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Dossier de l’OMMP

Ce 10 juin 2013, M. Faouzi Taktak, PDG de l’Office de la Marine Marchande et des Ports(OMMP), a décidé de destituer la syndicaliste Mme Thouraya Krichene. L’employée a été remerciée pour « atteinte à la réputation de l’office et recours à la violence et aux menaces à l’encontre du président-directeur général ».

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Les faits remontent plutôt, selon Mme Krichene, à la grève générale des employés de l’Office le 26 et 27 mars 2013 et « Les causes sont sûrement beaucoup plus complexes. Certains rêvent de garder la mainmise sur un secteur qui assure 96% du commerce extérieur. Ils sont profondément conscients que leur emprise ne verra pas le jour sans se débarrasser de mes semblables ».

Le premier jour, la grève s’annonce mal: Les syndicalistes ainsi que Les agents de l’entreprise ont été intimidés par des milices mercenaires. Vers onze heures du matin, les intrus ont débarqué dans les lieux pour contrarier les activistes et tabasser les grévistes en vue de contrarier leur action légale. Il est manifeste que la provocation d’affrontements et la panique qui en découle cherchent à mettre la pression sur les employés en vue de les pousser à revenir sur leurs revendications sociales. Finalement les policiers sont sauvagement intervenu. rapporte un communiqué de l’UGTT

Selon notre interlocutrice, étant syndicaliste, elle n’a jamais été la bienvenue auprès des hauts responsables. La visite au port de la Goulette lui a été refusée suite au rejet de sa demande de procuration d’un badge d’accès. En outre, le droit à l’information pour le syndicat de base n’a pas été respecté par l’administration. Pareillement, les décisions sont unilatéralement prises sans l’assistance des représentants syndicaux. « Cela peut impacter la situation budgétaire de l’entreprise, celle-ci étant l’un des paliers majeurs de l’économie tunisienne ».

Les infractions légales commises par le conseil de discipline citées par Mme Krichene sont multiples.
Elle affirme ainsi avoir été injustement limogée de ses fonctions sans bénéficier d’un interrogatoire auquel elle a légalement droit. Son dossier aurait été par la suite confié aux services sécuritaires de la Goulette. Ce n’est que le 4 avril qu’on l’aurait convoquée pour subir un interrogatoire. « Lors de la séance d’écoute, on a manifestement défiguré les faits ! » s’insurge-t-elle.
On lui demande de faire amende honorable, mais Thouraya Krichene estime qu’elle ne voit aucune raison pour laquelle elle devrait reconnaitre un tort qu’elle n’a pas commis.

« Les pratiques de l’ancien régime perdurent dans le port. Contrairement à ce que pensent certains, l’administration bâillonne toujours la voix des syndicalistes pour des raisons purement politiques ».

Mme Krichene pense que l’affaire est montée de toutes pièces. Aucun lien avec les faits évoqués par le PDG. En témoigne la correspondance de L’Inspection du travail qui a rejeté à son tour la décision de l’administration. « Les preuves avancées sont insuffisantes pour justifier le licenciement de l’employée ».

Le 19 avril, elle comparait devant le conseil de discipline sur la base d’un dossier disciplinaire qu’elle estime sans véritables preuves. S’ajoute une série d’entorses légales et un manquement aux articles 33-34-35 de la Loi 78 du cinq août 1985 affirme-t-elle. La Loi 63 de l’année 2004, liée à la protection des données personnelles, aurait été de son côté transgressée.
S’ajouterait l’infraction aux conventions internationales 135-144-154. Aucune investigation complémentaire n’aurait été déclenchée. Le conseil n’a pas statué sur l’affaire.

« Cela discrédite le verdict annoncé. Selon l’article 37 de la Loi numéro 78 du 5 aout 1958, le conseil est dans l’obligation de se prononcer dans un mois à partir de la date de la prise en charge du dossier; avec un ajournement de trente jours en cas d’investigation complémentaire, chose qui n’a jamais eu lieu ».

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Le PDG a déclaré dans la plainte déposée que l’employée aurait participé à l’effraction de son bureau. Les clés de sa voiture ainsi que son GSM ont été enlevés, selon son rapport. Par la même occasion, des dommages matériels sont évoqués; ce qui aurait nécessité l’intervention des forces de la sécurité suite à l’échec des négociations.

Les faits exposés par Le PDG ne plaisent pas à Mme Krichene qui contredit les propos de son supérieur.

« L’affaire est politique par excellence. L’Office, comme d’ailleurs certaines autres entreprises publiques, n’a pas été touché par les réformes qu’une révolution devrait engendrer. Les tiers de l’ancien régime sont les derniers à pouvoir juger des militants. »

Elle estime ainsi la situation tragique et soutient que l’ancien régime est encore influant dans les articulations des ports.

« Au lieu de mettre à la porte les syndicalistes, le PDG aurait dû fouiller dans l’administration d’audit interne qui a mis à nu certains corrompus. Les biens publics auraient été utilisés comme source d’enrichissement personnel par certains responsables. »

Il suffirait, d’après elle, de vérifier certains dossiers qui dévoilent la corruption dans les appels d’offres de l’Office, notamment le Rapport d’audit à propos de l’affaire d’acquisition et l’installation d’un système de contrôle électronique dans les bâtiments administratifs de l’Office, conclue avec la société NEXT DISTRIBUTION. « Voici un support qui pourrait à mon avis motiver les responsables à récupérer l’argent public. »

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Mme Krichene s’attend à ce que l’administration de l’Office bouge pour solutionner certains dossiers comme celui-là. Elle ne demande que la réforme radicale de l’entreprise même si elle doit payer le prix de ses activités syndicales.

« Ce n’est pas une affaire personnelle, ce sont les biens publics qui sont en question. Au lieu de renvoyer les syndicalistes, M. le PDG aurait dû consulter ces dossiers et assumer ses responsabilités par rapport à la propriété publique… »

Pour notre part, nous avons essayé en vain de contacter des responsables de l’Office, M. Koraych Blouza et M. Sofiene Alsbouii, tous deux du service juridique, pour les entendre par rapport aux propos ci-dessus avancés. M. Sofiene Alsbouii appartenait d’ailleurs au comité d’audit qui a déposé le rapport en question. Il serait intéressant de rapporter leur version des faits…

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