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« Le drapeau noir risque de flotter sur Kerkennah », titre Tunivisions. « Petrofac : L’incitation de Hizb Ettahrir à “l’Emirat de Kerkennah », affiche Kapitalis. « Maître des îles Kerkennah, le parti Ettahrir crie sa victoire sur Petrofac », affirme Espace Manager. Encore aujourd’hui, Business News s’excite. Le député du parti Mashrouâ Tounes, Sahbi Ben Frej, l’affirme aussi. Idem pour l’ancien ministre et ex-député de Nida Tounes, Lazhar Akremi, ainsi que l’ancien ministre et responsable d’Afek Tounes Noomane Fehri. Sur la bande FM, la même annonce a été faite, lundi dernier, par Neji Zairi, le rédacteur en chef de Mosaique Fm. Son imagination l’emportera loin, assez loin pour prétendre que Hizb Ettahrir participe aux négociations et qu’il a refusé de signer. Sur les réseaux sociaux, des vidéos non-datés, filmés le 12 août, largement relayées, montre des activités de Hizb Ettahrir à Kerkennah. Le cadre est serré. Aucun signe de sympathie particulière du côté des citoyens ne s’en dégage. Un fantasme est né. Une campagne est lancée.

Attessia succombe au fantasme

« Derrière le dossier Petrofac… des accusations et Hizb Ettahrir répond », ainsi est présentée la deuxième partie de l’émission Houna Al-Aan [Ici maintenant] dans son numéro du mercredi 21 septembre. Les invités : le député Sahbi Ben Frej, « l’expert » médiatique Moez Joudi et Mohamed Mguidiche, membre du bureau de presse de Hizb Ettahrir. Une vidéo diffusée en introduction du débat confond les protestataires, essentiellement représentés par la coordination locale de l’Union des Diplômés Chômeurs (UDC), et les militants de Hizb Ettahrir. « Ils ont demandé à Petrofac de quitter », insiste une journaliste en voix off. Or, les chômeurs protestataires n’ont jamais appelé Petrofac à quitter Kerkennah. Depuis janvier 2016, leurs revendications sont les mêmes : l’emploi et le développement. Pourtant, Borhen Bsaies, présentateur de l’émission, s’entête à amplifier le rôle de Hizb Ettahrir sur l’archipel. « Vous êtes présents dans le sit-in. Vous soutenez le sit-in », insiste-t-il. Des images de rues barrées et de douilles de bombes lacrymogènes illustrent le débat. Elles datent d’avril 2016, sans que ça soit mentionné. De quoi donner l’impression, contrairement à la réalité, que ce paysage est celui qui domine Kerkennah actuellement. Le fantasme s’avère trop tentant, assez pour tomber dans la désinformation.

Surf partisan et perspective locale

Hizb Ettahrir est bien établi à Kerkennah, tout comme Nida Tounes et avant lui Ennahdha ainsi que certains partis de la coalition du Front Populaire et autres formations politiques. Il l’est essentiellement dans le village à l’extrémité est de l’archipel à El Ataya. S’il a gagné en visibilité depuis quelques temps, c’est bien grâce à ses multiples positions radicales et clairement affichés au sujet de l’affaire Petrofac. Or, les militants en première ligne de la contestation sont aussi affiliés à des formations politiques diverses, surtout du Front Populaire mais aussi de Nida Tounes, Ennahdha…etc. Mais ces derniers préfèrent ranger leurs bannières partisanes et s’inscrire totalement dans la logique locale dont les meilleurs représentants demeurent le bureau local de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et la coordination locale de l’Union des Diplômés Chômeurs (UDC). L’archipel- qui a vu naître Farhat Hached et Habib Achour et qui a toujours compté parmi ses originaires des hauts responsables de l’UGTT dont les actuels Samir Cheffi et Abdelkrim Jrad- reste fidèle à sa tradition syndicale. D’ailleurs, ces organisations sont, avec les marins-pêcheurs, les seuls interlocuteurs du gouvernement durant les négociations.

Hizb Ettahrir, plutôt indésirable

Les faits observés sur le terrain en témoignent. Dans une Kerkennah sans présence policière depuis la répression du mois d‘avril, Hizb Ettahrir appelle à un rassemblement au village de Mellita prévu pour samedi 20 août à 17h, alors que son activité est suspendue suite à une décision de justice pour un mois à partir du 15 août. Au port de Chatt Lekrakna à Sfax, la police est présente et refoule certains individus identifiés comme des militants de Hezb Ettahrir venus prendre le ferry pour Kerkennah. « Une forte affluence ? », avons-nous interrogé le responsable de la police en charge de l’opération. « Pas vraiment », a-t-il répondu. A notre arrivée à Kerkennah à 17h15, précisément à Mellita à 17h15, la place dans laquelle devrait se tenir le meeting de Hizb Ettahrir est occupé par des vieux messieurs en train de jouer de la pétanque, pas loin d’une partie de cache-cache entre enfants du quartier. Les militants de Hizb Ettahrir étaient peu nombreux. Ils ont été virés par les riverains.

Le fantasme politico-médiatique de l’influence de Hizb Ettahrir à Kerkennah est symptomatique de l’irresponsabilité et le manque de professionnalisme de beaucoup de sites d’information et de médias tunisiens. L’intox est contagieuse, assez, pour faire une publicité gratuite à un parti en quête de notoriété. Tant pis si au passage la population de l’archipel se trouve stigmatisée.

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