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Suite à l’exécution de Nimr Baqer al-Nimr en Arabie Saoudite, Nessma a tenu à importer les tensions entre chiites et sunnites en Tunisie. Parmi les intervenants sur la question, l’avocat Ahmed Ben Hassana, connu pour son acharnement contre les libertés numériques, la liberté d’expression, le droit syndical, le droit à l’intégrité physique et la liberté du culte. Un personnage trouble érigé à tort en commentateur de l’actualité.

Le talk-show est le format le plus adopté par les productions des chaînes tv privées tunisiennes. Effet de ce choix, la majeure partie du temps d’antenne est consacrée à des tribuns et non pas à des contenus journalistiques. Dans la plupart des cas, le choix des invités se fait, non pas en fonction de leur apport informatif, mais en fonction de la divergence de leurs opinions. Au fil des cinq années passées, cette tendance s’est ancrée au point de faire du clivage une nécessité, voire même un dogme. La diversité des opinions n’est plus l’objectif. C’est plutôt l’ardeur des querelles et les tensions qu’elles éveillent. Peu importe le background de l’invité, son ancrage social et l’autorité de sa parole dans l’espace public. Quitte à verser dans le discours de haine. L’avocat Ahmed Ben Hassana, invité de Ness Nessma News du lundi 04 janvier, a illustré jusqu’à la caricature les dérapages médiatiques des bateleurs des temps nouveaux.

Conspirationnisme et discours de haine

Intervenant sous sa casquette de président de la Ligue tunisienne contre l’expansion chiite (sic!), il a puisé dans le conspirationnisme comme leitmotiv de son discours. « Les chiites, partout y compris en Tunisie, sont des citoyens iraniens résident en Tunisie. Idem pour l’Arabie Saoudite. Dans leur majorité, pour ne pas généraliser. La loyauté cultuelle se transforme en loyauté politique », lance-t-il. Ben Hassana ira jusqu’à appeler la Banque Centrale à contrôler les comptes des associations financés par des institutions iraniennes. Il accusera même deux petits partis politiques méconnus Al-Wehda et Al-Ghad d’accointance avec l’Iran.

C’est sur un ton martial qu’il martèle : « On ne peut pas se taire face au déluge », avant d’ajouter : « Nous mettons en garde contre une fitna confessionnelle qui pourrait éclater dans l’avenir ». Pour justifier sa position, il s’érige en « défenseur de l’identité tunisienne arabe sunnite malékite modérée ». Et ce n’est pas le fait que Ben Hassana exerce son métier d’avocat dans un Etat dont la constitution garantit la liberté du culte qui l’empêchera d’aller loin dans sa rhétorique discriminante et abonder dans la stigmatisation. « L’islam est l’islam tunisien et non pas l’islam qui insulte Omar Ibn Khattab et Saiyda Aicha », avance-t-il avant d’affirmer devant un Basies passif :

Nous avons de nouveaux houthis en Tunisie.Ahmed Ben Hassana

Parcours d’un avocat apprenti flic

Ahmed Ben Hassana a entamé sa guerre malsaine contre les chiites en créant en 2012 son association ad hoc. Un épouvantail qu’il a érigé aisément dans les médias qui l’ont découvert en 2011 quand il a porté plainte contre l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI). A l’époque, il voulait rétablir la censure du net en voulant interdire l’accès aux sites pornographiques. Un procès qu’il finira par perdre, comme tous ceux qui suivront. Durant la même année, il a intenté un procès contre Nadia El Fani suite à la sortie de son film « Laïcité Inchallah ». Quelques mois plus tard, il poursuivra en justice les participants aux sit-in.

Dès 2012, il s’est acharné à porter diverses plaintes contre les grévistes dans différentes institutions publiques et entreprises privées. Il a même fait pression sur le gouvernement, en 2013, dans le but d’appliquer des prélèvements sur les salaires des employés grévistes. Fin 2014, il a poursuivi en justice Lassaad Yaacoubi, le secrétaire général du syndicat de l’enseignement secondaire relevant de l’UGTT suite à une grève. Récemment, en 2015, il a défendu le maintien de l’article 230 du Code Pénal incriminant l’homosexualité. Malheureusement, ce sinistre personnage est un avocat conventionné avec le Ministère de la Culture. Qui a parlé d’un Etat qui se veut « moderniste » ?

Souvent médiatisé, Ben Hassana persévère à vouloir restreindre droits et libertés. Pourtant, son acharnement juridiste laisse perplexe. Quant à son association, elle n’a aucune activité publique à noter depuis sa création. C’est, en somme, une coquille vide, un tremplin pour assouvir la soif cathodique de son fondateur. Toutefois, les tribunes médiatiques se montrent ouvertes à la rhétorique conservatrice et au discours haineux de Ben Hassana. Il faut bien occuper les sièges vides de tous ces talk-shows, diraient les producteurs. Ainsi, acculent-ils les rédactions à inviter des figures passionnels plutôt que les porteurs de discours rationnels. Et tant pis si, pour l’occasion, la communauté chiite, une minorité millénaire tunisienne, sera discriminée et stigmatisée.

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