement y réfléchir dans ce délai.

C’est donc dans la désillusion la plus totale que j’essaye de me retourner vers les juristes indépendants.

En tant que citoyen, je recherche un juriste compétent capable de répondre à quelques questions.

1. Préparer des élections qu’est ce que ça veut dire ?

2. Avez-vous quelque chose à proposer concernant les nouvelles règles et contraintes à imposer concernant l’éligibilité d’un président et d’un député ?

3. On me dit que la constitution est truffée de pièges pour maintenir BEN ALI au pouvoir. Mais BEN ALI est parti. Quels sont les articles de la constitution actuelle qui représentent un danger de dictature ?

4. Sont t-ils suffisamment nombreux pour faire de la réforme constitutionnelle une priorité ?

5. En quoi une constituante élue (merci de préciser, éventuellement, le processus qui la créera) est elle plus efficace pour une réforme constitutionnelle qu’un président élu et un parlement élu sur des programmes incluant des choix constitutionnels ?

6. Puisque apparemment, nous n’aurons ni élections présidentielles (nous n’avons même pas des candidats respectant les conditions d’éligibilité). Il est clair que nous serons obligés de nous coltiner le président par intérim pendant encore un bout de temps. Serait-t-il possible de faire un texte référendaire qui lui fixe un cadre légal, un délai et des objectifs clairs ?

7. Serait – il possible d’y inclure les points les plus importants de la question 3 ?

8. Combien de temps, une fois ce texte prêt, faut-il pour préparer des urnes et appeler les électeurs ?

9. Que se passerait –il, constitutionnellement, si Mebazaa a un problème de santé et qu’il y a vacance du pouvoir transitoire ?

Je sais que mes questions ne sont pas neutres et orientent vers une solution. Je ne sais même pas si elle est faisable.

Cher juriste, je te supplie de ne pas faire de commission ou de comité. Je te demande juste un effort personnel pour proposer un truc cohérent. Ne nous balance pas, comme les autres à la télé et la radio, des bouts de phrases. Juste un truc cohérent. Dans un sens ou un autre, mais cohérent. Prend ton stylo ou ton clavier et tape un truc cohérent. Prends ton temps, réfléchis bien, juste un truc cohérent. Même anonyme, au cas où tu es prisonnier de la commission de la réforme politique. Juste un truc cohérent. Je ne te demande pas des scénarios et des pistes de réflexion. Ecris ta meilleure solution. Mais de grâce, un truc cohérent. N’essaye pas d’argumenter ou de convaincre. Juste un truc cohérent avec des dates et un planning.

Une fois qu’on aurait des trucs cohérents et publics, je me permets d’espérer que ta profession serait capable de s’organiser et d’en sélectionner une qu’elle pourrait recommander au peuple. Je suis sûr qu’il saura quoi en faire.

Chers juristes, je vous en supplie, sauvez la révolution Tunisienne du ridicule dans lequel la plonge le gouvernement et sa commission.

Ne comptez pas sur nos médias pour animer les débats. Même s’ils en avaient la volonté ils n’ont en pas la compétence.

Faites votre révolution.

En tant que profession, vous êtes plus légitimes que leur commission.

Ne nous laissez pas dépendants des résultats de cette commission. Elle a perdu la confiance de beaucoup de ceux qui ne l’avaient pas accueilli, dès le départ, avec de la méfiance.

Nous avons perdu 40 jours. N’en perdons pas encore.

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