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III – POUVOIR ET PRESSIONS ETRANGÈRES

-15- Chaque pouvoir évolue dans son environnement propre à chaque pays ou les facteurs internes, politiques sociaux et économiques de pression sont les plus déterminants dans la détermination de sa nature et la définition de sa stratégie face aux différents variables dont il est amené à confronter. Notre histoire nous enseigne que notre pays qui a connu toute sortes d’occupations et de dominations n’a jamais été à l’abri ni épargné des bouleversements et des changements qui se sont produit en dehors de ses frontières. [1] Par sa position charnière dans la carte du monde, depuis l’antiquité elle demeure aussi largement dépendante de facteurs exogènes, extérieurs dont elle n’a pas nécessairement de moyens d’action sur leur évolution et leurs implications. C’est un pouvoir sous le double effet des pressions endogènes et exogènes qui cherche à négocier une souveraineté qui semble de plus en plus se réduire à défendre le maintien du pouvoir aux mains de ceux qui l’ont confisqué depuis cinquante ans.

-16- Aujourd’hui le pouvoir semble se complaire à se présenter en défenseur de la souveraineté nationale face aux pressions étrangères. Ce regain d’intérêt à raviver une fibre patriotique réprimée ne procède pas d’une mobilisation contre des interférences étrangères bien déterminées mais à des fins de politique interne en proférant l’accusation de suppôt de l’étranger à l’encontre de certains opposants. En réalité le pouvoir n’a jamais autant dépendant de l’étranger auparavant, depuis la fondation de l’état national n’a pas cherché de changer la nature des rapports d’ex colonie qui font subsister les rapports de protectorat liés à la colonisation française du pays. 80% des échanges commerciaux continuent à passer par la France qui occupe la première position sur tous les tableaux de subvention, de crédits et d’investissements, avec des proportions qui dépassent le simple statut de partenaire privilégié. Une situation qui ne laisse aucun doute sur le poids de la dépendance politique que le pouvoir subit de cet effet. Le pouvoir peut certes crier au scandale et tout remuer pour dénoncer « l’intolérable interférence Suisse dans les affaires internes du pays » mais cela ne peut duper personne sur la dépendance de son sort d’un changement d’attitude de l’occident et de la France en particulier à son égard.

-17- Quand la question de l’indépendance nationale à été posée au milieux du vingtième siècle, annonçant la fin de l’ère coloniale le plus grand problème que les dirigeants de la lutte de libération ont du affronter été leur division sur la question de savoir si l’indépendance de la Tunisie pouvait être considérée comme acquise indépendamment de la continuation de l’occupation française de l’Algérie. Cette question a fini par diviser le mouvement national et plonger le pays dans une guerre civile non déclarée. Bourguiba qui a pris la direction du camp isolationniste aidé par l’administration coloniale et l’armée française pour venir à bout du front nationaliste qui liait l’indépendance de la Tunisie à l’indépendance de l’Algérie à certes aboutit à ses fins mais cette indépendance à-t-elle vraiment assurer l’invulnérabilité du pays face aux pressions et son indépendance de décision ?

-18- Malgré les conditions dans lesquelles l’indépendance de la Tunisie a été acquise, la constitution proclamée le 1er juin 1959 ne considère pas l’état mise en place comme l’aboutissement de la construction nationale dans la quelle le peuple tunisien se reconnaît. L’article 2 de la constitution précisait en effet que : « La république tunisienne constitue une partie du Grand Maghreb Arabe à l’unité duquel elle œuvre dans le cadre de l’intérêt commun. » Dans la logique de cette proclamation la Tunisie ne reconnais pas aussi dans les autres pays du Maghreb que des parties de cette nation commune qui doit nous être construit. Cette logique qui a bien fonctionné dans la gestion de la question de l’indépendance de la Mauritanie et du conflit frontalier algéro-marocain a fait gravement défaut quand la question de l’indépendance du territoire du Sahara occidental a été posée. Ce territoire qui n’avait aucun rapport de plus avec le Maroc que ceux qui l’unissent aux autres parties du Maghreb a été revendiqué par sa monarchie comme elle avait précédemment revendiquée la Mauritanie. L’ambivalence de la position tunisienne et les désastreux retournements de positions libyennes ont installé toute la région dans une grave situation d’instabilité en poussant les deux grands pays de la région, l’Algérie et le Maroc, dans une course d’influence que l’objectif d’un Maghreb uni a gravement pâti jusqu’à présent.

