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Dimanche dernier, les dégâts de la coupure générale d’électricité sont passés inaperçus devant le souci d’expliquer les véritables raisons de cette panne qui a touché tout le pays. Les Tunisiens ont raconté, sur les réseaux sociaux, des anecdotes et des aventures de deux heures sans électricité, entre fermeture de stations de service, coiffure sous la lumière des bougies, passage gratuit dans les péages des autoroutes et impossibilité de lancer les appels à la prière.

Si pour certains, la panique fut teintée d’anecdotes, pour d’autres, la situation était beaucoup moins drôle et mérite, d’être traitée en urgence.

Blackout aux urgences, le générateur a lâché. Encore 20 minutes d’autonomie au service de réanimation aux urgences, un malade ventilé à la main — au Centre hospitalier universitaire Mongi Slim. En plus, un autre opéré dans le noir… Une hantise que j’ai pu surmonter tout à l’heure à l’aide du flash de mon téléphone. Heureusement, ça s’est bien passé. La patiente va bien et elle est réveillée.
Témoignage d’un médecin sur le réseau social, Hôpital Charles Nicolles.

La panne géante du 31 août a failli coûter la vie à plusieurs patients. L’association des jeunes médecins a fait un rapport sur la coupure d’électricité sur une grande partie des hôpitaux en Tunisie. Bien qu’aucun décès n’ait été enregistré dans les blocs opératoires, les médecins ont dû terminer les interventions chirurgicales, sans lumières adéquates.

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Dans le Centre hospitalier universitaire de Habib Thameur, la coupure de courant a touché le système informatique dans le laboratoire polyvalent de l’hôpital. Conséquences : impossibilité de pratiquer des bilans biologiques durant la garde du dimanche. À Mongi Slim, la situation était plus critique. La coupure d’électricité a mis en danger des malades, surtout la sécurité de quelques malades sous ventilation artificielle, au niveau du service des urgences et de la réanimation.

J’ai dû finir l’intervention d’un malade dans le noir. Le groupe électrogène à l’hôpital Charles Nicolle n’a pas fonctionné et on a dû ventiler le malade à la main, entre-temps, le reste de l’équipe de garde ventilait les malades de réanimation qui étaient intubés, Bref, retour au Moyen Âge. Heureusement, dans mon service y a pas eu de dégâts. Pour le reste, je ne sais pas encore. Concernant le ministère de la Santé, tout va bien, y a pas eu d’incidents.témoigne un autre médecin.

Déjà que la situation des hôpitaux en Tunisie est de plus en plus chaotique. Plusieurs médecins n’ont pas manqué d’exprimer leur dégoût et leur impuissance face aux problèmes techniques. Le désespoir de voir venir une réforme et plus d’investissement public, surtout dans les régions, pousse certains à quitter le service public.

G.T, médecin à Tunis, nous a confié que les médecins qui osent revendiquer l’amélioration des conditions des patients dans les hôpitaux, sont sous une énorme pression :

Ceux qui essayent d’améliorer la situation sont systématiquement écartés. Ce sont souvent les jeunes qui gardent l’espoir et essayent de changer la triste situation des hôpitaux où ils travaillent. La plupart du temps, et devant la sourde oreille des autorités et la corruption d’une grande partie, ils finissent par abandonner et se laissent aller, soit dans l’indifférence, soit en optant pour une carrière à l’étranger ou dans le privé,
déplore-t-il.

Youssef Zied Elhechmi, docteur et président de l’association des jeunes médecins nous a expliqué que « les électrogènes dans les hôpitaux ne sont pas fonctionnels. La maintenance est totalement absente dans tous les hôpitaux, même dans les grandes villes. Malgré les conséquences désastreuses des coupures du courant, le ministère ne fait rien pour arranger la situation et sécuriser les hôpitaux. Il y a deux ans, deux patients ont décédé, à Jendouba, suite à une coupure d’électricité. On nous a promis, au ministère, une enquête et une solution radicale à ce danger permanent qui guette la vie de nos patients ».

S’il faut en conclure que l’électricité est une énergie vitale, il est tout aussi clair que la continuité de l’alimentation électrique, au sein des établissements de santé, doit être une obligation légale. En l’occurrence, on se demande où est passé le « comité technique de la sécurité des malades », crée en 2009, et dont l’une des prérogatives est de veiller au « renforcement de la sécurité dans le milieu chirurgical ».

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Certains prévoient que cet incident électrique ne sera pas le dernier dans le pays. Le silence du ministère de la Santé et l’ambiguïté des réponses de la STEG, à propos de ce blackout, ne sont certainement pas pour dissiper les pires craintes qui tourmentent, désormais, les Tunisiens.

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