Le promoteur et les propriétaires des Résidences de Carthage se défendent du fait de l’inexistence de pièces archéologiques sur leurs terrains. Et là ils n’ont pas tout à fait tort.

En fait, l’endroit où se trouve le lotissement contient un seul grand site: la Basilique (église antique) de Bir Ftouha. Ce qui est autour ne doit pas être très important archéologiquement (tombes d’époque tardive, campements ou remblais antiques, fours de basse-époque, petites constructions, etc.). Mais dans l’archéologie, les surprises existent. Personne ne sait ce qui se cachait dans les trous creusés à la hâte durant le weekend.

Un exemple: les gens parlent souvent du trésor des anciens. Mais qu’est ce qu’un trésor? Les anciens pensaient comme nous. En cas de crise ou d’insécurité régnante, ils collectaient leurs biens les plus chers (or, pièces de monnaies) et les cachaient dans un endroit secret ; l’endroit peut être le pied d’un arbre. Ainsi, la pelleteuse aurait très bien pu déterrer un trésor historique sans que personne ne s’en rende compte. Le risque existe aussi qu’un tel trésor ait été récolté par les travailleurs qui étaient sur place, ou par leurs superviseurs.

Un autre exemple, d’où l’importance historique : certaines tombes -je dirais une sur cent- contiennent des informations de première importance, qui pourraient même changer l’Histoire d’un pays (et vu que nous sommes à Carthage, une des capitales du monde ancien, j’ajouterais l’Histoire d’une région entière). Une carte, une compilation, une inscription enfouie dans la tombe pourraient nous parler d’une cité inconnue jusque là, d’un évènement que nous croyions différent. La tombe peut aussi contenir la dépouille d’une personnalité du monde antique qui a été déplacée à cet endroit (ce type de pratique était très courant en Egypte par exemple, toujours en cas de crise). Qui sait si Saint Augustin gît aujourd’hui dans les dépotoirs de terre du Lac? Qui sait si une tombe-a-puits punique était enfouie quelque part par la, contenant les restes d’Hannibal ou même d’Elissa?

Et puis surtout, comment croire que ces gens ne toucheront pas au site de Bir Ftouha, qui se trouve aujourd’hui asphyxié par les constructions sur les trois bords, et protégé par un simple remblai de terre?

Le site de Bir Ftouha, aujourd’hui nommé “Les Résidences de Carthage”, est enclos dans le Parc Archéologique de Carthage. Ce parc est un espace vert et archéologique à la fois, le plus grand du genre en Méditerranée. Et lorsqu’on dit espace vert, cela implique les arbres, et même l’herbe. Il est normal qu’une cité jouisse de beaucoup d’espaces verts, ce qui était mal-vu dans la théorie architecturale de l’ère ZABA.

Les manières de ces promoteurs Trabelsides sont très simples: creuser la nuit ou les weekends, se hâter de jeter la terre hors du site et mettre les gens devant le fait accompli et dire que « voila, il n’y a pas de ruines, et nous construisons ». Intimidation et agression suivent naturellement ce schéma.

Certains se plaignent et disent que leurs biens viennent de la sueur de leur front. Comment croire qu’un homme qui dépense prés d’un milliard pour un terrain n’ait pas consulté d’avocat avant? Comment croire en leur naïve honnêteté, à une époque ou tout le monde craignait les projets où les Trabelsi jouaient?
L’Etat aurait du intervenir dès le mois de Janvier pour entourer toute la zone d’un fil de barbelé et mettre quelques soldats a l’intérieur. L’Armée protège les bâtiments publics, mais il n’y a pas plus public que le patrimoine national. Et c’est quand même Carthage, l’embryon de notre Etat!

Les propriétaires auraient dû être entendus. D’où leur est venu l’argent? Quels sont leurs liens avec les Trabelsi? Payent-ils leurs impôts?
Ils auraient dû être entendus une autre fois après le décret de Mars 2011 leur interdisant de nouveau de construire, mais lequel ils n’ont pas vraiment respecté. Pourquoi sont-ils au dessus des lois?

J’ose espérer que l’Etat se décide de bouger cette fois, car comme un ami artiste l’a dit: il suffit d’un coup de pelleteuse pour effacer 2000 ans d’Histoire.

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