Presse tunisienne

 

Lors d’un court séjour en Tunisie, j’ai été invitée à une soirée à laquelle participaient bon nombre de journalistes de tout bord: les EMIs (1) et quelques “indépendants”. A un moment donné, une amie journaliste interpelle un autre collègue pour lui susurrer: “tu en as ?

Devienz quoi ? Une boite de comprimés anxiolitiques !

Interpellée, je lui exprime ma sympathie pour sa maladie. Elle me dit : “Je ne peux plus m’en passer, et je ne suis pas la seule non plus. Ils nous ont dégoûtés de notre métier. Que veut dire être journaliste en Tunisie aujourd’hui ? Tu es chef de rédaction non pas pour donner un caractère à ton journal, exiger une intégrité intellectuelle de tes chasseurs de nouvelles, mais plutôt pour corriger les fautes de langage ! Figure-toi que la nouvelle génération de IPSIstes ne sait plus ni l’arabe ni le français… tiens, voila un papier que ce “crétin là-bas” [sic] vient de me remettre, lis-le et amuse-toi bien, mais ne ris pas trop fort, ce serait suspect…

Inquiète pour mon amie je lui demande si sa vie est satisfaisante, sa réponse m’emplit de tristesse : “Très chère où puis-je espérer trouver un semblant d’épanouissement ? Entre les embouteillages, un mari devenu passif, un boulot où la seule motivation qui te reste c’est la garantie de ton salaire à la fin du mois…? Heureusement qu’il y a ce dérivatif“. Je lui demande si elle consulte un médecin, car ce genre de médicament est à prendre avec précaution. Elle me pince et me répond : “hé réveille-toi, tu crois que j’ai de l’argent à jeter par les fenêtres, payer une consultation 90 TD chez un pseudo spécialiste qui n’en a rien à cirer de ma santé pour obtenir une ordonnance non renouvelable, afin de retourner le voir à chaque fois et casquer à nouveau ? Les médecins n’ont qu’une préoccupation, celle de se remplir les poches. Non, grâce à B… on en obtient sans ordonnance. Il a sa combine, mais je ne veux rien savoir du moment qu’il m’en procure.

A la fin de la soirée, bien arrosée, une connaissance propose de me déposer à mon hôtel, mais je décline, au risque de le vexer, et appelle un taxi, car le cocktail Molotov de Whisky bon marché et le benzodiazepane ne me rassure pas sur son aptitude à prendre le volant et puis franchement je tiens à ma vie.

Alyssa
www.nawaat.org

(1) EMI : la voix de son maître, les amateurs de musique connaissent bien cette maison réputée pour l’excellente qualité de ses enregistrements.

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