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Depuis la diffusion de l’épisode de Andi Ma Neqolek du 14 octobre 2016, des militantes indépendantes, ainsi que des associations féministes, ont appelé à  porter plainte contre l’animateur Alaa Chebbi. Sur la page facebook Epouse ton violeur dit-il. On se voit au tribunal répondons-nous et dans les réunions, elles essayent de trouver la meilleure réponse aux dérapages de l’animateur. Un débat s’est alors engagé entre celles qui veulent porter plainte et celles qui préfèrent éviter la confrontation avec le système médiatique.

Bochra Bel Haj Hmida, ex présidente de l’ATFD et députée de la majorité à l’ARP, est une farouche opposante à la plainte pénale. Elle estime qu’il faut profiter de la vague actuelle de mobilisation pour ouvrir le débat à une grande échelle : « Stigmatiser Alaa Chebbi et lui intenter  un procès ne donnera pas de fruit à long terme. Il se calmera quelque temps et reprendra ses vieilles habitudes, une fois les esprits calmés. Nous devons éradiquer le sexisme des médias. Pour ce faire, nous pouvons exiger des médias une charte claire de traitement journalistique des violences sexuelles, comme la présence d’un spécialiste ou la protection du droit de rétractation avant la diffusion de l’émission » explique Bel Haj Hmida.

Sur cette même longueur d’onde, Monia Ben Jemia, actuelle président de l’ATFD, préfère que le travail de son association se concentre sur le dialogue. Engagée dans un programme de formation avec les journalistes, l’ATFD préfère éviter la confrontation et compte sur les « bonnes intentions », des médias pour qu’ils améliorent leur traitement des violences sexuelles. En relation avec la plainte contre Alaa Chebbi, Monia Ben Jemia déclare « je suis résolument contre une plainte au pénal. On ne punit pas les journalistes, on discute avec eux et on leur dit : une victime de viol est atteinte de sidération, d’où l’absence de traces de violences physiques. Le viol est une mise à mort, la victime est souvent atteinte d’amnésie et ne sait plus dire non ».

Nadia Chaabane, députée de l’ANC et membre du collectif  Nisaa Al 46, explique que la discussion est  en cours. Pour elle, le plus important est de responsabiliser la chaîne. « Si nous allons porter plainte, nous devons le faire contre Al Hiwar Ettounsi, responsable du respect de la déontologie dans ses émissions » affirme Chaabane avant d’ajouter que les féministes ne doivent pas perdre de vue les intérêts de la victime et son consentement par rapport à une éventuelle plainte pour le dédommagement moral. Tout le processus doit se dérouler en protégeant la vie privée de la victime et sa famille.

Si des féministes pensent que traduire Alaa Chebbi en justice ne servira pas la cause et espèrent encore établir un dialogue avec le concerné, Rachida Ennaifer, juriste et ancienne membre de la HAICA reconnait qu’ « Il est vrai que c’est regrettable de recourir à la justice pour demander la condamnation d’une chaîne de télévision et d’un animateur » mais elle rappelle que la chaîne et l’animateur sont multirécidivistes. « Jusque-là, aussi bien la chaîne que l’animateur ne reconnaissent pas leur tort et n’ont pas manifesté le désir de demander des excuses. Dans moins de 12 semaines, ils reprendront l’émission et les personnes en détresse continueront à s’exposer sur leur plateau. Entre temps aucune explication n’aura été faite ni sur El Hiwar, ni ailleurs dans les médias tunisiens. Le procès aura le mérité de secouer cette léthargie, voire même cette complicité et de créer un mouvement d’opinion contre le “viol médiatique” », explique- t-elle.

Hafidha Chekir, professeure de droit et vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l’Homme partage l’avis de Rachida Ennaifer.. Dans Le Temps du 23 otobre, elle affirme que« C’est une atteinte à la vie privée des personnes et surtout à la dignité des femmes […] Si je devais le faire, j’aurais attaqué l’animateur en justice au nom du droit à la protection de la fille qui est mineure et au non de l’atteinte à la dignité ».

Contre l’idée de la faiblesse de l’argumentaire juridique pour porter plainte, Rachida Ennaifer explique que Alaa chebbi et Al hiwar Ettounsi ont enfreint à plusieurs dispositions de loi. Elle cite notamment l’article 60 du décret-loi 115 – 2011 relatif à la liberté de la presse mais aussi les articles 31 et 32 du code de la protection de l’enfance et des conventions internationales ratifiées par la Tunisie.

Une lettre ouverte, signée par plusieurs personnalités, a été envoyée au ministre de la Femme. Le ministère a été amené à dénoncer l’agissement de «certains médias et leurs défenses des violeurs » sans autre précision. Dans un communiqué publié le 23 octobre, le ministère annonce qu’il a porté plainte contre les trois violeurs de la mineure et qu’il a entrepris des démarches pour déterminer la parenté du nouveau-né.

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