L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) avait autorisé la chaine de Sami Fehri, El Hiwar Ettounsi, à interviewer le candidat à la présidentielle, Nabil Karoui, détenu à la prison de Mornaguia depuis le 23 août dernier pour des affaires de corruption et de blanchiment d’argent. Cette demande d’interview a été rejetée par la Cour d’appel de Tunis, le 10 septembre. Fehri commente la décision de la justice par le hashtag « Mriguel », une allusion à Youssef Chahed. En effet, Fehri n’a cessé de plaider la justice et l’équité en faveur du candidat Karoui en lui accordant le droit de s’exprimer depuis sa cellule.

Le chroniqueur de l’émission « Tounes El Yaoum », Lotfi Laamari, souvent jouant la surenchère pseudo-souverainiste, est devenu le relais médiatique de la mission d’observation électorale de l’Union européenne ou encore de la Fondation Carter, qui ont exprimé leur inquiétude quant au « respect de l’égalité des chances entre tous les candidats » après l’incarcération de Karoui.

Trois semaines avant l’incarcération de Karoui, El Hiwar Ettounsi lui a donné la parole. Il a été interviewé par son ex-employée, Myriam Belkadhi, le 2 août. Alors que le patron de Nessma a été épinglé par un enregistrement audio où il envisageait un plan d’action visant à terroriser les dirigeants de l’organisation I Watch, qui a révélé ses affaires de corruption, l’animatrice s’est abstenue de l’interpeller sur ce dossier. Le 5 septembre, Belkadhi accorde une interview à Salwa Smaoui, en sa qualité d’épouse de Nabil Karoui. Smaoui a eu droit à environ trois minutes de libre antenne pour faire l’éloge de son époux en pleine période électorale, à la fin d’un entretien très peu contradictoire.

Fehri et Riahi à Saint-Tropez

Toujours dans le rôle du justicier, Fehri se rend cette fois-ci à Saint-Tropez pour interviewer un autre candidat à la présidentielle, dans le collimateur de la justice, Slim Riahi. L’interview en question, diffusée le 4 septembre, était une tribune offerte pour Riahi pour déballer sa relation tumultueuse avec Youssef Chahed.

Fehri ne cesse depuis d’interpeller les autorités judiciaires pour enquêter sur l’authenticité du supposé échange sur Whatsapp entre Youssef Chahed et Slim Riahi. Le chef du gouvernement aurait envoyé le message « mriguel » (c’est réglé) à Riahi pour le rassurer quant à la levée d’interdiction de voyage et le gel de ses avoirs, suite au vote de son bloc parlementaire en faveur du ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati. Depuis, ce « mriguel », sert de hashtag à Fehri sur Instagram pour ironiser sur « le silence assourdissant » de la justice autour de cet échange.

Sur le plateau de « Tounes El Yaoum », l’animatrice, Myriam Belkadhi implore, elle aussi, la levée de l’« omerta ». Quant à Lotfi Laamari, il met en garde contre une « fête électorale sur l’autel de la justice tunisienne », en dénonçant la soumission de l’autorité judiciaire au dictat de l’exécutif, mais aussi des partis. Laamari s’indigne contre « la politique des deux poids deux mesures » après la sanction infligée par la Haica à El HiwarEttounsi suite à la diffusion de l’interview avec Slim Riahi alors que le parquet n’a pas réagi pour enquêter sur les accusations de Riahi contre Chahed. Pour sa part, l’ancienne avocate de Sami Fehri, devenue chroniqueuse, Sonia Dahmani, déplore l’ « exclusion » de Nabil Karoui des débats télévisés pour les élections.

Des corrompus défendant « l’indépendance de la justice »

Les ennemis d’hier, Sami Fehri, Slim Riahi et Nabil Karoui partagent visiblement le même ennemi : Youssef Chahed. Derrière les réclamations, à tort ou à raison de l’indépendance de la justice vis-à vis du pouvoir exécutif, se profilent d’autres enjeux plus personnels.

Toujours sur son compte Instagram, Sami Fehri a en effet ironisé sur le sort qui lui serait réservé à son tour après l’arrestation de Nabil Karoui. Le 19 juin, le patron d’El Hiwar Ettounsi a posté le screenshot d’un message prétendument envoyé par Boubaker Ben Akacha, animateur sur Attessia, à l’humoriste Wassim Herissi alias Migalo. Dans ce message, Akacha aurait informé son ex-collègue que Fehri écopera de 5 ans de prison en octobre 2019, sachant que la chaine Attessia appartient à Omar Jenayah, soutien de Youssef Chahed.

Le 22 juin, en plein débat sur la loi électorale qui aurait pu rendre inéligibles à se porter candidats aux présidentielles et aux législatives Nabil Karoui et la fondatrice de 3ichTounsi Olfa Rambourg, Fehri s’attaque à Youssef Chahed. « Qu’est ce qui est plus dangereux, celui qui instrumentalise son association ou celui qui instrumentalise son gouvernement ? Qu’est ce qui est plus dangereux, celui qui instrumentalise sa télé ou celui qui instrumentalise son gouvernement », écrit-il.  Le 23 juin, Fehri revient à charge en révélant que l’ancien chef du gouvernement, tout comme Olfa Rambourg et Nabil Karoui, sont en train de distribuer des aides sociales. Le 19 juillet, Fehri publie une déclaration de son employée, Sonia Dahmani, qui accuse la télévision nationale, l’agence Tunis Afrique Presse (TAP) et Attessia TV d’être les relais médiatiques de Youssef Chahed.

L’hostilité de Fehri envers Chahed est relativement récente. Le 26 février 2017, le chef du gouvernement profitait de la tribune offerte par le patron d’El Hiwar Ettounssi pour prêcher la bonne volonté de l’équipe gouvernementale. Un ancien PDG de la télévision nationale, Elyes Gharbi, en aurait même fait les frais. Des sources à la présidence du gouvernement ont à l’époque révélé à Nawaat que le limogeage d’Elyes Gharbi était en partie motivé par son échec à faire aboutir la réconciliation entre l’Etablissement de la Télévision Nationale et Sami Fehri, poursuivi dans cette affaire de corruption en sa qualité d’actionnaire à hauteur de 49% dans la société Cactus Prod.

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