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Lors des débats parlementaires sur la loi antiterroriste, aucune mention n’a été faite des abus des forces de sécurité. Pourtant, il est clair que l’impunité de la police continue à exacerber le sentiment d’injustice des populations et à nourrir extrémisme et violence. Et alors qu’aucune réforme sérieuse de l’institution sécuritaire n’a été menée jusqu’au bout, un arsenal de mesures (état d’urgence, interdiction de voyage aux moins de 35 ans et mur de séparation sur la frontière avec la Libye) est venu aggraver la banalisation de cette impunité.

À Kasserine, ville laissée-pour-compte, des dizaines de victimes subissent en silence la violence policière. Le mercredi 8 juillet 2015, Hamza Saihi, la trentaine, a succombé à ses blessures qui datent de 2012. Selon sa famille, Hamza est mort suite à une opération chirurgicale qu’il a enfin pu faire, le 6 juillet dernier, à l’hôpital de Kasserine. Victime d’une «bavure policière», il a été atteint par une balle tirée par les forces de sécurité communes, en décembre 2012. Sa veuve nous confie :

Pendant trois ans, son dossier est resté fermé. Au début, on nous a promis une opération à l’étranger et une prise en charge. Mais il n’en fut rien. Nous l’avons perdu dans une opération improvisée … le suivi médical était catastrophique.

Les forces de l’ordre ont tiré sur Hamza à 8h du matin, alors qu’il conduisait son scooter en direction de l’usine où il travaille. D’après le ministère de l’Intérieur, Hamza n’a pas obtempéré aux sommations et ne s’est pas arrêté.

J’avais mis mes écouteurs comme tous les matins. Il y avait même un embouteillage, quand la police m’a visé…, nous avait-il raconté, à l’époque.

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Complètement paralysé, il a passé ses trois dernières années à attendre des soins qui ne sont jamais venus. En lui rendant visite, l’ex-ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou avait promis soins et prise en charge à sa famille. Après son décès, le ministère s’est abstenu de tout commentaire.

Pendant que la loi antiterroriste prévoit d’immuniser les forces de l’ordre contre toute poursuite judiciaire, les victimes des bavures policières sont abandonnées à leur sort. Un an après l’assassinat d’Ahlem et Ons Dalhoumi, leurs familles ne sont pas au bout de leurs peines. Les deux jeunes filles ont été abattues «par erreur», à Kasserine, en août 2014. Un des policiers accusé d’homicide dans cette affaire a observé une grève de la faim, pendant quelques semaines, en signe de protestation contre sa détention la qualifiant d’«injuste». Sur demande des avocats de la famille Dalhoumi, l’enquête a été transférée à Tunis. Selon Raja, une proche des victimes, «le juge de Kasserine a placé le dossier dans l’archive du tribunal. Il ne voulait pas avancer dans l’enquête». Une journée de commémoration est prévue, le 22 août prochain, afin de rappeler à l’opinion publique «que des citoyens tunisiens sont abattus dans la rue au nom de la lutte contre le terrorisme».

Face à la détresse des familles, aucun suivi psychologique n’a été fait, depuis un an, si ce n’est une simple reconnaissance de l’erreur fatale qui a détruit des vies, ajoute Raja.

De leur côté, les syndicats des forces de l’ordre font des pressions pour que la loi les immunise sur le terrain face au terrorisme. Selon Noureddine Bhiri, député d’Ennahdha, les forces de l’ordre demandent plus de protection pour mieux jouer leur rôle. La société civile a prévenu, quant à elle, des dangers d’une telle démarche inefficace dans la lutte antiterroriste qui menace les libertés et les droits humains. En l’occurrence, l’acharnement contre les dissidents continue. Après une série de procès iniques qui ont visé les jeunes de la révolution à Bouzayane, Sidi Bouzid, Kasserine, Djerba, Ksibet El Madyouni et d’autres régions, «le pouvoir revient à la charge et vise à nouveau la liberté d’expression et les militants politiques marginalisés», affirme Safouen Bouzid. Ce jeune militant est poursuivi jusqu’à aujourd’hui par la justice pour avoir participé à la révolution.

Le cas le plus récent est celui de Mouhib Toumi, militant des droits de l’homme à Djerba. La semaine dernière, il a été convoqué pour un interrogatoire sur des statuts facebook qu’il aurait publié critiquant les forces de l’ordre et le président de la République.

Lors de mon interrogatoire, on m’a signalé que je n’avais pas le droit de publier de telles critiques, étant donné que la Tunisie est en état d’urgence, témoigne Mihoub qui a passé une journée en garde à vue.

A Tunis, vendredi 17 juillet, le militant Hamza Abidi a été tabassé violemment par la police. Selon Feryel Charfeddine, présidente du mouvement «Klem», auquel appartient Hamza, «la police essaye par tous les moyens de se venger. Ils sont allés jusqu’à l’accuser de voler son propre téléphone, d’agression d’un fonctionnaire public et trouble à l’ordre public, alors que ce sont eux qui l’ont agressé».

En attendant le vote de la loi anti-terroriste, prévu samedi 25 juillet, la tension est montée d’un cran au sud et au centre du pays. Entre le rejet populaire d’un mur de séparation avec la Libye qui étouffera économiquement les villes du sud tunisien, et la violence policière qui se banalise, la guerre contre le terrorisme ne fait que saper les promesses révolutionnaires. dans ce contexte, comment espérer une paix sociale sans un soutien populaire convaincu de la justesse des choix officiels ?

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