-19- Ce problème occulté au dépend des intérêts supérieur du pays constitue pourtant le principal défi autour duquel toute la stratégie du pouvoir et entrain de tourner. Aujourd’hui la question du pouvoir en terme de bonne gouvernance n’est pratiquement jamais abordé dans son aspect géographique de construction nationale non accomplie. Malgré les échecs partout confirmés des constructions nationale sur la base de la partition coloniale et la régénérescence des pratiques despotiques d’un héritage des rois corsaires et de roitelets turcs domaniaux dans les rapports des détenteurs du pouvoir avec la société l’idée de l’état nation que constitue le Maghreb pour ses habitants n’a pas encore réussi à se mettre en avant.

-20- Ce pouvoir répond en réalité à une situation géostratégique internationale bien déterminée. Tracée à la fin de la 2ème guerre mondiale qui correspond à un modèle commun aux pays du tiers monde récemment émancipés de la colonisation directe. Cette stratégie fondée sur l’inviolabilité des frontières héritées de la colonisation, un principe dont étés exceptés les pays sous domination de l’ancien Union soviétique jusqu’à son effondrement à abouti à la formation de domaines de pouvoirs investies d’une légitimité internationale que seul la brutalité de l’exercice du pouvoir les maintenaient unies malgré leurs diversités ou empêchait leur intégration dans leurs nations naturelles condamnés aux démembrement. Aujourd’hui cette stratégie géopolitique internationale semble avoir été abandonnée et ne répondait plus aux impératifs qui gouvernent le monde aujourd’hui. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, la chute du mur de Berlin annonçait ce tournant, l’unité allemande et l’éclatement du Balkan étés les premiers signes de ce nouveau déploiement.

-21- Il semble aujourd’hui que ce double effet constructeur et destructeur de nations de la nouvelle stratégie mondiale n’a pas été bien saisi par beaucoup d’élites dans notre région dans ses répercussions sur leurs propres pays. Ses manifestations contradictoires n’ont fait que brouiller d’avantage l’intelligibilité. L’observation des événements qui se déroulent en Irak, au Soudan et en Somalie n’annoncent il est vraie que le début d’une ère de grandes bouleversements et de désintégrations généralisées. Les premiers effets d’une demi siècle d’oppression semblent être partout marqués par l’explosion des revendications identitaires refoulés. Pour ceux qui ont annoncé « la fin de l’histoire » il semble que ces événements viennent leur signifier que pour beaucoup de peuple de notre humanité l’histoire n’a pas encore commencée.

-22- Pour revenir à la question du pouvoir en Tunisie face à ce retournement de géostratégique objet de cet essai, il semble jusqu’à présent l’appréhension manifesté par la nervosité face à la moindre manifestation de sa remise en question procède essentiellement d’un manque de visibilité et d’une incapacité de lecture des véritables retombés sur le pays en général et sur le pouvoir en particulier. Il semble que le pouvoir a épuisé son discours sur le respect des droits de l’homme et la consécration de l’Etat de doit et des institutions inauguré avec le changement de 1987 en l’absence de signe concrets et par le déphasage entre le discours et la réalité. Aujourd’hui le non droit est entrain de déborder sur le droit dans le traitement des questions relatives aux libertés publiques et privées, d’autre part le pouvoir semble ne plus distingué entre l’autorité de la loi et l’autorité par la loi (Rule of law /Rule by low) et oublier que l’Etat de Droit n’est pas l’Etat de n’importe quel droit. Par incompréhension ou par opportunisme pour gagner du temps le pouvoir ne fait concrètement que renforcer son autoritarisme.

-23- Sur un autre plan, si la politique n’est pas encore parvenue à dissocier le pouvoir de son instrumentalisation en moyen de domination dans la plupart des pays et moins encore dans les rapports internationaux, d’énormes acquis sont universellement reconnu quant au statut de l’être humain et la reconnaissance de droits fondamentaux inhérentes à sa personne indépendamment de son appartenance de race, de religion de sexe ou de pays. Les rapports de domination qui ont prévalu dans les sociétés humaines depuis le début de son histoire semblent révolus à jamais ou en voie de disparition. Après l’abolition de l’esclavage, d’autres formes de discrimination sont universellement combattues tel que le racisme et l’antisémitisme et les différentes formes de ségrégation dont certaines communautés ont fait longtemps objet et qui procède de doctrine procédant d’un ordonnancement des êtres humains selon leur race, pays ou religion pour asseoir le pouvoir et la domination des leurs.

