Preuve, s’il en faut encore, de l’état de dérèglement extrême dans lequel se trouvent l’État et le système politique tunisiens, une tendance pas tout à fait récente mais qui se confirme d’une échéance électorale à l’autre vient marquer les municipales du mois prochain. Il s’agit de la multiplication d’un nouveau genre “d’élus”, qui sont avant tout de riches hommes d’affaires issus du sérail présidentiel.

Ces “élus” ont généralement commencé à construire des fortunes personnelles par des stratégies d’alliance familiales, claniques ou clientélistes qui leur ouvrent grand les portes du “marché”. Ils partent ensuite à la quête de pouvoir politico-administratif, précieux sésame pour accélérer leur montée en puissance, évidemment en empruntant les couloirs bienveillants du parti au pouvoir.

On peut penser qu’avant même d’obtenir des mandats représentatifs et par conséquence un certain pouvoir officiel de décision et de contrôle, ils bénéficiaient d’une manière informelle de facilités de par leur statut de proche privilégié. A la différence près qu’ils sont aujourd’hui nombreux à afficher leurs prétentions et à assumer une visibilité institutionnelle en devenant députés ou maires. Ainsi, le “changement” se fait de plus en plus dans la transparence…

Au delà de la question de la légitimité de ces parachutés, un tel mélange des genres nuit gravement à la crédibilité de l’État. Il vide les institutions de leur contenu en les court-circuitant et en supprimant toute notion de représentativité dans le système électoral. Il devient de plus en plus évident que les hommes clés de la machine étatique sont élus par en haut, plutôt que par en bas. Pourquoi alors continuer à reprocher aux citoyens et surtout aux plus jeunes d’entre eux leur désintéressement de la vie politique et leur retrait de la scène publique? Ces jeunes perçoivent les institutions de l’État soit comme des boites noires qui encadrent, surveillent censurent et répriment, soit comme des poules aux œufs d’or qui bénéficient à une infime minorité de privilégiés.

Face à une telle réalité, on peut davantage parler de méfiance, de crainte ou de frustration que de désintéressement des citoyens de la vie politique de leur pays. Les tunisiens au contraire peuvent montrer un certain intérêt pour des élections étrangères, comme pour les présidentielles françaises par exemple. Tout simplement parce qu’elles sont plus crédibles et qu’elles permettent de maintir un lien entre la société et l’État, plutôt que de le détruire…

Carpe Diem

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