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Dans un article paru sur le New York Times du 20 avril, sous le titre « US promotes networks to foil digital spying », Sayada est mise à l’honneur comme la première ville tunisienne à se doter d’un réseau communautaire sans fil (WIFI) local gratuit pour tous. Ce projet pilote appelé « Mesh Sayada » permet aux habitants de se connecter à un serveur local hébergeant des services libres d’accès aux quelques 14000 habitants de cette ville côtière.

Le « mesh network » ou réseau maillé

Le réseau WIFI maillé ou « mesh » (filet en français) est un réseau dont l’architecture est non hiérarchisée. Il s’agit d’un réseau de routeurs constituant chacun le nœud d’un réseau. Chaque nœud reçoit et redistribue le signal aux autres nœuds.

Si l’un d’eux est connecté à Internet, il devient un relais qui redistribue ensuite vers les autres nœuds du réseau sa bande passante par antenne wifi. Si un nœud est défaillant, le message le contournera et passera à travers d’autres nœuds pour atteindre sa destination. En cas d’absence de connexion à Internet, le réseau maillé devient alors un réseau clos qui permet aux personnes reliées de communiquer entre elles, même en cas d’absence d’accès internet ou de réseau téléphonique.

Ainsi ce routage de données permet à l’information de continuer de circuler avec un minimum d’inconvénients.

Cette technique militaire à la base est utilisée, lors de conflits ou de catastrophes naturelles, gagne de plus en plus de terrain et d’adeptes. Face au spectre de la cybersurveillance, après les révélations de l’affaire Snowden, cette technique se propage de plus en plus.

L’article du New York Times, nous apprend que cette technique peut servir aussi à des fins politiques comme c’est le cas à Cuba actuellement : « Le département d’Etat a versé 2,8 millions de dollars à une équipe de hackers, d’activistes et de spécialistes de l’informatique afin de développer un réseau maillé comme moyen de discussion libre et sécurisée pour les dissidents étrangers… ».

Cependant, l’article en question, ne mentionne pas les particularités du dynamisme technologique de Sayada et ne pose donc pas les bases et l’atmosphère de l’innovation numérique qui a suivi la révolution et qui a nécessairement précédé l’entreprise de «Mesh Sayada ».

Mesh Sayada : Favoriser la justice numérique

L’utilisation du réseau maillé par les citoyens de Sayada est plus focalisée sur la gouvernance locale et la construction communautaire que sur les moyens d’éviter la cybersurveillance.
Nizar Kerkeni, professeur universitaire à Sayada, “US promotes networks to foil digital spying”

Le projet « Mesh Sayada » s’inscrit dans la continuité de la numérisation de la ville. En effet, la présence numérique de la ville de Sayada n’a pas son égal en Tunisie : site officiel, page Facebook et compte Twitter relayent aux habitants les informations nécessaires en toute transparence, quant à la gestion de leur ville.

Cette numérisation axée sur l’Opengov met en avant l’importance de la transparence de la gouvernance locale dans la réussite de tout projet national de démocratie participative, tout en luttant efficacement contre la corruption. Dans ce cadre, sont publiés régulièrement sur le site officiel de Sayada, les dépenses, les recettes fiscales, les procès verbaux et tout ce qui touche de près ou de loin à l’intérêt des citoyens de la ville.

« Mesh Sayada » va plus loin dans ce projet de numérisation, offrant aux citoyens une ouverture sans précédent à la culture numérique et technologique à travers un réseau intranet local.

L’étude de cas de Mesh Sayada publiée par la New America Foundation permet de mieux comprendre comment s’est développé et comment est appliqué ce premier réseau communautaire sans fil en Tunisie.

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Répondant à nos questions dans un récent article publié sur Nawaat, Nizar Kerkeni , président de l’Association «Clibre », réfute la possibilité d’utiliser ce projet à des fins politiques, telle qu’avancée par le New York Times : « C’est le fruit d’un travail collectif entre l’Open Technology Institute, Clibre et des bénévoles locaux afin d’offrir un service supplémentaire aux citoyens pour développer une culture technologique déjà existante. ».

clibre.tn

De ce fait la présentation faite par le New York Times sur le projet « Mesh Sayada » dans le contexte de la politique de cybersurveillance américaine peut, au mieux, être une source de débats, mais reste tout de même improbable, quant à la réalité du projet, son contexte et son développement par les citoyens mêmes de la ville pour leur propre utilisation, et qui leur appartient donc pleinement : Le réseau maillé n’a pas été apporté à Sayada; il a été construit à Sayada par ses habitants comme une initiative pour promouvoir les principes de l’Open Source et de l’Open Data.

Ainsi, à travers l’association Clibre (en collaboration avec l’Open Technology Institute), et grâce à un élan citoyen sans précédent, plusieurs émetteurs et routeurs ont été placés sur les toits de la ville de Sayada aiguisant la curiosité des plus jeunes qui ont prit part à des sessions d’initiation aux nouvelles technologies et à l’utilisation de ce réseau maillé, leur permettant d’accéder à un contenu numérique large composé de livres, de logiciels collaboratifs, ou encore à un Wiki local. Le développement d’un tchat local est même en cours.

Bien loin des idées des auteurs de l’article du New York Times qui voient : «…Sayada comme un test avant son déploiement dans les zones plus contestées… », ce projet d’une communauté entière, est devenue un symbole dans la promotion de la culture numérique. Un modèle de développement local qui n’a pas son semblable aujourd’hui en Tunisie. A gage pour les autres villes d’en faire autant.

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