On croyait la revendication d’inscrire la Charia dans la constitution morte et enterrée depuis son adoption le 27 janvier 2014. Et voilà que la question est à nouveau remise au goût du jour par Mohamed Hechmi Hamdi, le patron de la chaîne Al-Mustakillah, mais formulée autrement. D’après le candidat, il faut amender l’article premier pour que la Charia soit la source de la législation en vue d’empêcher le passage des propositions de lois perçues par lui comme contraires aux préceptes de l’islam, notamment les dispositions de l’héritage.

Pour sa part, la candidate du Parti Libre Destourien Abir Moussi revendique une nouvelle Constitution pour établir la troisième République. Selon Moussi, la Constitution de 2014 a été rédigée par les « Khwanjiya » (Terme péjoratif pour désigner les islamistes de la ligne des frères musulmans, à savoir Ennahdha) et leurs alliés qui ont, d’après elle, écarté les autres acteurs politiques. Elle aspire à un régime présidentiel  alors qu’elle est censée, en tant que présidente, veiller au respect des dispositions de la Constitution actuelle.

Quant à Abdelkarim Zbidi, candidat indépendant soutenu par Afek et Nida Tounes, il caresse le même rêve mais compte procéder autrement. En effet, il a l’intention d’amender la Constitution et réviser le régime politique dès qu’il arrive au pouvoir à travers un référendum. Idem pour le candidat indépendant Neji Jalloul qui l’a également promis dans une interview accordée au quotidien arabophone Al-Maghreb dans son édition du 3 septembre 2019. Jalloul voudrait également castrer les violeurs, ce qui est non-conforme à l’Article 23 de la constitution. Il dispose : « L’État protège la dignité de l’être humain et son intégrité physique et interdit la torture morale ou physique. Le crime de torture est imprescriptible ».

L’ancien président Moncef Marzouki, invité au plateau par El Hiwar Ettounsi, a promis de jeter le projet de loi relatif à l’égalité successorale à la poubelle, une fois élu président de la République. Selon lui, cette initiative n’est pas prioritaire et attisera davantage les conflits entre les Tunisiens, vu qu’elle émane de « l’élite » et non pas du peuple. Or, la Constitution dispose dans son article 21 que « Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination ». Les mêmes considérations ont été invoquées par le candidat indépendant Mohamed Sghaier Nouri. Invité par Mosaïque FM, ce dernier estime que les grands challenges du pays sont économiques. Selon lui, l’égalité relève du « confort psychologique » et de l’affect des électeurs du Tunisien qui peuvent trancher par référendum.

La révision de la Constitution n’est pas aussi facile que certains candidats le laissent croire. Il faut d’abord qu’il y ait une Cour constitutionnelle qui constate l’amendement a priori et voir s’il peut faire l’objet de révision ou pas. L’article premier, l’article 2 et autres dispositions relatives aux droits et libertés et à l’extension de la durée des mandats présidentiels ne peuvent pas être révisées.

Les dispositions de la Constitution relatives aux prérogatives du président de la République sont claires. Toutefois, certains candidats semblent ne pas les maitriser ou aspirent à plus de prérogatives, se retrouvant ainsi dans une posture autoritariste avant même de se faire élire.

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