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La dernière édition du Festival International de Carthage dispose d’un budget supérieur à 4 millions de dinars, d’après son directeur désormais Ministre de la Culture. Sa capacité dépasse les 6000 places. Le budget de la dernière édition du Festival International du Film Amateur de Kelibia (FIFAK) est d’environ 130 mille dinars, selon son comité d’organisation. Sa capacité d’accueil est de 1300 places. Pourtant, au niveau de l’impact socio-économique, le petit FIFAK s’en sort beaucoup mieux que le grand festival de Carthage. Décryptage.

Le public est cerné. Les barrages lui tracent la route. Quelques centaines de mètres avant l’arrivée au théâtre antique de Carthage, les automobilistes doivent se garer dans un parking, presque en face de la Mosquée Malek Ibn Anas. C’est le diktat du Festival International de Carthage. Les piétons doivent aussi suivre le même circuit. Pas moyen d’emprunter une autre rue, même pas pour acheter un sandwich ou se procurer des rafraîchissements. Dans les environs, les checkpoints se succèdent. Situation sécuritaire oblige. Toutefois, la ville de Carthage se montre fermée à ses visiteurs. Non seulement ses restaurants, ses petits commerces et ses boutiques mais aussi ses sites archéologiques. Ils ne sont que la triste et défaillante caisse de résonance des rythmes bruyants qui secouent les gradins du théâtre antique.

Piteux apport du Festival de Carthage

Pour aller au-delà de nos constats de terrain, nous avons contacté M. Slimane El Golli, secrétaire général de la Municipalité de Carthage. « Malheureusement, nous ne sommes pas impliqués, même pas dans des réunions de préparation », confie-t-il à Nawaat. A part l’absence d’une approche participative, Slimane Golli regrette également l’absence de quelconque apport financier direct pour la municipalité. « Le Festival International de Carthage ne paye même pas la taxe sur les spectacles stipulée par le Code de la Fiscalité Locale (voir Chapitre V, p.38) », relève M. Golli.

Pourtant, la municipalité assure des services essentiels au festival pendant plus de 40 jours. « Durant le festival, nous sommes amenés à assurer un nettoyage intensif quotidien des environs du théâtre antique, gérer l’éclairage d’une manière exceptionnelle et contribuer à la logistique avec le placement des barrières et leur transport », explique le secrétaire général de la Municipalité de Carthage.

Pour sa part, M. Karim Melki, président de l’Association des riverains de Carthage reconnait que « le festival contribue à accroître la notoriété de la ville et y représente une activité de divertissement majeure ». Et d’ajouter : « Grâce au festival, les rues sont plus propres et il y a plus d’entretien de l’infrastructure ». Cependant, il dénonce les entraves à la circulation qui, d’après lui, constituent « un sérieux problème pour les riverains de Carthage » et rappelle que « le festival ne fait pas bénéficier la municipalité de ses retombées financières que ce soit d’une manière directe ou indirecte ». Depuis la dernière édition, M. Melki redoute aussi les conséquences des choix de programmation du festival. « Nous nous inquiétons de la dégradation de la qualité artistique. Ce qui affecte non seulement la réputation du festival mais aussi l’image de notre commune à l’international », martèle le représentant de la société civile locale.

Kelibia, le contre-exemple

Pour un participant au Festival International du Film Amateur de Kelibia (FIFAK), le gap est énorme. Dans cette ville balnéaire du Cap Bon, située à 120 kilomètres de Carthage, le FIFAK insuffle une dynamique socio-économique nettement plus importante. Difficile de trouver un lit vacant dans les hôtels de Kelibia durant la période du festival. « Au niveau des établissements touristiques, rien que les festivaliers occupent 200 lits, à part ceux qui séjournent dans les hôtels à leurs propres frais pour assister au FIFAK et ceux qui louent des maisons pour la semaine », indique M. Chokri Hajjem, chef du département financier et chef intérimaire du service jeunesse, culture et sports à la Municipalité de Kelibia.

Les taxis, les petits commerces, les restaurants voient leurs recettes se multiplier. Jusqu’au petit matin, durant une semaine, les rues de Kelibia ne connaissent pas de trêve. « Il y a neuf agences bancaires à Kelibia. Durant la semaine du festival, on peut observer de longues files d’attentes devant leurs sièges », ajoute le responsable municipal. Les amoureux d’un cinéma évoluant hors des sentiers battus rencontrent une population ravie de voir sa ville aussi animée, aussi joviale. « Il y a une considérable hausse de la consommation du tabac et des boissons alcoolisées. Les festivaliers sont d’infatigables fêtards », relève M. Hajjem. Et il poursuit :

durant la période du FIFAK, nous sommes même amenés à assurer nos besoins en pain en recourant aux boulangeries des villes voisines.

Autant de constats qui devraient inviter les gouvernants à remettre en question leurs politiques s’ils voudraient réellement inscrire les événements culturels majeurs dans leurs environnements socio-économiques, comme certains hauts responsables le clament haut et fort sans prendre les mesures nécessaires pour concrétiser cette vision. M. Mohamed Zinelabidine, dernier directeur du Festival International de Carthage devenu ministre de la Culture, a beau à évoquer dans l’édito de la 52ème édition de cette manifestation sa volonté d’en faire un « festival citoyen ». Désormais, l’heure est à la remise en question, à la planification stratégique et… aux actes.

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