Souha-Arafat

Par Ignacio Cembrero
El País 13 décembre 2010
Traduit de l’espagnol par Abdelatif Ben salem

« Je n’arrive pas à croire tout ce qu’elle m’a fait! j’ai tout perdu !», s’est écriée en octobre 2007 depuis La Valette Souha Arafat, 47 ans, veuve du leader historique Yasser Arafat au cours d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur US en Tunisie, Robert Godec.

Le diplomate américain accrédité à Tunis n’épargna aucun effort pour lever un coin de voile sur les véritables raisons qui ont conduit à la chute et à la disgrâce de l’ex première dame de Palestine. Mais ses investigations n’aboutirent à aucun résultat définitif, Ses soupçons se portèrent néanmoins sur la personne de Leila Ben Ali, 53 ans, épouse du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, 74 ans, qui s’est fâchée, raconte-t-on, contre Souha à cause d’une indiscrétion qui a aurait permis à la reine de Jordanie Rania d’être au courant des préparatifs de Leila pour célébrer les noces stratégiques d’une de ses nièces avec un conjoint de quarante ans son ainé.

Du jour au lendemain tous les biens de Souha en Tunisie ont été confisqués par le recours à des documents falsifiés, ses proches et ses collaborateurs ainsi que le directeur de la banque qui gère ses affaires furent soumis à des pressions, s’était plainée Souha à l’ambassadeur des Etats-Unis. « Quiconque m’apporte son soutien est puni, Leila est la cause de mes malheurs !»

Deux mois auparavant, on a appris par voie de décret paru le 2 août 2007 dans le Journal officiel de la République tunisienne, que Souha et sa fille Zahwa Arafat âgée de 12 ans, ont été déchus de leur nationalité tunisienne, acquise 11 mois plus tôt par voie de naturalisation. Souha, sa mère Raymonda Tawil, et sa fille furent expulsées de la Tunisie.

La fin d’une histoire d’amour

Voici comment s’est achevée l’histoire d’amour entre Souha et un pays qui lui a ouvert les bras vers la fin des années quatre-vingt dix, quand elle a commencé à travailler sous les ordres de Yasser Arafat, Tunis était alors le siège de l’Organisation de Libération de Palestine jusqu’à 1993, c’était là qu’elle s’est convertie à l’islam – étant originaire d’une famille chrétienne – pour convoler secrètement en justes noces avec le leader palestinien, son ainé de 34 ans.

Arafat mourut à Paris vers la fin de 2004, Souha retourne en Tunisie où elle a pu monter un business fructueux avec sa complice l’épouse du président Leila Ben Ali, que l’ambassade des Etats-Unis place au cœur des grandes affaires de corruption, tout particulièrement dans un dossier datant de juin 2008 intitulé « Ce qui est à toi est à moi », où la parentèle du chef de l’Etat y est dépeinte comme une « Famille » quasiment mafieuse.

Les deux dames avaient pris la décision d’ouvrir en septembre 2007, l’Ecole Internationale de Carthage, une Ecole privé lucrative destinée à la formation des futures élites tunisiennes, dans lequel Souha avait investi 2,5 millions d’euros. Quatre mois auparavant le ministre de l’Education a ordonné la fermeture de la Fondation Louis Pasteur, établissement privé « bien noté » de l’avis même de l’ambassadeur américain, fréquenté par les enfants des riches familles, sous prétexte de non-conformité à la législation en vigueur. Non seulement la mobilisation des parents d’élèves n’avait pas réussi à faire revenir la ministre sur sa décision, mais ces derniers ont été priés avec insistance d’inscrire leur enfants à la nouvelle Ecole.

L’Ecole Internationale de Carthage a reçu une subvention de 1.794.600 millions de dinars ( 941.500 € ) soit 25% de son budget. L’ambassadeur Godec n’a pu cacher sa surprise devant ce soudain accès de générosité très peu courant « au cours de ces derniers mois aucun établissement d’enseignement n’a été construit avec autant de célérité, ni aucune municipalité ne s’est démenée avec autant de prévenance pour réaliser en un temps record les travaux d’infrastructure : accès routiers, panneaux de signalisations, plaques des rues, feux de circulation etc.. ironisait-il.

