Ben Ali propagandistes

La nostalgie de l’ancien régime gagne du terrain. De plus en plus banalisée par des médias optant pour un sécuritarisme aveugle, elle s’étale sans vergogne au fil des attaques terroristes. Désormais, les principaux sbires de Ben Ali sont présentés comme des « journalistes de valeur » et leur manque de visibilité est qualifié de « gâchis », allant jusqu’à idolâtrer Abdelwahab Abdallah. Tout ça, sur un fond de copinage assumé. Le lobby mauve se repositionne.

« Quand Ben Ali, qu’Allah atténue sa peine, s’est exilé… », une réplique de Khaled Chouket, porte-parole du gouvernement, qui a suscité une large contestation sur les réseaux sociaux. Ces propos ont été exprimés, lundi 14 mars, dans l’émission Midi Calé sur la radio IFM, une semaine après l’attaque de Ben Guerdane. « Je ne respecte pas une nation qui dénie ses leaders, qui dénie ses anciens présidents », renchérit-il. Les marques de sympathie envers Ben Ali et les faucons de son régime a atteint son plus haut niveau, en contradiction avec les affirmations du préambule de la nouvelle constitution. Mais bien avant, il a été banalisé par les tribuns des plateaux TV.

Eloges d’un putschiste benaliste

Invité de « Klem Ennas » sur El Hiwar Ettounsi, mercredi 09 mars, Mohamed Boughalleb, chroniqueur de l’émission « Al Yawm Al-Thamen » sur la même chaîne, en a profité pour faire l’éloge de Jamel Karmaoui, deux jours après l’attaque de Ben Guerdane. Méconnu pour une majeure partie des téléspectateurs, l’homme en question n’est autre que le président illégitime du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) entre août 2009 et janvier 2011. Balayé par la révolution, il a été placé par les sbires de Ben Ali, à l’issu d’un congrès extraordinaire, à la tête de ce syndicat créé en 2008 et présidé à l’époque par l’indocile Neji Bghouri. C’était suite à un putsch orchestré par le régime dictatorial visant à faire plier cette organisation qui militait contre l’emprise du pouvoir sur les médias.

« La presse tunisienne ne m‘a pas perdu. Elle a perdu Jamel Karmaoui. C’est honteux qu’un journaliste de sa valeur soit aujourd’hui à la marge. Ceux qui sont aux devants de la scène ne sont pas plus révolutionnaires que Karmaoui », lance Boughalleb en réaction aux propos de Lotfi Laamari, chroniqueur de l’émission, qui exprimait son regret de ne plus lire d’articles de son interlocuteur dans la presse écrite. « C’est notre ami. Nous le saluons », rétorque Laamari avant d’ajouter « Tu sais ce que j’ai fait pour ramener Karmaoui à la presse écrite ». Et il prend la question à cœur et étale ses efforts fournis afin de réintégrer Karmaoui. « Je l’ai ramené à Haqaeq. Il a une excellente plume. Dommage, beaucoup d’énergies ont été balayé par les vents révolutionnaires mensongers et le pays en a été privé. Moi, je suis sûr que Jamel et autres reprendront et épateront leurs lecteurs. Nous avons tellement besoin aujourd’hui de plumes comme celles de Jamel et consorts », martèle Laamari. Dans cet extrait de l’émission (41min – 42min), le copinage est aussi décomplexé que la revendication d’un positionnement antirévolutionnaire.

Disciples d’Abdelwahab Abdallah et fiers de l’être

Même si de nombreux partisans du despote sont omniprésents dans les tribunes médiatiques, la tendance dominante jusqu’en 2014 excluait les principaux hommes de main et architectes de la propagande benaliste. Ils s’engouffrent dans la brèche ouverte par le terrorisme pour ressurgir sur les petits écrans. Dans ce sens, le spécimen le plus représentatif de l’inversement de la tendance est Borhen Bsaies, propagandiste, collaborateur des services de renseignement de Ben Ali et lobbyiste pour le compte de Slim Riahi. Il a été converti en animateur sur Nessma.

Invité par Labes, sur El Hiwar Ettounsi le 03 octobre 2015 (38 min – 40 min), il y a exprimé sa fierté de son amitié avec Ali Seriati, ancien patron de la garde présidentielle sous Ben Ali de 2001 à janvier 2011 et directeur de la sûreté nationale à partir de 1991, année de lancement de grandes campagnes de répression. « Je l’écoute avec attention dans des rencontres passionnantes », se délecte Bsaies. Ensuite, c’est le tour d’un autre faucon de Ben Ali d’être encensé. Il s’agit d’Abdelwahab Abdallah, le maître absolu du verrouillage médiatique et de la désinformation dont le dernier poste était celui de conseiller à la présidence chargé des affaires politiques. « Je le respecte. J’ai de l’estime pour lui », confie Bsaies à Ouertani qui l’interpelle : « Tu l’appelle toujours ? Tu le vois toujours ? ». « Bien sûr, même plus qu’avant », répond le disciple au sujet de ses rapports avec son maître. Il s’est ensuite lancé dans une tirade pour le défendre et susciter l’émotion des téléspectateurs : « Il a de la peine. Il dit qu’il a servi le pays pendant 50 ans. Et après, vous débarquez et faites une liste de confiscation de biens. Vous nous mettez avec les gens qui faisaient des deals et amassaient les milliards. Vous fouillez derrière nous. Il est sorti de ce monde avec une maison et un terrain à Monastir qui sont aujourd’hui confisqués. C’est de l’injustice d’inclure quatre ministres de Ben Ali qui sont des fonctionnaires publics dans la liste des personnes dont les biens ont été confisqués ». Et il poursuit : « Que dieu lui vienne en aide dans l’épreuve qu’il traverse ».

Les liens ne sont donc pas rompus entre Abdelwahab Abdallah et ses disciples. Samir El Wefi en est un. Invité dans l’émission  Midi Calé sur la radio IFM, le 17 septembre 2015, ce dernier a répondu, sans complexes, à la question de l’animateur Moez Toumi : « Qui était le premier à t’avoir appelé après ta libération ?». Wefi rétorque : « Je ne veux pas le gêner. C’est Abdelwahab Abdallah et merci à lui ».

Les mêmes qui minimisaient le phénomène de la radicalisation et faisaient un blackout sur les attaques terroristes sous le règne de Ben Ali reviennent aujourd’hui pour invoquer son ère comme un havre de paix exemplaire. Profitant du résultat de leur désinformation, ils font abstraction sur les attentats djihadistes enregistrés sous l’ancien régime. Pourtant, à l’époque, des dizaines de victimes du terrorisme sont tombés en Tunisie, à Tamerza en février 1995, à Djerba en avril 2002 et à Soliman en janvier 2006.

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