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Y.N, enfant de 5 ans, atteint du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), a été interné à l’hôpital Taher Maamouri (Nabeul), le 27 juillet, suite à un accident de la route. Durant son séjour, l’enfant subit un mauvais traitement de la part du personnel de l’hôpital. On lui refuse des soins. On le jette dans les couloirs après son opération. On le pousse carrément à quitter l’établissement. Le staff médical, pourtant averti, rejette Y.N parce qu’il est atteint du VIH. Lumières sur une discrimination cachée par les tabous et la négligence.

Accompagné de sa mère et de son frère, Y.N traverse la route à Nabeul quand une voiture le bouscule brusquement. À l’hôpital, on lui applique deux plâtres au niveau du bras gauche et de la jambe. Mais sa situation se détériore. Son médecin découvre un début d’hémorragie au foie et décide de l’opérer. C’est à ce moment que les problèmes de Y.N et de sa famille commencent. L’anesthésiste de l’opération découvre qu’il est atteint du VIH. « Il a interpellé ma femme devant les autres patients et commencé à lui poser des questions embarrassantes. Il a continué à l’humilier en public en répétant le mot « Sida » à haute voix. Après, c’était le tour de l’infirmière de harceler ma femme et même le gamin qui était déjà assez traumatisé par l’accident » témoigne A.N, père de l’enfant.

Y.N est fils de parents atteints du VIH. Son père, A.N, 35 ans, est devenu ouvrier après avoir fait faillite à cause de la crise, il y a quatre ans.

J’avais une société de nettoyage de carrelage. Après la révolution, les clients sont devenus rares et j’ai fait faillite. Actuellement, je travaille dans les chantiers de construction. Mais ce n’est pas évident car je me fais virer souvent à cause de mes absences liées aux traitements médicaux du VIH. Maintenant, je ne peux pas payer la facture de l’hôpital et du coup je ne peux pas récupérer le certificat médical qui me permettra de gagner le procès de l’accident.

Après l’opération de Y.N, le médecin recommande deux jours de repos à l’hôpital afin de faire le suivi médical. « Mais les infirmiers ont décidé autrement. Ils ont refusé de transporter mon fils du bloc opératoire. Ils m’ont interdit de placer mon fils dans l’une des chambres sous prétexte d’encombrement. En réalité, il y avait des chambres vides. Et quand j’ai contesté leur comportement, ils m’ont menacé d’appeler la police » raconte A.N qui a décidé de renter avec son fils fraîchement opéré.

Les préjugés que portent la majorité des Tunisiens envers les personnes atteintes du VIH sont dus à la confusion entre le virus et le Sida. Une personne qui a le SIDA a nécessairement le VIH, puisque c’est le VIH qui cause le SIDA. Par contre, avoir le VIH ne signifie nécessairement pas l’infection par le SIDA (le stade avancé du VIH qui affaiblit le système immunitaire d’une personne). Malgré l’avancée médicale et les campagnes multiples de sensibilisation sur le VIH, les Tunisiens continuent à croire que le VIH est dangereusement contagieux et mortel. En plus, le virus est souvent associé aux rapports sexuels non protégés. Une personne atteinte du VIH est forcément perçue comme une personne qui a une vie légère et qui multiplie ses relations sexuelles hors le cadre traditionnel.

Une stratégie nationale sans conviction

Souhaila Bensaid, présidente de l’Association Tunisienne de prévention positive, suit de près ce genre de discrimination. D’après un travail de terrain dans le cadre des activités de son association, elle affirme que des centaines de personnes atteintes du VIH souffrent quotidiennement de discrimination et de violences physiques et morales.

Cette année, à Mahdia, une fille de 10 ans a quitté l’école. Elle a refait la troisième année primaire trois fois. Son institutrice refuse de corriger ses copies d’examen. Elle l’isole dans la classe et l’empêche de participer. Un autre gamin à Nabeul a été forcé de falsifier un certificat médical à l’aide de sa mère parce que le directeur de l’école refusait de l’accepter avec son VIH. Et comme eux, il y a des centaines d’enfants atteints de VIH démunis des leurs droits les plus élémentaires comme la santé, l’éducation ou le divertissement.

Si les personnes atteintes du VIH ont, depuis des années, le droit à un traitement médical gratuit, 27% seulement de la communauté atteinte du VIH accède réellement aux soins. D’après Souhaila Bensaid, la majorité est intimidée ou maltraitée dans les centres de soin et les hôpitaux. « En plus des mauvais traitements, les personnes atteintes du VIH fuient le scandale car elles savent que le staff médical ne respecte pas la confidentialité de leurs dossiers. Ainsi, ils se retrouvent victimes de discrimination dans leur environnement. Plusieurs perdent leur travail, leurs familles, leurs études parce que les gens comprennent mal le VIH et continuent à émettre des jugements moraux sur les personnes qui le portent » affirme Souhaila avant d’ajouter que cette stigmatisation ne concerne, dans la majorité des cas, que les pauvres. Les riches atteints du VIH se soignent à l’étranger ou payent le prix du silence du staff médical.

Les personnes atteintes du VIH victimes de discrimination ou de violences ne portent pas plainte. D’abord parce qu’elles ont souvent peur de la double punition sociale. Ensuite, l’absence d’un cadre juridique les protégeant rend leur situation plus vulnérable. Souhaila Bensaid explique que les agressions morales sont difficiles à prouver et que les témoins refusent en général d’aider les victimes.

Malgré l’existence d’un programme national de lutte contre le Sida, les mécanismes de prévention et de prise en charge sont faibles et parfois inexistants dans les régions. La mentalité de dénigrement et de tabous entrave l’évolution d’une stratégie nationale efficace. Le manque d’un bilan fidèle à la réalité empêche d’enlever cette injustice contre l’enfant Y.N et les autres Tunisiens atteints du VIH.

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