Un mois avant l’inauguration de l’Ecole, désormais sans concurrent après la l’étouffement de la Fondation Louis Pasteur, Souha Arafat est chassée de Tunisie. Que s’est-il passé ? « Ce que nous faisons est contraire à la morale ! » aurait-elle déclarée à son associée, faisant allusion à la fermeture du l’Ecole Bouebdelli Louis Pasteur. A partir de là, les disputes entre les deux dames ne prendront fin qu’avec l’expulsion de la veuve d’Arafat, d’après la version présentée par cette dernière à l’ambassadeur américain.

« Leila Ben Ali met la main sur tous ce qui a la moindre valeur en Tunisie, poursuit Souha, le président est affaiblie par son combat contre le cancer », « il passe le plus clair de son temps à jouer avec son fils Mohamed (âgé de 5ans) et à le suivre partout dans les couloirs du palais », « il ne fait que ce que son épouse lui recommande de faire ». « Leila croit qu’elle succédera à son mari au poste du président de la Tunisie. » « Les innombrables membres de la famille de Ben Ali agissent comme bon leur semble dans l’impunité totale, y compris en recourant à la fabrication des faux documents !»

Dans ses mémos, l’ambassadeur américain Godec à tenu compte de plusieurs versions relatives à l’ouverture du l’Ecole présidentielle et à la fermeture définitive de l’école Louis Pasteur qui jouissait d’un certain prestige, mais au bout du compte, il finira par accréditer celle de Souha, car les accès à l’école Louis Pasteur demeurent sous scellées. « Même s’il s’avérait difficile de vérifier ses allégations, il existe, malgré tout une part de vérité à condition toutefois de prêter une oreille attentive aux rumeurs persistantes de corruption qui circulaient autour de cette nouvelle Ecole », insistait-il.

Deux ans plus tard, vers le milieu de 2009, un Tunisien digne de foi, plutôt bien renseigné sur les dessous de cette guerre des Ecoles, a fait part à l’ambassadeur Godec d’une nouvelle version des faits. D’après cet informateur il semble que la décision de Leila Ben Ali de lancer sa propre Ecole Internationale était bien antérieure à tout cela. Par conséquent la Fondation Louis Pasteur se trouvait, depuis 2003 déjà, dans l’œil du cyclone, lorsque son directeur en vint a refuser l’admission à l’un des neveux de Leila car il ne remplissait pas les conditions requises. En 2004 il a en outre suspendu un autre élève appartenant au clan familial du président pour mauvaise note. Le ministre de l’Education l’a alors sommé soit de réévaluer la note soit de se préparer pour la fermeture de son Ecole. Il refusa catégoriquement d’obtempérer.

L’expulsion de Souha

L’expulsion de Souha n’aurait donc aucun lien avec le lancement de l’Ecole de Carthage. Leila Ben Ali conspirait, à ce qu’il parait, pour marier sa nièce âgée de 18 ans au cheikh Mohamed Bin Rashid al-Maktum, 61 ans, Premier ministre des Emirats Arabes Unis et Emir de Dubai, quatrième fortune de la région. Al-Maktum était déjà bigame, et l’une de ses deux épouses n’est autre que la propre demi-sœur du roi Abdallah de Jordanie.

Ayant eu vent des intrigues de Leila, Souha aurait appelé la reine Rania de Jordanie. Mais les échos de l’appel téléphonique de la veuve palestinienne seraient parvenus jusqu’aux oreilles de l’épouse du président qui en avait déduit que Souha cherchait à faire capoter son projet de mariage en mettant en garde le roi Abdallah que sa demi-sœur allait devoir faire face à la concurrence de la nouvelle jeune épouse du cheikh al-Maktum. La réaction de Leila Ben Ali ne se fit guère attendre. Elle contraint Souha Arafat à quitter immédiatement le pays.

Courtesy El País

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