-24- Au cours des dernières décennies d’autres formes aussi répugnantes de domination ont fait l’objet d’efforts internationaux sans précèdent pour leur abolition. L’émancipation de la femme de la domination de l’homme et avec elle le moitié de l’humanité été jusqu’à quelques dizaines d’années un discours creux sans contenu concret. Privée jusqu’en Europe il y a moins d’un demi siècle de la pleine citoyenneté par sa privation du travail, du droit de vote et de participation à l’exercice du pouvoir, elle été incapable de disposer de son corps par la dissolution du lien d’un mariage inapproprié ou l’avortement d’une conception non désirée. Aujourd’hui d’autres rapports de domination aussi important mais moins perceptibles encore sont en cours de démantèlement au profit d’une autre partie plus vulnérable encore de l’humanité. La protection de l’enfance et l’élaboration d’un statut mondial pour sa préservation de l’exploitation précoce de la traite et de la pédophilie et par la garantie d’une modération du pouvoir parental et l’assurance d’un niveau d’éducation, de formation et de soins égal pour tous procède d’une vision d’un monde meilleur ou le pouvoir gagnera davantage à être débarrassé de ses aspects d’horreur au profit des générations futures.

-25- Ces différents aspects de cette évolution de fond sont en train de changer le déséquilibre de pouvoir dans les rapports sociaux dans ses différentes manifestations de la famille jusqu’à l’Etat et d’agir profondément sur les mœurs et sur la conception même du pouvoir dans l’esprit commun. Cette tendance à instaurer une culture de rapports humains égalitaires face à laquelle les pratiques despotiques et tyrannique s’ils continues à exister dans les faits ils n’ont plus le pouvoir de se proclamer ni d’être avoués. Ce sont des absolutismes dissimulés et des despotismes maquillés qui cherchent à subsister tentant en vain de justifier leurs hideuse pratiques par une panoplie d’alibis tenants aux particularités historiques, ethniques, culturelles, religieuses de leur sociétés tentant de retarder le plus possible de temps leurs émancipation.

-26- le développement parallèle du droit international, ces dernières années, est en train de s’orienter vers l’instauration de normes universelles de gouvernance moyennant traités, conventions et accords multilatéraux et bilatéraux qui comportent des obligations de respect par les états de règles bien définit dans leur exercice du pouvoir dans leurs propre pays. Si cette tendance est en train de mettre à rude épreuve la notion de souveraineté que tous les tyrans se sont prévalu pour dominer en maîtres absolu leurs pays et faire passer leurs plus sinistre dessins dans la persécution de leurs concitoyens le renouveau de la notion de légitimité est entrain de faire évoluer la notion même du pouvoir vers des paramètres internationaux et des normes communes en dehors de leur respect tout pouvoir risque de se trouver en banc d’accusation devant la communauté internationale de plus en plus portée à s’ingérer dans de telle situations.

-27- Le pouvoir en tant que forme d’organisation de l’autorité ou en tant que substance manifesté par son exercice effectif subit les effets de facteurs endogènes et exogènes qui déterminent sa nature et lui donne l’aspect qu’il revêt à un moment donné. Si l’essentiel de son rôle est de gérer des situations il fini lui-même par se transformer sous l’effet des mutations que les différentes situations ne sont que les signes extérieurs du changement dans l’environnement qu’il est sensé gouverner.

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Yahyaoui Mokhtar – Tunis le 27 Mai 2006
…à suivre :
Voir le Blog du Juge Mokhtar Yahyaoui

[1] Sous les effets des bouleversements stratégiques en cours la Tunisie ne semble pas appartenir à une région menacée de désintégration. Une lecture attentive de la situation peut nous révéler un pays appelé à jouer un rôle pionnier dans l’intégration de toute sa région. Aujourd’hui l’union du Maghreb semble devenir un vœu occidental qui ne s’oppose à aucun intérêt stratégique majeur. Sur les divers plans de stabilité régionale, d’aire déploiement économique convoitée et de rôle dans la contenance du phénomène d’immigration qui inquiété l’Europe et celui du contrôle des immenses espaces sous gouvernés sur son flanc sud qui inquiète les américains dans leur guerre contre le terrorisme une intégration maghrébine semble destinée à se présenter comme la meilleure solution à toute ces questions.

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