Selon un représentant de la Banque Centrale, cette décision a été motivée par « l’incompatibilité des exigences de PayPal avec le régime de change tunisien. Celui-ci sanctionne le transfert de devises de la Tunisie vers des comptes étrangers, or c’est la condition qu’avait exigé PayPal pour accepter le dossier tunisien ». Pour les acteurs du e-commerce, c’est la douche froide. L’implantation de PayPal aurait eu un impact certain en termes de flexibilité et de conformité aux standards de paiement internationaux. Cela aurait permis aux e-marchands et aux développeurs tunisiens d’atteindre une clientèle étrangère plus large. Cependant, s’ils font preuve de la même détermination, les autorités tunisiennes auront toujours la possibilité de conclure un accord avec l’un des nombreux portes-monnaie électroniques concurrents de PayPal. Cela entretiendrait l’espoir de se débarrasser progressivement des freins à l’essor de l’économie numérique.

Cependant, l’utilisation de PayPal concerne aussi bien les particuliers que les professionnels. Des voix se sont levées pour demander la révision de la fiscalité tunisienne, jugée rigide et autarcisante, voire même revendiquer la libéralisation du dinar. Mais il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une question de souveraineté monétaire, spécialement dans le contexte économique actuel. L’Etat est en train de faire face à trois phénomènes qui amenuisent son stock de devises : l’importation de produits non-nécessaires, le marché parallèle de devises et la fuite de capitaux vers l’étranger. Au courant du mois de juin, les réserves en devises de la banque centrale sont passées sous le seuil critique des 100 jours d’importation, un indicateur alarmant vis-à-vis des bailleurs de fonds et des agences de notation.

Dans ce contexte, la non-convertibilité du dinar constitue un levier de protection de l’économie tunisienne. Elle permet à l’Etat de maitriser la valeur de la monnaie locale et de contrôler ses réserves en devises. Or, la gestion de ces réserves est cruciale, particulièrement à l’égard du poids de la dette extérieure et de la facture énergétique. Pour prendre la pleine mesure de cet enjeu, il est à rappeler que le service de la dette extérieure représente à lui seul 10% du budget de l’Etat. La crise budgétaire actuelle est telle que le gouvernement s’est vu contraint d’emprunter 310 millions de dollars auprès de la Banque Islamique de Développement (BID) afin d’assurer son approvisionnement en pétrole et en gaz. Ainsi, plaider la libéralisation du régime de change dans la conjoncture actuelle ne ferait que précipiter l’insolvabilité de l’Etat tunisien.

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