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Dimanche, 27 décembre, vers midi, un groupe de musiciens amateurs a organisé un rassemblement « La musique n’est pas une carte » pour contester les dernières déclarations de Mokded Shili, président du Syndicat national des chanteurs professionnels tunisiens, concernant l’obligation d’une une carte professionnelle pour toute activité musicale. Pendant deux heures, des jeunes ont joué de la musique devant la Maison du musicien, siège du Syndicat de Shili.

« L’art n’est pas une carte ! » « Miles Davis n’avait pas de carte professionnelle » et même « La carte pour les vendus ! l’art pour les libres ! » ont scandé les musiciens amateurs et les citoyens venus les soutenir. Ammar Guesmi, 50 ans de carrière, membre d’Al Hamaym Al Bidh [Les Colombes Blanches] estime que « la carte professionnelle protège les musiciens qui exercent le métier d’une façon régulière mais nous devons créer d’autres cadres professionnels qui permettent aux amateurs de faire de la musique dans un cadre légal comme, par exemple, la formule des intermittents ».

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Avec un violon, deux guitares et deux riqqs, les musiciens ont fait une longue séance de jam en revisitant la musique tunisienne, orientale et les musiques du monde. Chacun sur un instrument différent, les autodidactes ont exprimé leur désaccord avec ce qu’ils ont appelé « violation de notre droit d’aimer et de créer la musique » affirme Sarah Attouchi, 21 ans, étudiante en sciences juridiques. « Je n’ai pas fait un parcours académique en musique et jamais mis les pieds dans un conservatoire. C’était un choix d’aimer mon instrument en dehors de toute règle pouvant rendre la musique comme une science » clame la jeune violoniste, avant de rappeler que :

Nous considérons la volonté d’exiger une carte professionnelle aux musiciens et chanteurs comme une intervention directe dans l’art. Après l’interdiction du concert de Halim Youssefi à la Goulette, nous sommes ici pour tirer la sonnette d’alarme et dire au syndicat de Shili comme aux flics : ne touchez pas à notre musique !

Mokded Shili a déclaré qu’aucun artiste n’aura le droit d’exercer sans la carte professionnelle. Il a ajouté que cette décision a eu un écho positif de la part du ministère de l’Intérieur, et que la police touristique aura la charge de procéder à des contrôles dans les restaurants et les hôtels avec un représentant du Syndicat.

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Sami Ben Said, secrétaire général du Syndicat tunisien des professions musicales (STPM), nous explique que cette intervention « répressive contre les musiciens n’est pas la première et ne sera pas la dernière en Tunisie ».

Les altercations entre rappeurs et la police se multiplient, comme l’intervention musclée des forces de l’ordre pour mettre fin à un concert (Festival International de Hammamet) et l’arrestation des deux têtes d’affiche, Weld 15 et Klay BBJ. Les textes juridiques en rapport avec la culture et les métiers du spectacle manquent sérieusement de clarté en ce qui concerne les limites et la marge de manœuvre de la police.Sami Ben Said

Sous prétexte de réformer le secteur, Mokded Shili appelle le ministère de l’Intérieur à appliquer la loi 69-32 du 9 mai 1969 qui précise les conditions d’obtention de la carte professionnelle considérée par les acteurs du secteur comme anticonstitutionnelle et caduque. En plus, Shili appelle les musiciens qui n’ont pas encore la carte professionnelle à adhérer à son syndicat, « seule institution qui protégera les droits du chanteur », selon lui. Il a aussi proposé aux jeunes musiciens de suivre un cours gratuit à la Maison du musicien pour acquérir la carte professionnelle.

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En réponse aux prétentions de réforme de Mokded Shili, Sami Ben Said explique que « cette manœuvre, épaulée par certains policiers, vise à exposer toute une génération de musiciens professionnels à un rackette qui commence par les inviter à adhérer à ce pseudo-syndicat allant jusqu’à les forcer à subir un cycle de formation professionnelle dans ses locaux sans qu’il y ait le personnel qualifié pour le faire ». Le président du Syndicat Tunisien des professions musicales (STPM), affilié à l’UGTT, rappelle que « Shili est un démissionnaire du STPM » :

Peu de temps après, Shili a fait partie du Syndicat des Chanteurs Professionnels, une structure mutante qui se transforme sans préavis d’un syndicat libre en syndicat affilié à une autre centrale syndicale (la Confédération Générale Tunisienne du Travail), puis change le nom du syndicat en élargissant son domaine d’activité sans passer par une assemblée générale ni élections.

Le ministère de la Culture assure qu’aucun accord n’a été conclu avec le ministère de l’Intérieur pour interdire les chanteurs et musiciens sans cartes professionnelles d’exercer leur métier. Par ailleurs, le ministère de la Culture assure que des réformes sont en cours pour mettre en place une nouvelle juridiction en harmonie avec la deuxième République. Sur cette réforme, Sami Ben Said, nous confie que « des commissions réunissant tous les acteurs du secteur musical et culturel travaillent pour proposer des recommandations qui seront soumises aux experts pour les convertir en textes juridiques. Certaines figures de la musique underground participent au processus. Il est temps de renoncer au terme marginaux pour désigner les artistes non conformistes, surtout que, de nos jours, les agitateurs de la scène musicale tunisienne sont de moins en moins issus du mainstream », affirme le syndicaliste.

Pour mettre fin au rassemblement de dimanche, une patrouille de police demande aux musiciens de rentrer chez eux. « Nous avons pris note de vos revendications » a lancé l’un des policiers aux jeunes contestataires, décidés à « poursuivre leur mouvement jusqu’à l’arrêt de toute tentative répressive contre la musique et la créativité » promet Sarah.

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