Selon ONU SIDA, le nombre des dépistés séropositifs a connu une progression de 29% en 2019 par rapport à 2010. Et le nombre de décès liés au SIDA a augmenté de 328 % par rapport à 2010. Quant au nombre des avortements dans le secteur public, il est passé de 13.665 en 2018 à 15.889 en 2020 a fait savoir Fatma Temimi, sous-directrice des services médicaux et des activités de terrain de l’Office nationale de la famille et de la population (ONFP), à Nawaat. Ce nombre n’englobe pas les avortements effectués dans les cliniques privées.

En Tunisie, l’usage du préservatif, moyen de prévention des MST et de contraception, est en berne. Son utilisation a même régressé de 16% en 2018 par rapport à 2017, selon la carte sanitaire publiée par le ministère de la Santé en décembre 2019. La même année, le constat est confirmé par le Groupe Tawida Ben Cheikh, dans son étude sur les connaissances, les attitudes et la pratique des jeunes en matière de sexualité et de santé sexuelle et reproductive. Les résultats de l’enquête ayant visé un échantillon de 1062 jeunes de 15 à 24 ans, répartis dans le Grand Tunis (Ettadhamen, Douar Hicher, Radès, Ennasser et El Menzah), sont sans appel : seuls 36% des personnes interrogées déclarent avoir utilisé un préservatif à chaque rapport sexuel, 45% au cours de certaines relations. Pis : 18% affirment n’avoir jamais utilisé de préservatif.

Considérations culturelles ?

L’habitude des rapports sexuels non protégés relèverait-elle de considérations d’ordre culturel ? Rania, 36 ans, fonctionnaire, en est persuadée. Elle raconted’après son expérience que la réticence à porter un préservatif est spécifique aux hommes tunisiens. « Avec un partenaire étranger, la question de l’usage de la capote ne se pose même pas, c’est systématique. Les mecs tunisiens attendent que la fille le réclame. Sinon, ils le portent une fois et veulent l’enlever par la suite en prétendant que ça les rend moins performants », déplore-t-elle.

Différents prétextes motivent ainsi le choix d’un rapport sexuel non-protégé aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Nizar, ingénieur, âgé de 31 ans, avance que ce sont ses partenaires qui lui demandent de ne pas mettre de préservatif, se disant allergiques au latex. Khaled, 35 ans, fonctionnaire, abonde dans ce sens : «Les filles détestent la capote plus que les mecs », lance-t-il. Il dit céder parfois à leur volonté mais « jamais quand il s’agit du premier rapport sexuel avec une nouvelle copine».

Plus boudé par les femmes !

L’observation est corroborée par l’enquête menée par Lamia Ben Hassine en 2020 auprès de la population du Grand Tunis sur «les connaissances et les attitudes en matière de santé sexuelle et reproductive ainsi que sur la réception des messages de prévention».  Ainsi, il s’avère que les hommes (81,2 %) sont beaucoup plus favorables à l’utilisation du préservatif en tant que moyen de prévention efficace contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) que les femmes (58,7 %).

Quant à l’étude du Groupe Tawida Ben Cheikh, elle note que 28.7% des individus interrogés jugent que le préservatif est inutile. Parmi ceux-là, on relève encore une fois plus de filles (47%) que de garçons (18.4%).

«Peu de personnes interrogées estiment que le préservatif est cher (1.8%), ou qu’elles sont gênées à le demander (5.7%). Ce qui prouve que la non utilisation du préservatif est plutôt due à des facteurs d’ordre psychologique ou de méconnaissance de l’intérêt à utiliser systématiquement une protection lors des rapports sexuels », souligne l’analyse.

Volonté décisive des hommes

En ayant des rapports sexuels non protégés, certains couples songent davantage à l’éventualité d’une grossesse non désirée plutôt qu’au danger de la transmission d’une MST. Lina, 27 ans, est consultante en communication. Elle évoque ses relations sexuelles non-protégées qui ont eu pour conséquence quelques IVG : « J’avais du mal à dire non, à exiger que mon partenaire porte la capote. Généralement, les mecs pensent plutôt au risque de grossesse et se disent qu’il suffit de se retirer pour s’en prémunir», confie-t-elle. Concernant les MST, elle se rassurait en se disant que son partenaire était « clean ».

Dépendant du bon vouloir du partenaire masculin, le port du préservatif n’est pas systématique chez certains hommes même lorsqu’il s’agit du risque d’une grossesse non désirée. «Malgré mes deux IVG, mon mari préfère ne pas porter de capote lors de ma période d’ovulation. J’ai beau essayer de le convaincre, c’est peine perdue. Il me dit que la capote, ce n’est pas pour les couples mariés », regrette Asma, 32 ans, vendeuse.

Même pour les couples non mariés, le préservatif ne semble pas avoir la cote. Travaillant dans les médias, Mayssa, 36 ans, confie que son partenaire souhaitait des relations sexuelles sans préservatif en arguant toujours qu’il n’en avait pas sur lui. Depuis, elle en achète elle-même pour «lui enlever toute excuse », affirme-t-elle.

A cet égard, l’étude réalisée par Lamia Ben Hassine relève que près de 60,3% des personnes interrogées sont conscientes que le préservatif protège des MST, même si 44% avouent une gêne à son achat. Pour éviter les grossesses non-désirées, les jeunes célibataires citent en premier lieu l’abstinence (54,3 %), avant le préservatif (48 %) et la fidélité (38,3 %).

Hommes et femmes s’abritent également derrière le prétexte de la diminution du plaisir causée par le préservatif pour ne pas se protéger. «Je ne ressens presque rien avec », assène Malek, 34 ans, expert en cyber-sécurité. Le même prétexte est arboré par Selma, 35 ans et travaillant dans une entreprise. Pour elle, le préservatif est un « frein » au plaisir. «Autant ne pas faire l’amour», lance-t-elle.

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