Sur une population d’environ 11 millions, 15 millions de vues par jour est énorme. Le nombre d’utilisateurs tunisiens est en croissance. Le nombre des visites uniques a enregistré une progression d’environ 1 million entre 2016 et 2017. Et les Tunisiens ne se contentent pas de consommer sur Youtube. Ils l’alimentent aussi en contenus. La plateforme permet aux artistes d’y faire découvrir leurs musiques, aux comédiens d’y partager leurs sketchs, aux gamers d’y créer leurs propres communautés…etc. En ce qui concerne la rémunération, cette plateforme dédiée à l’hébergement de vidéos représente une aubaine pour ces vidéastes généralement marginaux, jusqu’à ce que leurs chaînes Youtube deviennent leur tremplin. Un ensemble de facteurs interviennent pour déterminer les revenus d’une chaîne dont le nombre d’abonnés et le nombre de vues, mais aussi le pays d’origine.

Moins payés que les Européens et les Américains

La rémunération change en fonction du pays hébergeant le compte bancaire, qui n’est pas forcément le pays de résidence du propriétaire de la chaîne Youtube. En France, par exemple, plusieurs sources concordent à dire que les 1000 vues rapportent 0,80 euros. Aux Etats-Unis, la moyenne est plutôt de 2 dollars pour les 1000 vues. Ce qui justifie le recours de certains créateurs de contenus tunisiens à avoir des comptes à l’étranger. « En Tunisie, nous encaissons 30 millimes pour les 1000 vues, presque 3 fois moins payés qu’en Europe », s’indigne Klay BBJ. Le rappeur a par exemple fait plus de 5 millions de vues durant les 30 derniers jours.

Youtube me rapporte entre 1200d et 2000d par mois. Généralement, je les dépense en frais d’enregistrement et de productions de clips. Bref, ce qui vient de Youtube revient à Youtube, nous confie Klay.

Cependant, le pays hôte du compte bancaire n’est pas le seul variable. « La rémunération n’est pas publique. Elle dépend de l’action, de la marque, du youtubeur…», précise l’expert en webmarketing Yssem Saadi. Le nombre d’abonnés à la chaîne, le recours des annonceurs à insérer leurs spots avant le début de la vidéo, le public cible et autres facteurs déterminent les revenus de chaque youtubeurs. « Il ne faut pas oublier non plus que Google partage les revenus avec les créateurs de contenus », souligne Oussama Jemli, directeur de développement de l’agence Access.

Transferts bancaires activés, les MCN délaissés

Les Tunisiens créateurs de contenus sur Youtube optent généralement pour une des options suivantes afin d’encaisser les revenus de leurs chaînes : s’associer à un multi-channel network (MCN) étranger qui s’en occupe, ouvrir un compte bancaire en Tunisie ou ouvrir un compte à l’étranger. Les MCN sont des intermédiaires entre Youtube et les propriétaires des chaînes. Ils assurent généralement la promotion, la gestion et la monétisation du contenu sur Youtube. Parmi les MCN qui collaborent le plus avec des créateurs de contenus tunisiens, on trouve CHBK et Kharabeesh. Mais certains youtubeurs tunisiens désapprouvent le recours aux MCN. Beaucoup d’expériences en la matière n’ont pas été fructueuses. « Quand Kharabeesh s’est chargé de ma chaîne, ils prenaient entre 30% et 40% de mes revenus », regrette le rappeur tunisien Vipa qui a été associé à cette MCN pendant plus de trois ans. Pour sa part, l’humoriste Salem Monsieur ne s’est jamais associé à une MCN. « Quand tu as déjà ton propre contenu et tes propres abonnés qui te suivent quotidiennement, le réseau ne peut rien t’apporter. Ils vont juste prendre 30% de tes gains », affirme Salem Monsieur. Le recours des Tunisiens aux MCN était très fréquent entre 2011 et 2015. Depuis que le transfert électronique de fonds vers les comptes bancaires tunisiens a été activé le 30 septembre 2015, ils ont été progressivement délaissés. Avant cette date, les autres moyens de paiement comme Western Union étaient désavantageux vu la réduction de la somme encaissée engendrée par les frais élevés du transfert.

Pour Aly Boulila, directeur général de l’agence de communication digitale Kanaseed, « c’est une histoire d’offre et demande ». Il explique :

S’il y aura plus de gens qui regardent les vidéos des comptes tunisiens, Youtube va augmenter les tarifs des annonces. Quand ce sera le cas,  les créateurs de contenu gagneront plus d’argent. Mais il faut aussi attirer les annonceurs et pour cela il faut améliorer le contenu des vidéos.

Nolens volens, comme toute activité lucrative, Youtube est régi par la loi du marché. L’offre et la demande, la compétitivité et la position stratégique sont déterminantes.

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