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La blockchain, une technologie sous-jacente aux crypto-monnaies de type bitcoin, est un type de grand livre comptable : “ledger” en anglais : c’est un registre de compte (une base de données) dans lequel sont enregistrés tous les soldes comptables (Qui possède quoi). À l’encontre des bases de données classique du type “SQL…”, les bases de données du type blockchain sont partagées sur plusieurs serveurs dont chacun en possède une copie identique. On parle de « base de donnée décentralisée ».

Beaucoup de banques et d’institutions financières mondiales s’intéressent de très près à la technologie blockchain et essaient d’en appliquer les propriétés. Le but est de garantir plus de transparence et de se débarrasser de l’intermediation financière. Parmi ces institution on peut citer la BNP, Goldman Sachs, VISA, et le Nasdaq….

Personnellement, je ne pense pas que la poste tunisienne ait la moindre intention de créer une crypto-devise à l’instar de bitcoin. Les crypto-devises ont certaines caractéristiques techniques et financières, qui, dans la situation actuelle de la Tunisie, seraient impossible à implementer. Exemple : Les cryptodevises sont généralement librement accessibles à n’importe qui dans le monde et librement échangeables contre d’autres crypto-devises, ou des devises Fiat (euro, dollars, yen…) Comme chacun de nous le sait, le dinar tunisien n’est pas librement convertible et la Tunisie applique encore des politiques très sévères de contrôle des capitaux. Ceci rend impossible la création et l’utilisation d’une cryptodevise du type bitcoin en Tunisie.

En revanche, essayer d’appliquer la technologie blockchain pour le réseau e-DINAR est une grande innovation en soit. Ceci pourrait garantir un meilleur traitement des transactions sur le réseau de paiement et aussi assurer une transparence inégalée en matière financière. En ce qui concerne la sécurité, l’utilisation des principes de verifications des transactions comme le “proof of work” (utilisé par le réseau bitcoin) pourrait garantir une protection quasi absolue, contre toute forme de piratage ou de fraude.

Comme c’est possible de verifier publiquement tout l’historique des transactions sur le réseau bitcoin. Si la poste decide d’appliquer le même modèle, il serait aussi envisageable au public d’accéder à l’historique des transactions sur le réseau e-DINAR et de vérifier les soldes des comptes. Ceci ne veut pas dire que les utilisateurs partageront leurs données personnelles avec le reste du réseaux. Comme pour le cas de bitcoin, il n’est pas possible de connaître les propriétaires des comptes, mais uniquement l’historique et les soldes peuvent être publiquement consultables. Les comptes e-DINAR pourraient donc être librement et facilement auditables par n’importe qui et n’importe quand. Notre pays a grandement besoin de clarté en matière financière et l’application de la technologie blockchain pourrait nous être d’une grande utilité.

Une autre innovation considerable : la propriété d’un compte e-DINAR sera garantie par un système de clé publique/privée (comme pour bitcoin). Plus besoin d’un tiers de confiance ou d’un fiduciaire pour prouver que tel personne est propriétaire de tel compte. Suivant le modèle deja utilisé pour l’authentification de la propriété des comptes sur le réseau bitcoin, chaque utilisateur sera responsable de sa clé privé qu’il utilisera pour effectuer ses paiements. L’utilisateur aura aussi sa clé publique servant à l’authentifier sur le réseau e-DINAR, qu’il partagera avec les autres utilisateurs pour recevoir des paiements. On peut imaginer donc que les transactions sur le réseau e-DINAR évolueront en transactions Peer to Peer (pair à pair), en se débarrassant complètement de l’intermédiation.

Il faut rappeler que le système bancaire actuel repose sur l’intermédiation des banques et des fiduciaires pour prouver la propriété des comptes sur le réseau bancaire. Cette intermédiation est extrêmement coûteuse et manque considérablement d’efficacité et de transparence. Le fait de ne plus dépendre des intermédiaires pour prouver la propriété d’un compte, réduirait drastiquement les coûts reliés aux services financiers, ce qui permettrait à 2 millions de tunisiens supplémentaire d’accéder aux services financiers de base.

La poste tunisienne est visiblement pionnière en Tunisie et dans tout le monde arabe en matière d’implementation de la technologie blockchain au sein de son réseau de paiement. On ne peut que saluer les efforts de cette institution publique pour être à la pointe des innovations financières. La question est de savoir si les banques tunisiennes ont l’intention de s’y lancer à l’instar des grandes institutions internationales.

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